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Le Parlement des fées de John Crowley

Publié le 25 février 2008 par Vincent

1c02dcdfd1c3e5377d68f2b7d4a616ad.jpgLa réédition par Terre de brume de l'oeuvre de John Crowley Le Parlement des fées mérite d'être saluée. Contrairement à ce que pourrait laisser croire les deux couvertures et même le titre français (car le titre original est Little Big), on est loin de la fantasy bas de gamme avec son lot de fées et autres minuscules créatures évoluant dans un disneyland de bon aloi. Est-on d'ailleurs dans la fantasy ? Ce qui est certain, c'est qu'on est d'abord dans la littérature. Pas la petite, celle qu'on lit le soir au lieu de regarder un téléfilm quelconque à la télé (et je dis ceci sans mépris, j'ai de la considération pour celles et ceux qui dédaignent la télévision au profit d'un livre divertissant), non la grande. Les phrases sont travaillées, ciselées, elles sont comme autant de chemins que l'on emprunte sans savoir où ils mènent (en allemand, on aurait appelé ça un Holzwege), nous indiquant l'orée d'un mystère sans s'y engager, nous laissant le soin d'y aller. Ou non. C'est un livre exigeant qui ne prend pas son lecteur pour un imbécile, lui donnant une histoire comme on donnerait un os à ronger à un chien, non, s'il y a bien une trame, elle se perd régulièrement dans le non-dit, l'implicite sans pour autant s'y égarer, elle demande à être complété par l'intelligence d'un lecteur attentif qui mettant en parallèle tel et tel élément du récit se fera sa propre carte du Parlement des fées.  

C'est quoi au fait l'histoire pourriez-vous me demander ? En fait le problème est là. Une histoire, il y en a une mais la raconter serait inutile. Ou risible. Voilà ce que cela pourrait donner: c'est un livre qui s'appelle Le Parlement des fées (mais en fait c'est pas comme ça qu'il devrait s'appeler) dans lequel il n'y pas de fées mais en fait si - ou non. Risible, n'est-ce pas ? Si vous regardez bien d'ailleurs à droite ou à gauche sur internet, vous verrez que pas mal de personnes se contente de raconter le début de l'histoire: il était une fois un dénommé Smoky Barnable qui se rend dans une drôle de demeure située dans un village indiqué sur aucune carte (Edgewood) pour s'y marier. Saine prudence ! Le Parlement des fées au fond résiste mal au résumé parce que c'est un livre dans lequel on entre (ou non d'ailleurs, il peut ennuyer parce qu'on n'adhère pas, un peu comme à l'existence des fées au fond ! ) comme dans un mystère, on est heureux de le suivre comme une rivière. En fait, on est dans la même situation que Grand-père Truite (cf. l'extrait dans mon post précédent):on se laisse porter par l'écriture et de temps en temps on se demande à quoi rime tout cela et on oublie parfois de se le demander (alors qu'il le faudrait !!!) et on passe à côté. A force d'être trop proche, on ne voit pas: Le Conte avait-il seulement besoin d'un messager quelconque, d'un maquereau, l'avait-Il saisi parce qu'il passait assez près pour cela ? Mais ce n'est pas grave, Le Parlement des fées, c'est un livre qu'on relira forcément (on le sait avant même de l'avoir fini tant les détails sont nombreux et la promenade riche).

En bref, à découvrir absolument, à lire la journée pendant les vacances. Celles-ci ou les prochaines.


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