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La Droite populaire : la clé de la qualification de Sarkozy pour le second tour ?

Publié le 13 septembre 2011 par Delits

Ils s’appellent Thierry Mariani, Lionnel Luca, Christian Vanneste, Eric Raoult, etc. 44 députés UMP, presque tous issus de province, ferraillent contre la bien-pensance parisienne. On connaît mieux leurs prises de position fracassantes que l’intitulé de leur courant, la Droite populaire, qu’ils ont créé le 14 juillet 2010. Ils souhaitent effectuer un retour au fondamentaux, décomplexer la droite, un objectif jadis cher à Nicolas Sarkozy. Ils se posent en rempart face au conformisme politico-médiatique, en déclamant ce qui ne se dit pas… mais qui peut néanmoins raisonner dans l’opinion. Autorité, immigration, mérite, Nation, travail constituent autant de chevaux de bataille qu’ils enfourchent, tant par conviction que par stratégie électorale. Prêtant fidèlement allégeance au Président de la République, ils gardent bien à l’esprit que le siphonage des voix lepénistes avait contribué de manière décisive au succès de l’UMP en 2007.

UNE MONTÉE EN PUISSANCE MEDIATIQUE

Dénuée de budget et de leaders de premier plan, la Droite populaire ambitionne davantage qu’un rôle de figuration au sein de l’UMP. Elle va s’imposer en utilisant au mieux la machine médiatique avec ses phénomènes de « buzz ». L’actualité politique se nourrit principalement de tests d’idées chocs, de petites phrases croustillantes car politiquement incorrectes, et beaucoup plus savoureuses que les indigestes débats de fond. Des députés de la Droite populaire vont s’en donner à cœur joie : « le mariage homosexuel est une aberration anthropologique », « et pourquoi pas des unions avec des animaux ? ». Certains prôneront l’expulsion de France des criminels étrangers, d’autres d’interdire les grèves pendant les périodes chargées de l’année dans les transports, d’autres encore d’utiliser les tests ADN pour réguler le regroupement familial. Certains membres de la Droite populaire ont accueilli favorablement le vote par les Suisses sur l’interdiction de construire des minarets. Plus récemment, deux de leurs initiatives ont été particulièrement retentissantes dans les médias : l’organisation d’un apéro saucisson-vin rouge à l’Assemblée nationale (s’inspirant de manifestations lancées par des formations d’extrême droite) et la pétition demandant la censure, dans les manuels scolaires de biologie, du passage qui explique que l’identité sexuelle résulte du sexe biologique mais aussi de raisons socioculturelles.

La semaine dernière, un sondage Ifop révélait qu’un tiers des Français déclaraient connaître la Droite populaire. Cette proportion – encore minoritaire – a peut-être déçu certains soutiens de ce courant, mais force est de constater que celui-ci s’est imposé. En outre, la question portait sur la notoriété nominale du mouvement, alors que la Droite populaire fonctionne davantage comme une boîte à idées et une caisse de raisonnance que comme un outil de valorisation d’une « marque ». Sa capacité à lancer des débats dans la société est indéniable, contrastant avec celle de la frange centriste de l’UMP par exemple.

L’EXISTENCE D’UN VRAI CRÉNEAU DANS L’OPINION

Comme son nom peut le laisser supposer, la droite populaire veut porter la parole de la France « réelle » et non celle des élites. D’après les différents sondages d’opinion, les idées défendues par la Droite populaire rencontrent effectivement un écho certain dans une frange de l’électorat. Sa méfiance à l’égard de l’islam trouve l’assentiment d’une minorité importante puisque 42% des Français - notamment les milieux modestes, les habitants du sud-est et du nord-est et les sympathisants de droite – estiment que la présence d’une communauté musulmane en France constitue plutôt une menace pour l’identité du pays. De même, 46% se déclare opposé à l’édification des minarets en France.

La fermeté qui caractérise la Droite populaire s’applique également au droit de grève. Lionnel Luca, son co-fondateur, a ainsi émis il y a deux mois la proposition de l’interdire lors des départs et retours de vacances, à la suite des grèves d’Air France. Les Français, très attachés à ce droit fondamental, ne l’ont pas suivi (34% seulement était favorable à cette interdiction selon l’Ifop), sauf dans l’électorat UMP où cette proposition était accueillie assez favorablement (à 60%).

