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Une pollution pétrolière sans précédent au Nigeria

Publié le 11 août 2011 par Sequovia

Une étude menée par le PNUE, et publiée mardi 4 aout, révèle le niveau préoccupant de la contamination liée à l’exploitation pétrolière dans le pays d’Ogoni au Nigeria. Cette pollution de l’eau, de l’air et des sols a des conséquences extrêmement graves sur l’environnement mais aussi sur la santé humaine. Cette situation ne doit pas passer inaperçue, c’est pourquoi nous avons choisit de publier aujourd’hui les principales conclusions du rapport, résumées par le PNUE.

  • L’étude du PNUE

La restauration environnementale du pays Ogoni pourrait s’avérer être l’exercice de nettoyage le plus étendu et le plus long jamais entrepris pour ramener l’eau potable, la terre, les criques et d’importants écosystèmes contaminés tels que les mangroves à un état de santé optimal et productif.

Une importante nouvelle évaluation scientifique indépendante menée par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) démontre que la pollution due à plus de 50 ans d’exploitation pétrolière dans la région a pénétré plus loin et plus profondément que ce que d’aucuns pouvaient présumer. Cette évaluation est sans précédent. Sur une période de 14 mois, l’équipe du PNUE a examiné plus de 200 sites, étudié 122 kilomètres de droits de passage d’oléoducs, passé en revue plus de 5,000 dossiers médicaux et dialogué avec plus de 23,000 personnes lors de réunions publiques locales. Des enquêtes approfondies sur la pollution des sols et des nappes phréatiques ont été menées dans 69 sites d’une étendue de 1,300 m² (Barabeedom-K.dere dans la Zone de Gouvernement Local (ZGL) de Gokana) à 79 hectares (Ajeokpori-Akpajo dans la ZGL de Eleme). Au total, plus de 4,000 échantillons ont été analysés, dont des échantillons d’eau provenant de 142 puits de surveillance des nappes phréatiques creusés spécialement pour l’étude et des échantillons de sols extraits de 780 puits de forage.

  • Les Conclusions principales

Certaines zones, qui paraissent non affectées en surface, sont en réalité gravement contaminées sous terre ; selon le rapport du PNUE intitulé Evaluation environnementale du pays Ogoni, des mesures visant à protéger la santé humaine et réduire les risques pour les communautés affectées doivent êtres prises immédiatement.

La santé publique est sérieusement menacée dans au moins 10 communautés Ogoni dans lesquelles l’eau potable a été contaminée par un important niveau d’hydrocarbures, selon l’évaluation publiée.

Dans l’une de ces communautés, à Nisisioken Ogale, dans l’Ouest du pays Ogoni, des familles boivent de l’eau provenant de puits contaminés par du benzène, un cancérigène reconnu, à un niveau 900 fois supérieur à ce que préconise l’Organisation Mondiale de la Santé. Ce site est situé à proximité d’un oléoduc de la Compagnie Pétrolière Nationale du Nigeria.

Les scientifiques du PNUE ont trouvé une couche de 8 cm de pétrole raffiné flottant dans la nappe phréatique alimentant ces puits, qui serait liée à une fuite de pétrole s’étant produite il y a plus de 6 ans.

Tandis que le rapport fournit des recommandations opérationnelles claires pour lutter contre l’importante pollution par le pétrole dans l’ensemble du pays Ogoni, le PNUE recommande que des mesures d’urgence soient prises à Nisisioken Ogale avant tout autre effort de remédiation.

Si certains résultats sur le terrain pourraient être obtenus immédiatement, le rapport estime que de manière générale, contrer et nettoyer la pollution, et catalyser un relèvement durable du pays Ogoni demanderait entre 25 et 30 ans.

Ce travail requerra le déploiement de technologies modernes pour nettoyer les terres et les eaux polluées, une surveillance environnementale et une réglementation améliorées, ainsi qu’une collaboration active entre le gouvernement, le peuple Ogoni et l’industrie pétrolière.

Selon Achim Steiner, Secrétaire Général adjoint des Nations Unies et Directeur Exécutif du PNUE, le rapport fournit la base scientifique permettant d’amorcer de façon concertée une restauration environnementale trop longuement attendue en pays Ogoni, un royaume dans la région du Delta du Niger.

