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Ravages, revue d’époque

Publié le 16 août 2011 par Corboland78

Frédéric Joignot ancien rédacteur en chef d’Actuel, reporter au Monde, essayiste et romancier, Georges Marbeck  romancier, essayiste, fondateur de la revue Découvertes avec Gilles Deleuze et Guy Hocquenghem ainsi qu’Isabelle Sorente, écrivaine, essayiste, auteur de théâtre, ont créé une nouvelle revue.

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RAVAGES, tel est son nom, se veut une revue d’époque qui baigne dans les ravages. Le monde et nos sociétés se délitent, tout se fissure, tout explose ou est sur le point d’exploser, certains se lamentent la tête dans le sable, d’autres jettent de l’huile sur le feu, les extrémistes de tout poil se font de plus en plus présents, attisant la haine et la peur pour aggraver le chaos, terreau de leur subsistance,la revue Ravages s’est donné pour mission de mettre le doigt sur ce qui démange, de focaliser sur ce qui dérange. Les adeptes du politiquement correct sont priés de passer leur chemin, impertinence et mauvais esprit présideront aux choix éditoriaux, aux thèmes abordés et à la manière de les présenter dans cette nouvelle revue.

Au sommaire de ce n° 5, titré avec provocation « Sale race », le racisme. Une quinzaine d’intervenants livrent leurs articles, abordant le sujet sous différents angles et aspects. Un rapport de la Commission des droits de l’homme dénonce « une flambée de racisme et de xénophobie » depuis deux ans en France, tandis qu’un discours de Geert Wilders, président du PPV, parti d’extrême droite des Pays-Bas, dévoile la pensée de son leader. Nacira Guenif, sociologue et anthropologue, étudie le terme « Beur » et en donne son interprétation ; Joumana Haddad, journaliste, déclare avoir tué Schéhérazade, symbole de la soumission de la femme orientale à ses yeux, alors que Malek Chebel (philosophe et anthropologue) dans son texte sur le printemps arabe, voit en cette même demoiselle « Par son génie, Shéhérazade a féminisé le monde » une militante de la liberté des femmes ! Chacun sa vérité.

Des extraits (choisis) du « fameux » discours de Nicolas Sarkozy à Dakar en 2007, font mal aux yeux et à l’intelligence, à les lire. L’historien Pap Ndiaye donne un bon article sur les Noirs en France et Prosith Kong (du Bondy-Blog) un texte très court mais qui en dit long, sur « être Français d’origine asiatique aujourd’hui ». Mais le texte le plus beau et le plus émouvant à mon goût, revient à Tony Gatlif le cinéaste, sur la situation des Tsiganes, Gitans et Manouches, « ainsi en France tu as le droit de te sédentariser, tu n’as pas le droit de circuler ».

Enfin, la revue aborde l’angle scientifique avec la neurobiologiste Catherine Vidal, et la résurgence des théories du déterminisme biologique, ainsi que le côté culturel avec la naissance en 1978 de l’Africa Fête. Mais le mot de la fin sera pour Isabelle Sorente « L’objet du racisme n’est pas l’étranger mais une double intimité : ma souffrance, et l’incapacité de la souffrir ».   

N’ayant lu que ce numéro, porter un jugement définitif serait osé et inopportun mais j’ai le sentiment qu’on ne va pas très loin avec ce genre d’ouvrage. On dénonce des tragédies - ce qui n’est déjà pas mal me direz-vous - mais il n’y a guère de pistes pour améliorer la situation et la teneur des textes en général se la joue un peu « intello », donc elle s’adressera à une petite chapelle de penseurs grognons. Il manque un vrai reportage ou une interview intelligente (ce qui nous changerait du déjà vu ailleurs) d’habitants des zones ghettoïsées pour la comparer avec les théories et discours intellectualisés présentés ici. Ce dont on a besoin, c’est de textes ou d’émissions de télévision ou de radio, faits par des gens intelligents et cultivés, s’exprimant clairement et pouvant être compris par tous, montrant les faits, en donnant les causes et proposant des débuts de sorties.        

La revue est au format pratique de 15x20 cm, sa parution trimestrielle et son prix de 13,50 euros pour 160 pages. Papier épais et moelleux, typographie agréable si ce n’était l’utilisation du jaune fluo pour certains intertitres qui les rend parfois illisibles.   

Isabelle Sorente, Georges Marbeck et Frédéric Joignot, les trois fondateurs de la nouvelle revue Ravages :


Lancement de la revue Ravages 1/3 par rue89


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