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Devenir prof indépendant (VII) : dernier (?) billet

Publié le 29 août 2011 par Didierk

Voici le dernier (?) billet de cette série de billets “Devenir prof indépendant”, qui semblerait-il a été à l’origine de quelques vocations, ou les a confortées :wink:

Je reçois très régulièrement des mails de demandes d’informations sur mon métier. Je me suis inspiré des questions que l’on me pose souvent pour écrire ce billet.

Combien puis-je espérer gagner ?

Je n’ai (évidemment) pas de réponse précise, une règle empirique consiste à :

  • Estimer le nombre d’heures que vous pouvez faire par semaine (par exemple 30).
  • Multiplier ce nombre par votre tarif horaire (par exemple 900 € si vous demandez 30 € de l’heure).
  • Multiplier ce résultat par 25, ici 22.500 €. Vous avez une estimation de vos revenus annuels.

Pourquoi 25 ? On ne travaille pas 52 semaines par an, les semaines ne sont pas toujours complètes; si on additionne les vacances scolaires, les jours fériés, la fin du soutien mi-juin (voire début juin), les cours annulés (maladie, journée d’appel, sortie au lycée, cours de conduite, bac blanc,…),.., l’estimation me semble raisonnable.

On peut évidemment bien sûr travailler le 1er mai, pendant les vacances d’été, le soir jusque 23h; comme on peut ne pas travailler le samedi.

Multipliez par 30 si vous êtes optimiste, par 20 si vous êtes pessimiste (ou si vous ne désirez pas travailler beaucoup).

Ne proposez pas des tarifs trop bas

On peut être tenté par le raisonnement suivant : “Dans la matière que j’enseigne et dans ma zone géographique, les organismes de soutien scolaire facturent 35 € de l’heure aux familles. Donc si je propose 20 € de l’heure charges sociales comprises si je suis salarié CESU (donc 14 € de l’heure) ou 20 € net de l’heure si je suis auto-entrepreneur, j’aurai plein d’élèves et je gagnerai quand même bien ma vie.”

Prix bas = basse qualité

Le prix d’un bien ou d’un service traduit généralement son niveau de qualité, réel ou simplement perçu par le client potentiel.

Bien sûr, ce n’est pas aussi simple; mais c’est une des règles de base du marketing.

N’oubliez pas que le soutien scolaire n’est pas un produit de consommation courante : il est destiné aux enfants, et en tant que parent on veut leur donner le meilleur.

Vous achèterez en grande surface de la moutarde premier prix, ferez-vous la même chose lorsqu’il s’agira de choisir des céréales pour le petit déjeuner de votre enfant ? Ou même, achèterez-vous du poulet en solde à 2 € le kilo ? Et si non, pourquoi ?

Et avez-vous déjà vu proposé à la vente du lait en poudre maternisé ou des “petits pots” pour bébé premier prix ?

Un tarif bas, paradoxalement, peut donc éloigner des clients potentiels.

Si vous ne gagnez pas votre vie, vous serez dans une spirale négative

Un tarif trop bas vous fera réfléchir avant de vous éloigner de votre domicile pour donner des cours : on acceptera plus facilement de dépenser quelques euros d’essence si ce coût n’est pas important par rapport au taux horaire. Par conséquent, vous allez devoir refuser des clients.

Et aurez-vous la même motivation pour rendre les services tant appréciés des familles (envoi de fiches de cours, d’exercices corrigés,…) si financièrement vous tirez la langue ? Peut-être pas.

Moins de cours, moins de clients satisfaits donc moins de cours renouvelés, moins d’argent gagné, moins de motivation,…, que des moins !

Augmenter beaucoup vos tarifs d’un coup, c’est difficile

Ça y est, vous avez compris qu’en vous vendant 20 € de l’heure vous mourez de faim.

Cela va être très difficile de demander 30 € de l’heure du jour au lendemain : vos clients comprendront mal le pourquoi d’une telle augmentation. Résultat, vous repartez à zéro.

A contrario, expliquer que vos tarifs augmentent de 2 € de l’heure ne pose généralement aucun problème.

“J’habite Paris où il existe une énorme concurrence” ou “J’habite un trou perdu”, “pourrais-je quand même trouver des clients” ?

Je n’ai pas là non plus de réponses précises.

Je constate simplement que par exemple des confrères qui résident dans la Beauce profonde (salut

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Patrick !), à Paris (salut
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Thierry !), dans une grande ville universitaire de province (salut
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Cédric !),…, ont leurs plannings remplis dès mi-septembre.

