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Comment Sarkozy "débranche" ses opposants

Publié le 05 octobre 2011 par Letombe

A tort ou à raison, l'équipe présidentielle a considéré qu'il fallait « débrancher » ses opposants de l'intérieur qu'étaient Dominique de Villepin et Jean-Louis Borloo. Quelques récentes révélations sur les méthodes de la cellule élyséenne sont édifiantes. A l'UMP, les primaires se déroulent en coulisses à coup de chantage, sondages et pressions.
Mardi, l'hebdomadaire l'Express ajoute une pièce au dossier des manipulations sarkozyennes. La compagne de François Hollande, journaliste chez Direct8, aurait été espionnée sur ordre par la DCRI.
Du show ...
Ce mardi matin, Nicolas Sarkozy est arrivé dans le Gard, près d'Alès. Des centaines de gendarmes avaient délogé la quinzaine de protestataires qui s'étaient rassemblés dès lundi soir sur la zone d'atterrissage de l'hélicoptère présidentiel. L'un des manifestants rapidement coffré raconte: « Au petit matin, de gendarmes étaient alignés au bord du terrain, comme pour une battue. Ils avaient des gilets pare-balles, c'était impressionnant. Des hommes en costume et cravate, probablement du service de sécurité de la présidence, se sont approchés et ont donné le signal. On a tous été interpellés ». Ces récalcitrants voulaient simplement rappeler leur opposition aux permis de forage de gaz de schiste accordés dans la région. Des permis que Nicolas Sarkozy avait déjà décidé d'abroger. Rien de grave, donc, mais insupportable pour les photos présidentielles du candidat en campagne.
Le Monarque avait de grandes choses à dire. Depuis la veille, lundi, on l'attendait plutôt sur le terrain financier. L'annonce, par les responsables de l'euro-group, que l'adoption de la prochaine tranche d'aide à la Grèce était reportée a provoqué un nouveau séisme boursier en Europe et ailleurs. L'euro a dévissé face au dollar. Angela Merkel a fait savoir qu'elle avait « parlé » à Papandréou, ce mardi.
Mais non, Sarkozy n'avait pas l'intention de déroger à son agenda anachronique. « Le don des protestants à la France c'est la liberté de conscience » a-t-il déclaré. « C'est un lieu où on célèbre la liberté de conscience, un lieu qui montre les ravages que produit l'intolérance. Je viens ici pour les protestants, mais c'est pour toute la France.»
Il a même repris à son compte l'article 10 de la déclaration des Droits de l'homme de 1789: « nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses.»
Sans rire.
... à la cellule...
« L'affaire Borloo » n'a rien de grave, rien de judiciaire. Elle témoigne quand même de quelques moeurs politiques très en vogue à l'Elysée. Quand quelqu'un déplaît, on organise une cellule pour définir, roder puis mettre en oeuvre les éléments du complot visant à le décourager. Concernant Borloo, cette cellule était dirigée par Olivier Biancarelli, comme l'expliquait le Figaro. Celui-même qui deviendrait directeur de campagne de Nicolas Sarkozy depuis que Brice Hortefeux s'est disqualifié dans l'affaire Karachi.
Contre la candidature de Jean-Louis Borloo, l'Elysée a bien travaillé:
- au printemps dernier, une salve de sondages laissait croire à un public transi d'inquiétude qu'une candidature centriste dissidente pourrait empêcher Sarkozy d'un second tour.
- Pour faire contre-poids au sein du camp centriste, et mieux décourager l'entreprise de son ancien ministre, Nicolas Sarkozy misa également sur François Bayrou. De rendez-vous en explication, le rapprochement objectif vers le patron du Modem avait même contraint ce dernier à réaffirmer son indépendance début septembre lors de son université d'été: « Notre entreprise a échoué, le candidat désigné par l'Élysée s'appelle Bayrou. C'est une erreur. » a confirmé un proche de Borloo.
- Enfin, les soutiens parlementaires du président du parti radical valoisien furent un à un découragés ou, à défaut menacés de représailles électorales. Il y a trois mois, deux centristes avaient été attirés au gouvernement.
Mi-septembre, Borloo serait allé rencontrer discrètement Nicolas Sarkozy pour lui faire part de sa décision. La confidence anonyme de l'un des conseillers du Monarque fait froid dans le dos: « Nous savions que Borloo et Villepin étaient en train d'être débranchés. Mais nous ne savions pas quelles modalités Borloo allait choisir pour l'annoncer.»
Lundi, un député UMP, anonyme également, lâchait à un autre journaliste du Figaro: « Nicolas Sarkozy humilie souvent, ne sanctionne jamais, récompense rarement ».
Mardi, à propos du retrait de Borloo de la course présidentielle, Nicolas Sarkozy a eu ce commentaire ambigüe: « C'est plus courageux de renoncer que d'y aller ». Que risquait donc Borloo de si grave s'il s'était obstiné ?
... et l'espionnage.
Mardi, le site de l'Express jetait un autre pavé dans la marre des barbouzeries sarkozyennes: « Des sources policières concordantes, à plusieurs niveaux hiérarchiques, affirment à L'Express qu'au début de 2011, des fonctionnaires triés sur le volet, appartenant à une section de la Direction du renseignement de la préfecture de police de Paris, ont reçu l'ordre d'enquêter sur Valérie Trierweiler, journaliste à Paris Match et compagne du leader socialiste ».
Si les faits sont confirmés, s'agissait-il d'une simple enquête de personnalité que les ex-Renseignements généraux aiment tant pratiquer sur des personnages publics ? La préfecture de police de Paris a évidemment démenti.
Dans une autre affaire d'espionnage, de journalistes cette fois-ci, le procureur Philippe Courroye a obtenu quelque répis. Son audition avec la juge qui enquête sur son rôle dans l'espionnage de 3 journalistes du Monde, en juillet dernier, a été reportée.


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