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Sa réduction à un dogme ferait-elle perdre à l’Islam sa vocation libératrice ?

Publié le 15 août 2011 par Naceur Ben Cheikh

J’ai pris l’habitude, depuis le début de mes trois carrières de peintre, de journaliste et d’enseignant, d’apprendre au fur et à mesure de mes rencontres.

Pour ce qui est de mon activité en peinture, c’est ma rencontre d’autodidacte avec les modes de production des œuvres d’Art qui m’a permis de faire de ma pratique artistique un mode de penser et un outil de réflexion dont les retombées peuvent amener bien au-delà du champ spécifique de la théorie de l’Art ou bien de l’Esthétique.

Quant au journalisme, depuis que j’y ai débuté une carrière d’amateur professionnel  à l’Agence Tunis Afrique Presse, en cet été 64, où j’avais traduit à l’Arabe, une dépêche de l’AFP qui annonçait l’obtention par Gamoudi, aux Jeux Olympiques de  Tokyo, de la médaille d’Argent dans la course des 10000 mètres, devancé seulement de o,4 secondes par l’Américain  Billy Mills. Je n’étais pas particulièrement intéressé par les performances sportives et n’avais pas compris, à temps, l’importance de la nouvelle, malgré les sons de clochette du téléscripteur. Je m’étais fait réprimander par un  collègue, d’un certain âge du nom de Madar, pour avoir retenu durant quelques minutes, le temps de la traduire, la dépêche, sans en communiquer, au plus vite, le contenu à  mon rédacteur en chef. Je fus convaincu de mon ignorance, lorsque après avoir terminé ma journée, j’étais descendu sur l’Avenue Bourguiba, par l’escalier étroit du vieil immeuble, situé en face du Ministère de l’Intérieur, je me suis retrouvé au milieu d’une foule de jeunes qui fêtaient, à grands cris de joie, la première  médaille olympique maghrébine et même arabe. C’est dire que ce qui m’intéressait dans le journalisme, c’était surtout le plaisir d’écrire et d’avoir le privilège d’être « édité » le jour même,  lu le lendemain…et d’être soumis à l’obligation objective de continuer à écrire, sans que ce plaisir initial ne se transforme en routine. Cette assimilation de l’acte d’écrire à celui agréable de réfléchir et ma  considération du journalisme comme un moyen d’expression, font qu’aujourd’hui, je peux  assumer tout ce que j’ai  pu produire, au jour le jour, comme textes accompagnant la vie culturelle et politique de mon pays, durant la période Bourguiba. Ma position d’ »amateur », m’a permis de me soustraire, il est vrai, à la situation pénible à laquelle, tous les collègues journalistes professionnels s’étaient vus astreints, seulement quelques mois, après le 7 Novembre 87, jusqu’à la Révolution.

Quant à ma seule activité professionnelle qui est l’enseignement  et

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que je n’ai jamais interrompue, j’ai découvert très tôt que l’acte d’enseigner était lié à celui d’apprendre. On n’apprend aux autres ce que l’on sait qu’en le redécouvrant, chaque jour avec ceux auxquels on l’apprend. Je n’ai jamais dicté un cours et je me permets  même, à chaque début de séance, de conseiller à mes étudiants de ne pas prendre de notes, expliquant qu’en se laissant réduire à des « enregistreurs » ils se privent de l’exercice de réflexion à voix haute, que j’effectue en leur présence et souvent en fonction du dialogue qui s’établit entre moi et la minorité de « participants » parmi eux.

Venons à présent à ce qui me fait réfléchir aujourd’hui et qui est  ma participation à l’émission de Abdelhalim Messaoudi sur Nessma TV, consacrée à  « l’Islam et la Culture », pour dire qu’à cette occasion j’ai beaucoup appris de ce dialogue « indirecte » qui a eu lieu au cours de cette rencontre avec mon ami Youssef Seddik que j’ai retrouvé libéré de ses visées électoralistes et tels que la majorités de ses lecteurs et auditeurs l’apprécient, mon ami Moncef Ouhaibi, poète de talent  et universitaire érudit, Raja Ben Slama dont j’ai fait la connaissance quelques minutes, avant le début de l’émission et Badri Madani, professeur d’Enseignement religieux et chef de la Zaouïa Madania dont son grand père est le fondateur au début du siècle dernier et  dont j’avais déjà  eu l’occasion d’apprécier les chants liturgiques de ses adhérents aux festivités  organisées , chaque année sur les Hauts de Ksibet El Mediouni.