“En plus des cours au domicile des familles, je voudrais donner des cours chez moi à de petits groupes, je ne peux vraiment pas accepter les CESU ?”

NON

:-)

Une solution est de créer une entreprise individuelle : le statut d’auto-entrepreneur est me semble-t-il bien adapté.

Sept bonnes raisons pour ne pas faire ce métier

1 - Vous pensez que vous êtes là pour faire aimer une matière

La grande majorité des élèves n’est pas intéressée par la matière enseignée et n’a aucune envie de s’y intéresser…

Par exemple pour ce qui concerne les maths, je constate que 90% des mes élèves de Terminale S se destinent à des études de médecine, de droit, de commerce,…, et n’ont en fait rien à faire des subtilités des démonstrations mathématiques.

Ce qu’ils veulent (et ce que veulent leurs parents), c’est avoir le bac : la solution passe par le bachotage.

2 - Vous n’aimez pas vous vendre

La seule chose que vous ayez à vendre, c’est vous, vos compétences et votre sérieux.

Si vous détestez vous vendre et n’y arrivez pas, vous aurez du mal à trouver des clients… Les sociétés de soutien scolaire sont là pour vous éviter cet exercice.

Mais même en multipliant les heures, vous n’aurez pas un revenu décent.

3 - Vous voulez les avantages du salariat “CDI 35 heures” et ceux de l’indépendance

Si vous êtes salarié CESU en base forfaitaire, votre retraite sera sur la base du SMIC, ainsi que vos éventuelles IJSS.
Si vous êtes auto-entrepreneur, il ne faut pas espérer beaucoup plus.

Les banques considèrent qu’être salarié CESU ou auto-entrepreneur, c’est être précaire, obtenir un prêt immobilier à un taux raisonnable peut relever du défi. On doit sûrement trouver des exceptions…

Donc si ce qui compte pour vous avant tout c’est d’assurer une retraite sans vous poser de questions, des indemnités garanties en cas de maladie, une bonne mutuelle dont vous n’avez pas à vous soucier, avoir sans souci un prêt immobilier sur 25 ans à un taux intéressant,…, ne faites pas ce métier.

4 - Vous n’aimez pas prendre de risques

“Et si je suis malade ?”
“Et si ma voiture tombe en panne ?”
“Et si l’avantage fiscal des services à domicile est supprimé ?”
“Et si un élève a un accident pendant un stage que j’organise ?”
“Et si on arrache mes annonces dans les boulangeries ?”

Comme je l’ai déjà écrit, dans le métier de professeur indépendant le mot important est indépendant : il faut se bouger, avancer sans se poser trop de questions, avoir la “gniaque”, ne pas espérer avoir de réponses claires de l’administration ni de conseils juridiques gratuits, ne pas partir battu d’avance, et par conséquent il vaut mieux avoir un minimum le goût du risque… sinon ce n’est pas la peine de se lancer.

5 - Vous ne vous remettez pas en question

Ça ne marche pas, vous ne trouvez pas d’élèves, les familles ne vous recontactent pas d’une année sur l’autre.

Vous pouvez accuser les étudiants qui font du noir, les organismes qui font de la pub, le confrère sur la même zone qui veut absolument éliminer la concurrence, voire essayer de vous persuader que si les familles ne vous recontactent pas, c’est parce que vous êtes tellement bon que quelques heures de vos cours suffisent à rendre génial en maths un élève en difficulté.

Tout ceci est possible… mais avant tout, demandez-vous quand même si vous êtes vraiment “fait pour le job”.

6 - Vous êtes fainéant

Vous avez posté une annonce sur un seul site, vous en avez punaisé une autre il y a 3 mois dans une boulangerie, vous ne voulez pas donner de cours le matin avant 11h parce que vous aimez faire la grasse matinée, vous ne voulez pas donner de cours le samedi pour profiter de votre week-end,…, un bon conseil : oubliez ce métier.

7 - Vous n’êtes pas sérieux

Vous arrivez chez votre élève avec 30 minutes de retard sans prévenir, vous ne dites pas bonjour aux parents, vous ne connaissez pas bien ce que vous voulez enseigner, vous copiez des pages entières de votre site Internet sur des sites de confrères, vous annulez les cours à la dernière minute : faites autre chose.

Lien vers tous les billets de la série “Devenir prof indépendant”


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