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"Manifeste pour l'optimisme" de Thierry Saussez

Publié le 05 août 2011 par Francisrichard

Le dernier livre de Thierry Saussez, Manifeste pour l'optimisme, édité chez Plon ici, ne pouvait que ravir l'éternel optimiste que je suis.
Ce qui ne veut pas dire que je sois comme le professeur Pangloss et que je trouve que "tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes". Mais je reste convaincu que le pessimisme est une disposition d'esprit qui ne permet pas de créer, d'innover, bref d'exercer son intelligence pour augmenter le nombre de ses talents.

Thierry Saussez part d'un constat énigmatique sur les Français :

"Nous sommes parmi les principaux pays du monde,  l'un de ceux qui se défient le plus des autres et qui considèrent que tout va toujours de plus en plus mal.

Nous sommes paradoxalement l'un des pays où l'on a individuellement le plus confiance en soi."
C'est pour tenter de résoudre cette énigme que Thierry Saussez a  entrepris la rédaction de ce livre qui se situe à l'opposé de la mentalité ringarde et pessimiste de l'Indignez-vous de Stéphane Hessel, dont le succès en France est révélateur.

Pour être optimiste il faut avoir confiance. Or la confiance est "complexe, subtile, fragile" :

"Elle se gagne parfois difficilement autant qu'elle peut se perdre en quelques instants." 
Selon Saussez la défiance propre aux Français est héritée de leur histoire. Il y a en France une passion pour l'égalité - génératrice d'envie - et un opprobre jeté sur l'argent - générateur de paresse - qui ne sont pas de nature à engendrer la prospérité qui est également affaire de mentalité. L'Eglise catholique, avec son mépris de l'argent et sa condamnation du prêt à intérêt, le marxisme, avec sa lutte des classes, et aujourd'hui l'Etat nounou ont leur responsabilité dans cette méfiance intrinsèque :
"A tout attendre de l'Etat, nous nous laissons aller à considérer qu'il n'en fait jamais assez. A avoir conduit l'Etat à devenir omnipotent, nous finissons par penser qu'il en fait trop."
Cette mentalité de méfiance, qui ne date pas d'hier, se traduit aujourd'hui par un incivisme, un étatisme et un corporatisme caractéristiques. Les médias télévisuels contribuent à l'entretenir. L'auteur fait un parallèle lumineux entre le traitement, sur un ton catastrophiste, fait par eux en France lors des épisodes neigeux de l'hiver dernier, et celui fait par leurs homologues nippons après le tremblement de terre, le tsunami et l'accident nucléaire survenus à Fukushima.
Les travers des médias sont amplifiés encore par Internet, où sont confondues information et communication, les médias finissant par considérer une information non vérifiée comme digne de ce nom par le seul fait qu'elle buzze. De la même manière des sondages effectués au rabais apportent leur pierre aux caricatures de l'opinion. Or les effets des médias, d'Internet et des sondages "se cumulent et s'amplifient dans un flot d'émotions à dominante négative".
"La mutation fondamentale est le passage de l'individu abstrait à l'individu concret, la reconnaissance de l'autonomie individuelle comme moteur de la société" écrit Thierry Saussez. Seulement les Français opèrent une dichotomie dans cette autonomie. S'ils revendiquent l'affirmation de leur identité, de leur droit à la différence, la prise en compte de leurs singularités, ils n'intégrent pas "l'autre face de l'autonomie, la responsabilité, la compétition, la concurrence" :
"Comme l'enfant, nous passons de la socialisation à l'autonomie, mais nous voulons garder tous les avantages de la socialisation sans payer le prix de l'autonomie qui nécessite de nous prendre totalement en charge, d'accepter la compétition."
Thierry Saussez est optimiste. Certes il constate que pour les Français "tout ce qui est local est meilleur" et que "tout ce qui est global est suspect", mais c'est pour mieux relativiser "le décalage entre une confiance individuelle forte et une confiance individuelle faible". Il remarque qu'ils compensent ce décalage en voulant s'extraire de la domination du système médiatique, qui est anxiogène : si dans le particulier ils sont compétents et authentiques, dans le général ils ne le sont pas et sont sous influence. 
Il y a deux angles de vue : les verres à moitié vides et les verres à moitié pleins. Thierry Saussez recommande évidemment le second angle de vue qui permet de ne plus considérer seulement un monde extérieur et virtuel chargé de tous les péchés :
"Regardons bien le monde réel : jamais, depuis longtemps, nous n'avons fait autant d'enfants, ce qui est singulièrement une preuve de confiance dans l'avenir. Jamais nous n'avons créé autant d'entreprises et d'activités, en particulier avec la création du statut d'autoentrepreneur, ce qui n'est pas non plus une marque de défiance. Notre produit intérieur brut par heure travaillée est au top mondial."
Alors que leurs seules vraies peurs sont intimes, la maladie et ce qui peut arriver à leurs enfants ou leurs parents, les sports nationaux des Français sont "exagérer les risques et les souffrances, entretenir le culte du compassionnel, chercher des boucs émissaires".
Aussi est-il grand temps que les Français se réveillent et ne se comportent plus en enfants gâtés,
qu'ils passent à l'âge adulte, c'est-à-dire :

- qu'ils acceptent "l'autonomie de compétition qui fait tourner le monde"

- qu'ils cessent "de tout voir au travers du prisme déformant de la défiance, du pessimisme et du déclinisme"

- qu'ils renoncent  "à tout attendre de l'Etat"

- qu'ils se rendent compte que l'Etat c'est eux

- qu'ils deviennent davantage acteurs à part entière et moins consommateurs de prestations ou spectateurs du théâtre politique

- qu'ils regardent le monde tel qu'il est et notamment qu'ils se rendent compte que "la mondialisation représente un progrès considérable de l'humanité"
Il y a du pain sur la planche...

Mais la nouvelle génération, contrainte à la lucidité et au réalisme, n'est-elle pas une chance ? 
Comme je suis optimiste et qu'il convient d'agir dans la vraie vie, j'aime bien la devise de Charles le Téméraire, reprise à son compte par Guillaume d'Orange : "Point n'est besoin d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer".

Francis Richard


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