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Soupçon (1)

Publié le 25 février 2008 par Vincent

Lorsque les hommes levèrent la tête pour la première fois, ils virent le ciel –cette immense voûte qui consacre le cosmos en le limitant. Et ils soupçonnèrent un mystère divin. « Les cieux racontent la gloire du Très Haut » est-il écrit dans Isaïe. Les grecs allèrent plus loin encore, entrevoyant dans le ciel la face visible du dieu. Ce que les hommes désiraient si ardemment connaître était là,  devant leurs yeux, et ils ne le voyaient même pas ! Le secret fut pourtant bien gardé. Ça et là naquirent des communautés religieuses, surgies d’on ne sait où, qui s’abîmèrent dans de profondes contemplations astrales. Certaines d’entre elles reçurent par la suite un nom : les sabéens. D’autres n’en reçurent pas et elles étaient, au fond, bien trop absorbées par leurs reconquêtes célestes pour s’en inquiéter. On murmurait alors : « tu étais autrefois un astre ; suis-moi et tu retourneras dans le Plérôme de lumière où tu demeurais jadis ».

Que se passa-t-il ? Un simple doute et le regard des hommes changea du tout au tout. Le ciel, objet de tant de ferveur autrefois, devint suspect. On le regarda comme un immense voile troué où s’engouffrait la lumière d’un autre monde. Le ciel s’effritait, se lézardait depuis toujours et personne ne s’en était jamais rendu compte ! Bientôt, il ne pourrait plus s’opposer au royaume de lumière qu’il s’efforçait désespérément de retenir. Le vrai monde apparaîtrait aux yeux de tous et il détruirait le simulacre – qui ne trompait déjà plus personne. Des bruits se mirent à courir. C’étaient les bribes d’une révélation jusque là inconnue. L’homme n’avait pas toujours vécu sur cette terre, disait-elle, il avait autrefois habité le paradis. Parce qu’il avait péché, il en fut chassé et c’est pourquoi il est désormais voué à l’errance cosmique. Des alliances furent certes contractées mais toutes furent rompues. On attendait, à présent, la venue du Fils de l’homme que les prophètes avaient annoncé.

Celui qui devait tout accomplir vint peu après et, comme cela avait été écrit, il ne fut pas reconnu. De fait, c’était quelqu’un d’assez mystérieux. Aux hommes  qui attendaient impatiemment la venue du royaume de lumière, il avait répondu : « ce que vous épiez, cela est advenu, mais  vous, vous ne le connaissez pas ». Ils étaient repartis perplexes, ne sachant plus quoi penser. Mais ils n’oublièrent pas cette autre parole qui leur avait été dite : « J’ai lâché un feu sur le monde, et voici, je le préserve jusqu’à ce qu’il embrase ». Le sursis avait donc été accordé, la fin des temps – reculée une fois de plus.

A peine le Sauveur parti, on s’ingénia à tout oublier. Les apocalypses furent enfouies sous le sable et les juifs retournèrent sous le joug de leur loi. Les paroles de Jésus furent soigneusement choisies (certaines furent délibérément écartées) et compilées dans des livres. Ceux-ci furent traduits en de nombreuses langues et on s’arrangea pour faire disparaître les originaux. Le temps remplit son office et ce qu’il y avait de plus lumineux fut peu à peu enténébré. Qu’était-ce, au fond, que la venue du Sauveur ? Une étoile de plus, venant s’ajouter au firmament. Si le ciel n’avait pas cédé sous le poids, c’était bon signe !


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