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L’Allemagne et le nucléaire : un fiasco

Publié le 04 octobre 2011 par Vincentpaes

Le gouvernement allemand a décidé de sortir du nucléaire. Après Fukushima, les antinucléaires allemands se sont déchaînés, entrainant une majorité mal informée dans une hystérie masochiste. Pourquoi n'entendons-nous jamais les écologistes de tous pays protester contre les 3000 morts par an des mines de charbon chinoises, en " oubliant " de mentionner que Fukushima n'a fait aucun mort, et une irradiation réduite du personnel (pour un taux maximum admissible de 250 mSv par personne, 3 opérateurs ont eu des doses de 170 mSv et 18 de plus de 100 mSv).

Ne pas céder aux pressions populaires

L’Allemagne et le nucléaire : un fiasco

Les ravages Fukushima dans l'opinion allemande ont été tels que la chancelière Angela Merkel a été obligé d'annuler sa récente décision de prolonger les centrales nucléaires existantes en Allemagne, et de décider la sortie définitive du nucléaire au plus tard en 2020, avec arrêt immédiat des 8 centrales les plus anciennes. Remarquons que notre probable futur président, dans l'état actuel de l'opinion, François Hollande, a indiqué que sa première décision sera d'arrêter notre plus ancienne centrale nucléaire, Fessenheim.

Encore une énorme bêtise de l'incompétence, ou une complaisance à but électoral indigne du poste brigué, car une centrale ancienne mais soigneusement entretenue présente moins de risques de défaillances qu'une nouvelle installation, les éléments les plus fragiles ayant déjà été changés ; en fait le seul jugement valable, et qui a été en faveur de la prolongation de Fessenheim, provient de l'Autorité de Sûreté Nucléaire, dont l'extrême compétence n'a jamais été mise en cause.

Cet arrêt immédiat prive la production électrique allemande de 84 22 MW, pour une puissance totale de base de 40 500 MW en été (la puissance de base représente le socle de la demande, qui varie lentement, par opposition à la production de pointe qui est fournie par des turbines à gaz, dont le régime peut varier rapidement).

L'Allemagne devra importer de l'énergie... nucléaire

Les politiciens anti-nucléaires de l'Allemagne se sont bruyamment réjouis du fait que cette diminution de puissance s'est passée sans incident, ce qui prouve à leurs yeux que les réacteurs arrêtés n'étaient pas nécessaires. Mais ce que ces responsables politiques ont feint d'ignorer, c'est que la consommation en hiver est beaucoup plus élevée : 57 000 MW, soit 16 500 de plus qu'en été. Or, en été, l'Allemagne exportait 5 800 MW. Avec la réduction actuelle de 8000 MW, l'Allemagne doit maintenant importer en été 2 700 MW. Il va donc falloir produire l'hiver prochain 25 000 MW supplémentaires, ce qui nécessitera de faire fonctionner à fond les centrales à charbon. Mais il a fallu interrompre cet été les travaux de maintenance de ces centrales, ce qui augmente les risques de panne pour cet hiver.

Le ministère allemand de l'énergie compte sur une importation hivernale d'électricité, principalement d'origine nucléaire provenant de France et de Tchéquie. Cependant, l'hiver dernier la France avait dû importer de l'électricité d'Allemagne (il est vrai que par suite de grèves chez EDF, la production nucléaire avait été réduite). En cas de nouvelle vague de froid cet hiver, la situation sera donc très tendue, à la merci d'une panne qui plongerait l'Allemagne et en partie ses voisins dans le noir.

L'hiver, on ne peut compter de façon sûre sur le renouvelable. Le photovoltaïque produit jusqu'à 10 fois moins qu'en été, et en période de grand froid, qui correspond à un anticyclone, le vent est faible et la production éolienne quasi nulle. Dans son rapport de décembre 2009, RWE (deuxième producteur allemand d'électricité) écrivait "Non seulement le vent est volatile, mais la plupart du temps il est absent quand on en a vraiment besoin".

L'électricité est déjà deux fois plus chère en Allemagne qu'en France

Paradoxalement, en été c'est l'excès de production éolienne qui pose problème. Quand le vent souffle de façon soutenue sur le continent européen, tous les pays producteurs d'éolien cherchent à exporter leur excédent ... et doivent finalement se résoudre à arrêter des éoliennes. Le cours de vente de l'électricité à l'export tombe alors en dessous du prix de revient. Autre problème : les variations aléatoires de la production éolienne créent un risque pour la stabilité du réseau. L'Allemagne prévoit, pour contrer ce risque et pouvoir augmenter encore l'éolien, d'implanter massivement des turbines à gaz, lequel est importé de Russie. La sécurité énergétique de l'Allemagne va donc dépendre davantage de Gazprom, dont le président, Alexej Miller a prévu d'augmenter le prix du gaz de 354$ maintenant à 500 $/Mm3 d'ici fin 2011.

L'électricité est déjà deux fois plus chère en Allemagne qu'en France, mais cela va s'aggraver. Alors que le coût du MWh nucléaire en Allemagne est de 5,0 € (2,2€ quand les installations sont amorties), le coût d'achat de l'éolien marin est de 15,0€ et celui du photovoltaïque récent de 24,43€. Cependant, la construction des nouvelles installations au charbon et au gaz pour remplacer le nucléaire, ainsi que le renforcement Nord Sud du réseau nécessité par le renouvelable, vont coûter 51 milliards d'euros. Et bien sûr, le taux de CO2 va augmenter.

L'apport du renouvelable reste marginal en Allemagne, malgré des installations massives : en 2010, l'éolien n'a produit que 5,9% du total, et le photovoltaïque 1,9 %. Cette situation calamiteuse n'échappe pas à la critique des allemands informés. C'est ainsi qu'un collectif d'ingénieurs, physiciens et journalistes a publié une étude sur le sujet, traduite par l'association "Sauvons le Climat", dont voici la conclusion désespérée :

La France ne doit pas suivre cette voie

"Cependant, la politique allemande de la peur est désormais une réalité. Il n'y a pas d'élément permettant l'espoir d'un retour à une politique raisonnable pour plusieurs années. Seule la survenue de dégâts massifs qui commenceraient à avoir des répercussions politiques pourrait amener un retour à la raison, mais probablement pas à l'intérieur des partis actuellement représentés au parlement.
C'est un fait unique dans l'histoire qu'un pays à la pointe de l'industrie se ruine économiquement par une peur sans fondements réels. L'auteur n'a même pas l'espoir d'arrêter en quoi que ce soit ce processus en écrivant ces lignes; ce serait éloigné de la réalité. Mais il fallait tout simplement écrire ceci, pour que ce soit lu par quelqu'un. En fait, ce n'est pas un article, c'est une nécrologie. Sankt Augustin, le 19 juillet 2011."

Puisse la France (dont le nucléaire est 3 fois plus important qu'en Allemagne) ne pas se retrouver dans cette situation. Peut-être, cher lecteur, voudrez-vous agir pour prévenir un abandon du nucléaire en France, en partageant cet article à vos amis et connaissances, et leur demandant d'en faire autant.

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