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Lybie : deuxièmes leçons (locales et régionales)

Publié le 30 août 2011 par Egea

On commence à y voir un peu plus clair et à dessiner quelques analyses supplémentaires (depuis ici et ici) sur l'affaire de Libye. Désolé si c'est long, mais je ne me contente pas des 140 signes de twitter, ni des arguments you tube que prônent certains. Mon côté "vieille école", sans doute. Qui n'aime ni le zinc ni le cuivre....

Lybie : deuxièmes leçons (locales et régionales)
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1/ Tout d'abord, on sent bien qu'il y a plusieurs factions dans le CNT. Avez-vous remarquez que nous n'avons pas encore obtenu de vrai portrait des membres de cet organisation ? certes, certains étaient clandestins en Tripolitaine, mais depuis quelques jours, on pourrait savoir. Il y a des lignes politiques, mais aussi géographiques : donc, de géopolitique intérieure.

  • On voit bien que si les benghazistes dominent politiquement le CNT, militairement, ils ne sont pas aux avant-postes. Ce n'est pas un hasard s'ils n'ont pas dépassé Brega pendant quatre mois, et s'ils n'ont fait qu'approvisionner Misrata (et encore, ils n'ont probablement servi que de relais à de l'armement venu d'ailleurs : Qatar, ....)
  • Mais l'essentiel des combats à été mené par trois factions de Tripolitaine : ceux de Misrata, ceux du djebel Nefoussa (des Berbères), et ceux de Tripoli même, qu'on dit être menés par un leader islamiste.
  • Conclusion partielle : les Tripolitains n'ont accepté de se rendre qu'à des Tripolitains.

2/ Un cocktail explosif, et menacé d'éclatement, donc ? peut-être; mais pas sûr. Tout d'abord, s'il y a des islamistes, ils ne sont pas en position de force (à l'instar de ce qu'on observe dans le reste des révoltes arabes) : autrement dit, malgré beaucoup de fantasmes, ils participeront au pouvoir mais ne devraient pas le diriger. Après, on peut craindre un système d'étouffement progressif, type prise de pouvoir communiste version coup de Prague en 48... mais malgré la propagande d'AQ, il n'y a pas de Komintern islamiste, et pas d'équivalent URSS....... Bref, c'est possible (d'autant que les kadhafistes vont désormais soutenir les islamistes) mais pas probable.

3/ Et puis surtout, Kadhafi est en train de rendre, involontairement, un fier service à la rébellion : en n'étant pas capturé, en laissant croire qu'il contrôle encore des unités combattantes, il permet la perpétuation de l'engagement de l'OTAN, mais aussi l’unité du CNT, qui bénéficie donc d'une certaine période pour gérer une transition politique (facilitée de plus, comme le remarque F Heisbourg ds le NYT, par le fait que la faiblesse des moyens alliés est allée de pair avec la non destruction des infrastructures vitales : pas de syndrome d'anéantissement à l'irakienne).

4/ Concernant l'environnement régional, on doit tout d'abord constater l'hostilité du nouveau pouvoir envers l'Algérie, alors même que celle-ci ne goûtait pas Kadhafi : la permanence de cette défiance cache quelque chose de plus profond.

  • il y a des raisons purement algériennes : fin de règne de Bouteflika, peur réelle des islamistes, répulsion devant toutes ces évolutions environnantes (Tunisie, Libye, évolution au Maroc) qui affaiblissent non seulement un système autoritaire, mais aussi le discours constitutif de la nation algérienne très enraciné dans l'histoire de l'indépendance.
  • A noter également le sentiment d'un certain "encerclement" avec des régimes différents sinon hostiles, et au sud une bande sahélienne mal contrôlée ..., et une zone au sud-ouest (Mauritanie, Sahara occidental) difficile...

5/ Autres pays arabes et du Moyen Orient :

  • La Tunisie doit observer avec un certain soulagement la fin de la guerre : cela devrait permettre un retour au calme et la fin des tensions sécuritaires au sud-est, qui compliquaient une situation déjà très difficile.
  • L’Égypte parait visiblement plus préoccupée de ce qui se passe dans le Sinaï et des relations avec Israël.
  • on le verra dans un prochain billet, la fin des opérations en Libye permettra d'accentuer la pression diplomatique sur la Syrie (voir ici)
  • Le petit Qatar et les Emirats tirent leur épingle du jeu.
  • Quant au Yémen, la situation est toujours confuse, mais elle semble s'aplanir, même si aucune solution politique ne se dégage encore : tout peut à nouveau dégénérer.
  • L'Iran, pragmatique, salue la révolution du "peuple musulman de Libye", ne reconnaît toujours pas le CNT mais accepte de le rencontrer.

6/ Le CNT annonce 50.000 morts : qui a dit que la guerre n'était pas sanglante ? Mais cela confirme ce que nous écrivions, avec AGS, dans "les guerres low cost", quand nous démontrions qu'il y avait de nouvelles gammes de la guerre.

  • contre un adversaire qui n'a jamais manœuvré et qui ne s'est jamais opposé (sauf au sol, là où les combats étaient symétriques), après les dix premiers jours, il y a donc eu une répartition classique du travail : aux occidentaux les frappes technologiques (blocus naval, frappe aériennes par avion, hélico, drone, missiles, envoi de forces spéciales..) : aux "indigènes" mal formés, mal équipés, mal préparés, les assauts de contact et la conquête du terrain.
  • A la guerre, le coût n'est pas que financier, il est aussi humain. Si les occidentaux ont payé avec de l'argent, les rebelles ont payés avec des pertes humaines.
  • Ceci rappelle la division du travail de la mondialisation : aux occidentaux, le développement technologiques, au tiers-monde les ateliers de production utilisant le faible coût du travail. Sauf que cette division s'est érodée et à provoqué l'émergence (BRIC etc...), et l'affaiblissement des pays développés. En sera-t-il de même en matière militaire ?

O. Kempf

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