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Clausewitz (VI,8) : Types de résistance (3/3)

Publié le 16 août 2011 par Egea

Suite et fin de la lecture de ce chapitre clausewitzien.

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Après avoir regardé les effets comparés des différentes possibilités de la défense, Clausewitz évoque ensuite d'autres aspects de cette position défensive.

1/ Et tout d'abord, en regardant les aspects tactiques et stratégiques. "si le succès tactique remporté au cours des engagements doit être considéré comme le fondement de toutes les combinaisons stratégiques, il est toujours possible, et on peut toujours craindre, que l'attaquant n'opère précisément sur cette base : il voudra acquérir la supériorité tactique afin de bouleverser les plans de son adversaire. Il ne faut donc jamais considérer les plans stratégiques comme des entités autonomes". (294).

2/ Or, "Bonaparte savait parfaitement que tout part du succès tactique, et qu'il pouvait compter dessus". Car "tout plan stratégique repose avant tout sur le succès tactique" (295).

3/ Mais ces rapports entre tactique et stratégique dépendent d'autres conditions : en effet, "l'inefficacité de la plupart des attaques provient des conditions politiques supérieures de la guerre" : là encore, on ne peut que penser aux opérations des alliés en Libye : si leur supériorité est avérée sur le terrain des opérations, elle peut être affaiblie par la fragilité politique de la coalition. Ainsi, si Kadhafi n'a aucune chance sur le terrain des armes, il peut escompter s'en sortir grâce au terrain politique.

4/ "Ces circonstances générales ont souvent fait de la guerre une entité bâtarde où l'hostilité d'origine se faufile entre les intérêts conflictuels au point de ne demeurer que sous une forme atténuée. Cela retentit le plus vivement sur l'attaque, le pôle positif de l'action" (296). Cette remarque nous semble curieusement valable pour des guerres d'intérêt : elle me semble fausse, et presque inversée dans le cas des guerres du XX° siècle, qui étaient des guerres doctrinaires, totales. De ce point de vue, il y a une certaine contradiction entre cette remarque utilitaire de la guerre, et les vues de Clausewitz sur l'ascension aux extrêmes et la nature politique de la guerre.

5/ CVC s'intéresse ensuite aux faiblesses de l'attaquant : "examinons ces innombrables campagnes offensives qui échouèrent sans qu'aient lieu d'affrontement majeur". La vraie question, me semble-t-il, est celle de l'affrontement des volontés : la défense apporte-t-elle un surcroît de volonté ? CVC n'indique rien à ce sujet. Ou plutôt, l'attaque qui est mouvement ôte la volonté....

6/ Il évoque en effet le cas où "l'assaillant s'arrête net au milieu de la conquête projetée" (297) : "il reste sur l'expectative, en attendant des circonstances favorables (...) c'est pur trompe-l’œil". En effet, les explications avancées "refoulent les causes toutes simples et véridiques de l'échec, à savoir la crainte des armes ennemies". Car selon notre baron, "les contrepoids affaiblissent l'attaque en particulier, qui proviennent avant tout des conditions politiques des États, et restent la plupart du temps celés aux yeux du monde, du peuple, de l'armée et même du général". Pour maintenir cette attente, "le général doit donc pour servir son gouvernement ou son propre renom, rendre crédible un tissue de mensonges" qui expliquent son indécision (298).

7/ Clausewitz, après ces observations sarcastiques, évoque ensuite les différents modes de défense : au fond, ce qui justifie précisément le titre du chapitre, et qui n'occupe que deux pages ! "Pour pouvoir battre en retraite à l'intérieur, il faut un territoire suffisamment étendu, ou bien des circonstances semblables au Portugal en 1810, où un allié (l'Angleterre) assure fortement ses arrières". "La position des places-fortes, la nature du pays et du terrain, le caractère, les mœurs, le tempérament de la population" jouent aussi (299). Car "la défense fait bien souvent son choix sur la base de ces facteurs plus que sur le simple calcul du rapport de forces" : ce qui revient à notre remarque de l'autre jour : le "pur" rapport de forces ne suffit pas à calculer la guerre. C'était vrai dès l'époque de Clausewitz.

8/ "Encore faut-il que le rapport de force ne soit pas trop inégal". Autrement dit : un rapport de forces trop inégal annihile toute ces considérations sur la primauté de la défensive....

O. Kempf


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