A mon sens, il y avait réunis sur le plateau autant d’invités que de mode de penser différents.

Je commencerais par celui réfractaire, parce que se refusant à prendre ses distances par rapport au champ de penser « religieux » spécifique aux  sciences dites islamiques et à l’intérieur duquel Badri Madani a inscrit ses différentes interventions hautement référencées « dans » la tradition Malékite . Ce dernier  s’était contenté, en effet de rappels et de réitérations qu’il a continué à juxtaposer aux différentes interventions des autres participants. Cette panacée contradictoire, qui se situe entre le respect des limites qu’impose le mode de penser sunnite, rattaché au pouvoir politique et la pratique de la mystique définie, par Madani comme purification (par les Arts du chant et de la danse) de l’intérieur de l’être, ne peut se risquer, en effet à une quelconque réflexion distante, sans se voir menacée d’éclatement entre le discours religieux rigoriste et la nécessaire libération forcément subjective de l’expression artistique, fusse -t-elle religieuse. Abdelhalim Messaoudi, l’a remarqué en demandant à Madani, si ce positionnement du côté de la Tradition sunnite, n’était pas motivé par la prudence, en vue de préserver un minimum de liberté à la pratique mystique sensée être libératrice et donc susceptible d’être perçue comme subversive,par l’ordre religieux  établi.

La second mode de penser dont je vais me risquer à en désigner le lieu est celui auquel se réfère Youssef Seddik et que l’on peut rapprocher, à celui auquel Seddik s’est référé avec beaucoup de déférence, à savoir  Maxime Rodinson. En optant pour la considération du message coranique et du corpus du Hadith dans leur historicité, telle que l’impose l’approche anthropologique, l’on peut, en effet se retrouver beaucoup plus du côté de ce que le laïcisme désigne comme étant  l’exception   et qui placerait l’Islam dans un espace mental, qualitativement différent de celui des deux autres religions monothéistes. Idée que l’approche « politique » à référence  laïque,  récuse. Ce qui explique d’ailleurs la position prise tout au long de l’émission, par Raja Ben Slama qui a tenu à séparer le Sacré, en tant que lieu de manifestation nécessairement dogmatique de l’Absolu non négociable, des pratiques culturelles sociales et individuelles à caractère symbolique. Comme si le Sacré lui-même, en Islam, ne relève pas aussi de l’activité de symbolisation dont le producteur est l’homme, sacré, par Allah comme étant son Lieutenant sur Terre. Ce que les tenants de la première religion révélée ne pardonneront pas au Prophète Mohammed, puisqu’en réinscrivant le message divin dans sa dimension adamique d’origine, l’Islam vient oblitérer le rapport  d’alliance  que le Peuple Juif établit avec la divinité qu’il prétend avoir été le premier à avoir révélée à la conscience humaine, en oblitérant eux aussi l’apport Premier du jeune Pharaon Akhenaton. On remarquera qu’en fin d’émission, Raja Ben Slama a fait preuve d’un sens du dialogue assez remarquable pour conclure sur l’idée qui consiste à dire  que chacun crée son sacré propre. Ce qui constitue, un dépassement opportun de sa position « laïciste » de départ.

Mais pour revenir au positionnement de Youssef Seddik, je trouve qu’il a été d’une vigilance d’esprit exceptionnelle qui lui a permis,  de m’aider à donner à mon approche globale, issue des mes « lectures sauvages et informelles  d’Ibn Arabi et mes références implicites à l’École de Francfort, un ancrage certain autant dans le texte coranique que dans l’ensemble du corpus islamique de la Tradition qu’il maîtrise à merveille, dépassant en cela, de loin les « oulémas » patentés  de l’Islam politique.

Quant à Moncef Ouhaibi, j’ai trouvé que durant toute l’émission, la rigueur de son approche d’enseignant universitaire, se plaçant, lui aussi, dans l’horizon culturaliste n’a pas manqué de se révéler, au fur et à mesure de l’évolution de l’échange, d’une plasticité toute de souplesse et de considération des nuances, propre à sa pratique de poète averti. Attestant par la même que la Poésie n’est pas seulement un Art mais également en tant que telle un mode de penser qui peut devenir politique à l’occasion, à condition qu’il arrive à se libérer de l’obligation de résultat que pourrait sous entendre tout positionnement politique partisan.


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