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Français, garde-à-vous !

Publié le 21 septembre 2011 par Variae

« Serment », « allégeance », « armes » : après la droite populaire, la droite para ? La première des conventions du projet de l’UMP ne fait pas dans la dentelle en réclamant que les jeunes Français, et les demandeurs de nationalité, jurent la main sur le cœur d’être prêts à mourir pour la France, en cas de besoin. Une proposition qui ne laisse personne indifférent, semant un certain trouble jusque dans la majorité et agitant déjà la blogosphère. Qu’en penser, que répondre ?

 

Français, garde-à-vous !

Il y a je crois plusieurs niveaux de lecture à avoir sur cette sortie.

Le premier est celui de la polémique politicienne et de la tactique. C’est un coup classique de l’UMP, et que j’ai souvent analysé sur Variae : celui du pavé dans la mare. Le pavé dans la mare, déjà, permet d’attirer l’attention et de focaliser le débat sur la droite et ses propositions – alors qu’on avait le sentiment, ces derniers jours, que la majorité avait perdu la main sur l’agenda politique et en était réduite à commenter les primaires socialistes, tout en recomptant ses valises africaines. Le pavé dans la mare, ensuite, permet de satisfaire un électorat radical tout en laissant la possibilité à Nicolas Sarkozy, dans un second temps, de tenir une position plus modérée et d’apparaître comme un président sage et conciliateur. Le pavé dans la mare, enfin, est un piège tendu à la gauche. Proposition excessive, il appelle des réponses tout aussi excessives : en l’occurrence, l’UMP attend évidemment que la gauche tombe dans le piège de l’antimilitarisme caricatural, comme l’avait fait Eva Joly au 14 juillet, pour pouvoir ensuite en faire des tonnes sur ces gauchistes qui n’aiment pas l’armée, leur patrie, leur pays, etc.

Le pavé dans la mare est donc une provocation et il mérite le même genre de réponse que toute provocation : être ignoré ; être moqué ; et/ou être calmement analysé et déconstruit.

Deuxième niveau de lecture : sur le fond de ce qui est proposé, en mettant de côté les arrière-pensées des auteurs. Même si le service national a été aboli, il me semble évident qu’en cas d’engagement total de la France dans une guerre mettant en jeu son intégrité même, l’ensemble des citoyens devraient être mobilisés pour défendre leur(s) maison(s). Dans le contexte de l’abolition du service militaire, cette éventualité était devenue quasiment inconcevable ; dans un monde ébranlé par la crise économique et peut-être par d’autres (environnementales, de ressources …) à venir, je n’en suis personnellement plus si sûr. Quoi qu’il en soit, c’est une possibilité qui ne saurait être totalement écartée, et il me semble qu’il y a un lien ancien et fort entre démocratie et défense des citoyens par eux-mêmes. C’est d’ailleurs, comme je l’ai déjà expliqué sur Variae, la seule forme de service civique que je conçois. Partant de là, le cérémonial de « serment aux armes » imaginé par l’UMP est, quand on y réfléchit, assez absurde. D’abord parce que l’hypothèse que l’on ait besoin d’une mobilisation en masse reste malgré tout faible, et que s’il faut commencer à faire jurer les citoyens de faire ceci ou cela en cas de telle ou telle situation exceptionnelle, on n’est pas sorti de l’auberge ; ensuite parce que si jamais nous nous trouvions dans cette situation, cela signifierait que le danger serait si grand que la mobilisation s’imposerait comme une nécessité qui rendrait tous les serments du monde superfétatoires. Et qui n’empêcherait pas les pacifistes radicaux, ou les lâches, de déserter, comme toujours.

Troisième niveau de lecture : ce que sous-entend et vise le pavé dans la mare. Quand on éprouve le besoin de faire jurer quelque chose à quelqu’un, c’est qu’on ne lui fait pas confiance. La proposition « d’allégeance aux armes » est donc d’abord un moyen de jeter la suspicion, de laisser entendre qu’il y aurait une crise morale (comme dirait Cameron) qu’il faudrait combattre. Le simple fait de l’évoquer introduit le doute. Comme je le mentionnais plus haut, je n’ai aucun doute sur la mobilisation des citoyens si leur vie était directement en jeu. Je n’ai pas vu, dans l’histoire de France, de débandades massives ou de lâcheté des Français face à l’adversité (leurs gouvernants, en revanche, c’est autre chose). L’UMP utilise ici une méthode rhétorique perverse, sorte d’inversion de charge de la preuve, qui consiste à attraper un innocent dans la rue, et à lui dire : « tu n’as rien volé ? Alors prouve-le ! ». Par ailleurs, le fait que cette proposition concerne les demandeurs de nationalité française mais aussi les jeunes Français majeurs ne doit pas nous tromper : ce sont les premiers qui sont d’abord visés, et c’est la vieille thèse antidreyfusarde de l’ennemi intérieur qui est ainsi ressuscitée. Ces Français récents, ces basanés, ces bridés, sont-ils vraiment fiables ? Ne retourneront-ils pas leurs fusils contre nous en cas de danger ?

Ceci pour l’analyse. Pour la réponse, en plus des éléments que je mentionne au début de ce billet, on peut s’étonner que l’UMP mette en doute l’intégrité du peuple français, d’une part, et se demander d’autre part pourquoi elle ne propose pas de faire prêter un serment de participation à l’effort de guerre, durant lequel chaque Français promettrait de contribuer en fonction de ses moyens aux finances de l’État, en refusant ces désertions que sont l’évasion et l’optimisation fiscales. Chiche !

Romain Pigenel

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