« L’industrie pétrolière est un secteur clé de l’économie nigériane depuis plus de 50 ans, mais de nombreux nigérians en ont payé le prix fort, comme le souligne cette évaluation » ajoute-t-il.

« Le PNUE espère que ces conclusions permettront de mettre fin à des décennies d’impasse dans la région et fourniront une fondation sur laquelle la confiance pourra être construite et des mesures pourront êtres prises afin de remédier aux multiples problèmes de santé et de développement durable affectant le peuple Ogoni. De plus, notre étude propose à l’industrie pétrolière et aux agences de régulation un modèle d’opération plus responsable en Afrique et ailleurs, à une époque où la production et l’exploration augmentent dans plusieurs régions du continent » a-t-il encore ajouté.

« Le nettoyage du pays Ogoni remédiera non seulement à de tragiques séquelles mais sera aussi une entreprise majeure de restauration écologique, avec de multiples effets positifs potentiels, allant du ralliement de différentes parties prenantes à une cause unique, à des améliorations durables pour le peuple Ogoni », a dit le Directeur Exécutif du PNUE.

Le rapport a été présenté mardi 4 août par le PNUE au Président du Nigéria, l’Honorable Goodluck Jonathan, dans la capitale nigériane d’Abuja.

  • Avis Sequovia

Par ce communiqué, le PNUE met en évidence la pollution que peut générer l’exploitation pétrolière, surtout lorsque les procédures de sécurité et de maintenance ne sont pas appliquées, comme c’est manifestement le cas au Nigeria avec au banc des accusés, la Shell Petroleum Development Company (SPDC), au pays d’Ogoni, selon le rapport du PNUE.

Etant donné le niveau de pollution, le nettoyage des eaux du pays d’Ogoni devrait prendre plusieurs dizaines d’années mais serait inutile tant que les sources de la contamination ne sont pas éradiquées. Une amélioration des pratiques de l’industrie pétrolière est donc indispensable, car si cette étude se concentre sur le cas du pays de l’Ogoni, les conséquences de l’exploitation pétrolière sont les mêmes dans de nombreux pays (cf. article de Green Peace publié la semaine dernière sur la situation canadienne).

Le groupe Shell oppose une situation de fait due principalement au « sabotage, vol et raffinage clandestin» et ne reconnait sa responsabilité que sur deux marées noires en 2008 et 2009 dans la région, s’engageant  par ailleurs à payer des compensations.

L’attitude de la Shell démontre un grave manquement à la prise en compte de la Responsabilité Sociétale. Peut-on continuer à exploiter les ressources de pays en voie de développement sans davantage prendre en compte l’impact de ses actes et décisions sur les populations locales.  Il serait souhaitable que la multinationale britannique revoit sa copie à l’aune des principes directeurs de la RSE de la norme ISO 26000. Saboterait-on, volerait-on du pétrole si on avait en pays Ogoni les moyens d’en acheter ?

Qui au Royaume-Uni accepterait de vivre dans de telles conditions d’insalubrité, de risques pour la santé ?  A la lecture de la communication du PNUE et en visionnant les images diffusées récemment sur ARTE, on se croirait replongé dans les pages les plus sombres d’un Charles Dickens condamnant la misère due à l’exploitation industrielle du XIXème siècle. Cette situation catastrophique est une honte.

Peut-on encore et toujours impunément faire des résultats financiers de plusieurs milliards de livres sterling sans faire profiter de cette richesse les populations riveraines ? Au risque de faire un raccourci un peu facile, ne peut-on pas voir dans les événements de guérilla urbaine et de pillage que connaît actuellement l’Angleterre un signal fort sur la limite atteignable dans le déséquilibre croissant entre les nantis et les démunis. Finalement, la situation politique déliquescente du Nigeria ne constitue-t-elle pas le meilleur allié de Shell, puisque les gouvernants ont sciemment choisi depuis 50 ans de fermer les yeux sur  les modalités irresponsables de l’exploitation pétrolière dans le pays Ogoni.

Source : PNUE


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