Enfin, la Droite populaire tranche par son intransigeance à l’égard des mœurs, défendant mordicus la famille traditionnelle, et refusant toute évolution de statut pour les couples de même sexe. Ils se situent certes à contre-courant de l’opinion qui, à chaque nouvelle mesure, montre une adhésion plus large au droit d’adoption et au mariage. Cependant, ils se placent alors en porte-voix d’un électorat âgé et situé à droite.

La Droite populaire s’est parfois aussi distinguée par son indulgence, en s’opposant à la suppression des panneaux indiquant la présence de radars fixes, annoncée par le gouvernement au printemps dernier. Dans un contexte de hausse inquiétante du nombre de morts sur les routes, cette position n’était pas facile à soutenir. Elle rejoignait pourtant l’opinion des Français, qui s’y montraient majoritairement opposés (à 65% selon Harris Interactive).

Selon l‘Ifop, ces prises de position semblent avoir porté dans l’opinion. Parmi les personnes déclarant connaître la Droite populaire, 50% se déclarent proches de ses idées. Les sympathisants UMP ayant l’intention de voter Marine Le Pen en 2012 constituent le noyau dur de la droite populaire puisque 60% d’entre eux s’en estiment proches. Dès lors, il est aisé de mesurer l’intérêt stratégique pour Nicolas Sarkozy de laisser ce mouvement monter régulièrement au créneau : sa qualification au second tour pourrait tout simplement en dépendre.

UN « SAS » ENTRE L’UMP ET LE FN ?

La Droite populaire a peser dans le débat grâce au changement de stratégie présidentielle. L’Elysée s’efforce de prendre une certaine hauteur, Nicolas Sarkozy ne rebondit plus sur chaque fait divers faisant l’ouverture du 20h. Il mesure et pèse sa parole, essaie de rassembler et de ne pas choquer l’aile modérée de son électorat. Il ne doit pas devenir l’épouvantail qui lui ôterait toute chance de réélection au second tour. Les débats sur l’identité nationale ou sur la laïcité, tout comme le fameux discours de Grenoble, prononcé pendant l’été 2010, mettant en lumière la communauté Rom, semblent bien loin. Cette fonction est désormais déléguée à Claude Guéant.

Le chef de l’Etat s’était servi de l’insécurité comme d’une tribune médiatique qui a permis son accession à l’Elysée. Après 10 années de politique du chiffre, de renforcement de l’arsenal sécuritaire, les données récentes démontrent que la tentative de restauration de l’ordre n’a pas apporté les résultats escomptés. Ne pouvant faire campagne sur un bilan mitigé en la matière, Nicolas Sarkozy est conduit à valoriser d’autres aspects.

Par ailleurs, un récent sondage CSA confirme que les préoccupations des Français sont largement tournées vers l’emploi, l’école et l’éduction ou l’assurance maladie et la santé ; la sécurité et l’immigration arrivent en queue de classement et ne peuvent, à ce stade, constituer les thèmes-clés d’un programme électoral fédérateur.

Or, la moindre surenchère de l’UMP sur un certain nombre de sujets pourrait faire le lit de Marine Le Pen. L’Ifop nous apprend que la cote de popularité de Nicolas Sarkozy auprès des sympathisants frontistes s’est effondrée depuis 4 ans : elle a dévissé de 69% de bonne opinion à 31% entre septembre 2007 et septembre 2011 (soit une chute de 38 points contre une baisse de 25 points dans l’ensemble de l’opinion). La création de la Droite populaire permet donc de maintenir un bruit de fond au sein du parti majoritaire sur les thématiques chères à une partie de l’électorat très à droite, tout en préservant le Président de la responsabilité des propos. La formule « tous les courants ont leur place au sein de l’UMP » a de l’avenir…

UN MINISTÈRE DE LA PAROLE DÉNUÉ DE MOYENS D’ACTIONS

Il est notable de constater que l’influence de la Droite populaire réside essentiellement dans sa capacité à s’exprimer. En effet, sur les 600 amendements que les députés affiliés ont déposés, seule une poignée a été retenue. Par ailleurs, seul Thierry Mariani, l’un des membres les plus conciliants du mouvement, a obtenu un portefeuille ministériel. La droitisation de l’UMP n’est donc qu’un effet d’optique, grossie artificiellement par la vitalité des têtes de pont de la Droite populaire dans les médias. Ce qui pourrait, en temps voulu, limiter l’hémorragie d’une partie de l’électorat UMP vers le FN.


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