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Plateforme, de Michel Houellebecq

Publié le 25 février 2008 par Alex The Ghit
plateforme

Michel Houellebecq est un auteur que j’admire beaucoup, que ce soit pour son style, sobre, clair mais détaillé, mais aussi par les thèmes qu’il choisit, souvent très provocateurs. Les écrivains ne sont pas des rocks stars, on se fiche qu’ils soient glamour, qu’ils aient un style qui marque ou qu’ils aient de la répartie en public. L’important c’est qu’ils écrivent bien. Pourtant, parfois, connaître le physique d’un auteur, sa manière de parler et de se comporter, influe grandement sur la manière dont on va le lire. C’est le cas avec Houellebecq. Il faut d’avoir vu parler, fumer ses cigarettes bizarrement, jeter sur le monde cet espèce de regard blasé et triste, pour apprécier pleinement ses personnages principaux. Car, invariablement, je m’imagine les héros de ses romans sous les traits de leur créateur.

Plateforme, c’est l’histoire de Michel, fonctionnaire moyen qui attend que sa vie se passe tant il a du mal à se passionner pour quelque chose. Quand son père, avec qui il n’a jamais été proche, meurt assassiné à cause de sa relation avec une jeune femme, Michel décide de faire une pause et de partir en voyage. Il choisit la Thaïlande, tant pour ses décors fabuleux que pour la facilité d’y trouver des prostituées de qualité. C’est au cours de ce voyage qu’il va rencontrer Valérie, une jeune femme au caractère honnête et dévoué, qui se trouve être l’assistante d’un directeur des voyages chez un grand tour opérateur. C’est la naissance d’un amour simple mais sincère, basé sur une sexualité débridée. Quand le patron de Valérie change de société pour entrer dans un groupe prestigieux, mais qui nécessite un redressement de son activité de tourisme, Michel lui suggère de créer de nouveaux clubs de vacances qui « encadreraient » mieux la prostitution…

Le thème de ce roman est donc le tourisme sexuel. Pas la prostitution enfantine, que les choses soient claires là-dessus, à aucun moment il n’en est question. Mais il est vrai que durant tout le roman, le tourisme sexuel est considéré par Michel comme une activité saine et normale. Selon lui, les hommes occidentaux sont frustrés par une sexualité rendue complexe par les rapports de séduction qu’ils doivent avoir avec les femmes. Alors qu’en Europe, une femme cherchera un homme beau, drôle, divertissant, tendre, sûr de lui, et j’en passe, en Thaïlande, une femme cherche juste un bon mari et un bon père.

Il est donc normal, selon lui, que les hommes aillent chercher cette simplicité loin de leur pays d’origine. D’où l’idée qu’un tour opérateur finisse par créer des clubs de vacances uniquement dévoués à ça.

houellebecq
Le thème principal du roman est donc fortement provocateur. Que ça reflète ou non l’opinion de l’auteur, je dirai que ça n’a pas une grande importance, car c’est très bien écrit et ça fait réfléchir. On peut reprocher à Houellebecq de ne pas aborder les aspects négatifs de la prostitution, mais il ne la décrit qu’à travers les yeux d’un client moyen, qui n’en a pas conscience à son niveau.

Un autre point qui a fait beaucoup pour la réputation sulfureuse du roman, c’est la manière dont est décrite la religion musulmane, traitée comme une espèce de dogme violent et arriéré. Là encore, je pense qu’il faut relativiser à l’ensemble du roman. Car certes l’Islam y est violemment critiqué, mais ce n’est pas le cas des musulmans. Le personnage de Michel n’est pas raciste, il est juste agressivement athée. Car ce qui est valable pour l’Islam est valable pour toutes les autres religions, y compris pour la dévotion patriotique à l’Etat tout puissant, qu’on pourrait considérer comme une religion « civile ».

En conclusion, il faut lire ce roman en sachant à quoi on s’attaque : une histoire ouvertement provocatrice, qui doit vous faire réfléchir. Pour moi, Houellebecq est un des écrivains les plus talentueux qui soient, car il provoque avec intelligence. On peut donc facilement le lire et l’apprécier sans être d’accord avec les opinions de ses personnages. D’ailleurs, vu la manière dont finissent ses « héros », je me demande si Houellebecq lui-même est d’accord avec eux. Mais au bout du compte, ça n’a aucune importance…

Note :

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