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Au fond des âmes (7 et fin)

Publié le 25 février 2008 par Vincent

On le voit, on est aigri. Arrive-t-il quelque chose de nouveau, d’imprévu qui vient perturber un petit peu nos habitudes qu’on s’en prend au fautif. C’est maintenant qu’il apparaît ? Il n’aurait pas pu choisir un autre moment ? On laisse à d’autres ces aventures pour lesquelles on se croit trop vieux. Ou pire, on fait l’inverse : on s’y jette à corps perdu dans l’espoir d’oublier. On surjouera sa vie. Entrez, mesdames et messieurs, mais attention : bonne humeur de façade requise dès l’entrée, rire haut en couleur et débit de parole rapide ! Aucun silence autorisé ! Et vite, vite, vivez aussi intensément que vous le voulez avant que le navire coule ! On ressemble à un participant de course d’endurance qui, dans les dernières minutes, trouve des forces nouvelles et se dépasse avant de franchir la ligne d’arrivée. La fatigue qui suit aura beau être atroce, on aura beau suffoquer plusieurs jours avant de s’en remettre, peu importe, on pourra crier haut et fort qu’on a vécu comme si la vie se jouait dans quelques instants d’intensité foudroyante.

Dans l’apathie comme dans la surexcitation, peu importe au fond, cela revient un peu au même, on commence à manquer d’oxygène et on s’en inquiète :

-   Que se passe-t-il ? Qui a empoisonné l’air que je respire ?

-   Pauvre fou, tu commences seulement à comprendre ? Tu ne t’es jamais demandé comment tous ces corps tiennent encore debout alors que leurs âmes sont à l’agonie ? Le poison qu’ils distillent, ils l’expirent tous les jours dans cette atmosphère que toi aussi tu respires. C’est pour cela qu’ils vivent encore, c’est pour cela que toi tu mourras un jour. Car il faut bien, n’est-ce pas, que tous leurs rêves brisés aillent pourrir quelque part … Et où voudrais-tu que ce soit si ce n’est à l’extérieur d’eux, dans cet air commun à tous ? 

   Tu le sais bien, il est inutile de chercher un salut individuel. Tu serais sauvé, soit et alors ? Une fois arrivé parmi les élus, que ferais-tu à part pleurer pour tous ceux qui ne l’ont pas été ? Tu vois, les choses sont mieux ainsi : vous vous condamnez tous ou vous vous sauvez tous.

   Je suis sûr qu’à présent tu regrettes de t’être promené aujourd’hui. Tu te dis que jamais tu n’aurais dû plonger aussi loin dans le monde des âmes. Tu voulais juste jeter un coup d’œil comme ça en passant pour te rassurer. Toi, n’est-ce pas, tu as voulu prendre soin de ton âme il y a de cela quelque temps et à présent que tout a fini par un grand naufrage, tu voulais savoir si tu avais eu tort de suivre ce drôle de chemin ? Tu t’es dit : il y en a tant qui n’ont même pas essayé, alors moi, je vaux nécessairement plus qu’eux, je suis quelqu’un. Tu cherchais une confirmation ultime et, en regardant dans la profondeur des âmes, tu croyais n’accomplir qu’une simple formalité, tellement tu étais assuré de trouver la réponse à laquelle tu t’attendais. Je ne suis pas sûr que tu aies trouvé vraiment ce que tu cherchais. Tu ne peux que t’en prendre à toi-même : tu as voulu commencer par là où d’autres ne terminent même pas. Alors, c’est normal que tu sois perdu. Ne compte pas sur moi pour t’aider !

 Je vais te dire juste une chose et cela ne va pas te plaire : tu n’en as pas fini avec la vie, ni elle avec toi. A présent, passe ton chemin et rentre chez toi. Tu vois bien que les réponses à tes questions, tu ne les trouveras pas ici. Alors, cesse de t’attarder et rentre chez toi. Ton heure n’est pas encore venue et ta présence nous importune.


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