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Le pouvoir sans le Pouvoir

Publié le 10 août 2011 par Vogelsong @Vogelsong

“Les marchés doivent entendre les messages puissants du G7” F .Baroin le 08-08-2011

Jamais le ministère de la parole n’aura aussi bien porté son nom. Jamais un ministère comme celui de l’économie n’aura autant montré qu’il n’avait, une fois l’accessoire écarté, plus guère d’utilité. À part peut-être celui de la représentation. D’émettre une parole puissante comme l’a répété F. Baroin, moins glamour qu’à l’accoutumée sur les ondes d’Europe 1 ? Un ministre qui fait le tour des plateaux (le soir même sur TF1) suant la panique pour expliquer à qui veut encore l’entendre que les gouvernements contrôlent encore quelque chose. F. Baroin incarne parfaitement le politicien relégué au rôle de chef de service, dont l’envergure nonobstant ce qu’il peut penser de lui-même ne dépasse pas ses prérogatives de nuisances sur le petit personnel.

Le pouvoir sans le PouvoirAprès dix jours consécutifs de baisse de la bourse de Paris, une panique générale suite à la dégradation de la note des USA, un faux accord historique européen “pour sauver la Grèce” et l’euro, le gouvernement fait ce pour quoi il est censé être payé, c’est à dire gouverner. Et plus précisément donner l’impression à ceux qui ont fait en sorte qu’il fut nommé de s’occuper de leurs affaires. Ce que le mandat représentatif dans une démocratie impose d’honorer. Or, le ministre de l’Économie, en l’espèce celui du désastre, n’a d’autres solutions que de conter la réalité avec des mots choisis. Il martèle que les ministres européens avaient transmis “un message puissant” aux marchés pour que la confiance revienne. C’est avec ce type de vaticinations que la démocratie représentative perdure. Dans une étourdissante inversion des rôles, où la puissance publique tente de capter l’attention d’une entité protéiforme totalement irrationnelle : le Marché.

Tout cela n’arrive pas par hasard. F. Baroin incarne l’élite qui s’est jetée corps et biens sur les promesses et les prodiges de l’autorégulation. A l’instar d’une classe politique qui depuis trente ans s’évertue à déposséder l’État de moyens de faire de la Politique. Un désarmement unilatéral. Une retraite sans condition. La construction européenne et plus précisément les prérogatives d’indépendance et de lutte contre l’inflation de la BCE (Art III. 177) en sont un bel exemple*. Ainsi qu’une zone économique de circulation libre de capitaux et de marchandises, où seul est entravé, par des mesures administratives, le mouvement des personnes (Schengen). Mais plus généralement, il s’agit d’un ralliement au dogme de la mondialisation. Or derrière le concept, il y a une réalité, ce mode d’organisation (ou de désorganisation) implique, de fait, un désengagement de la puissance publique. Un désengagement accompagné par deux formes politiques à première vue paradoxales.

Une forme symbolique quand il faut régler les désordres du capitalisme. On s’en remet au pitoyable Pater sur la “moralisation”. En substance, continuer de ne rien faire. Car au stade avancé de main mise sur l’économie mondiale par la finance il n’y a plus grand-chose à réguler. Un théâtre d’ombres et de marionnettes dont F. Baroin est un figurant typique. Le pouvoir qui a perdu le pouvoir et qui tente d’en simuler un par le discours. Dont l’usage tient plus du Duckspeak que de la puissance évocatrice. Le niveau de dépossession est tel qu’il n’y a plus rien à dire de concret, parce qu’il n’y a plus grand-chose à faire. Sauf espérer. Ou implorer les grands dieux des marchés.

Une forme répressive, ensuite, quand il faut accompagner toujours plus loin le désengagement de la puissance publique. Le discours de F. Baroin prend alors du sens (c’est pour cela qu’il est paradoxal). Car même en période de crise il continue de mener campagne en faveur des réformes, montrer sa bonne volonté comme s’il présentait un oral afin d’obtenir la confiance des agences de notations (et de l’entité Marché). Mais au delà, le gouvernement s’est mu en commis, pour accomplir la petite besogne avec le peu de marge qu’on lui laisse (ou qu’il se laisse). Il n’y a plus rien de positif à proposer aux citoyens, reste l’horizon de la peur. Celui par lequel on soumet, on dépouille. De petites réformes successives sur le service public, sur l’allongement des durées de cotisation ou la compétitivité (entendre blocage des salaires) qui n’ont aucune vocation émancipatrice. Juste conserver l’hypothétique sésame du AAA (“Le 20/20” selon J. M. Six directeur européen de Standard & Poor’s).

L’exemple de F. Baroin (et de ses semblables) est représentatif, mais n’est pas le plus problématique. Comme conservateur ralliant le libéralisme il est dans un rôle naturel. Un système qui assure la conservation des positions dominantes (quoi qu’en disent ses zélateurs). Lors de crises aiguës, il joue sa partition (très mal, mais du mieux qu’il peut) pour gagner du temps. Plus symptomatique est l’atonie de la gauche de gouvernement (le PS) sur les questions économiques globales. Un parti qui par paresse, conformisme s’est rallié au modèle hégémonique capitaliste. Alors que les périodes d’apoplexies financières lui offrent un boulevard électoral. Mais elle ne résiste que placidement, symboliquement pour continuer d’exister comme force d’opposition. Comme alternative mais à quoi ? Il est troublant d‘entendre M. Aubry s’en remettre à la BCE ou réciter des mantra sur une chimérique coopération des états européens (en particuliers l’Allemagne, qui en passant, se contrefiche des états d’âme hexagonaux). Un couplet trentenaire ressassé ad nauseam qui sert de cache-misère aux renoncements. Les “progressistes” n’articulent aucune proposition sérieuse de rupture avec un système qui inéluctablement va au désastre. Plus l’habitude, ni la culture. Se contentant maigrement d’agrémenter l’existant.

 *Bien qu’elle ait infléchi son dogme à plusieurs occasions face au précipice, le collapsus général du système

Vogelsong – 9 août 2011 – Paris


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