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Analyse des forces et des faiblesses des Springboks

Publié le 06 octobre 2011 par Sudrugby

Favoris de la poule D, les Springboks sont sortis invaincus de leurs 4 premiers matchs de la compétition, mais non sans souffrance à l’image de leurs rencontres contre le Pays de Galles et les Samoa. Les deux dernières saisons ont été difficiles, mais les champions du monde semblent se retrouver sur les fondamentaux du rugby et espèrent conserver leur titre avec les mêmes ingrédients qu’en 2007 à savoir la conquête, le combat physique, la défense et le jeu au pied. Cependant, des points noirs viennent assombrir les espoirs des vieillissants Sud-Africains qui n’ont pas encore retrouvé la fluidité de leur jeu qui les avait propulsé champions du monde.

La touche de Jacques Nienaber

Analyse des forces et des faiblesses des Springboks

Jacques Nienaber

Début aout dernier, le staff Sud-Africain s’est renforcé de Jacques Nienaber, entraineur de la défense de la Western Province et des Stormers. Le technicien du Cap avait déjà réalisé quelques prouesses depuis 2010. Les Stormers ont établi des records défensifs remarquables lors des deux dernières saisons de Super Rugby. En 2010, les Stormers étaient de loin la meilleure défense de la compétition alors que cette année, l’équipe a été celle qui a encaissé le moins d’essais. Avec Jacques Nienaber à la tête de la défense des Springboks, les champions du monde n’ont encaissé que 4 essais au cours de leur 6 derniers matchs et 24 points lors des phases de poule de la Coupe du Monde, ce qui est remarquable quand on pense aux différentes défaillances qui ont eu lieu l’année dernière.

La défense est un des fondamentaux indispensables pour remporter une Coupe du Monde. Le regain de forme des Springboks dans ce secteur est donc encourageant. Parmi les autres fondamentaux nécessaires pour remporter une Coupe du Monde, la discipline. Les Springboks en ont fait preuve lors de ses quatre premiers matchs, avec une moyenne correcte de pénalités à 8,5 par match (10 pour la Nouvelle-Zélande et l’Australie), encaissant 4 pénalités sur l’ensemble des matchs de poule. Dans les situations délicates comme face aux Gallois et au Samoa, l’équipe a su éviter le piège de l’indiscipline. A ce titre, la grande expérience de cette équipe Sud-Africaine est un avantage qui leur permet de ne pas sombrer dans les moments difficiles.

Une équipe structurée et efficace

La conquête et le jeu au pied se sont toujours avérés être des éléments indispensables dans la conquête des différents titres de champions du monde. La mêlée des Springboks a démontré de bonnes choses au cours de la phase de poules, principalement avec la présence de Guthro Steenkamp. Le pilier des Bulls parait plus efficace dans le rôle de titulaire que “Beast” Mtawarira. Ce dernier ferait parfaitement l’affaire en tant qu’impact player grâce à sa mobilité, mais n’a pas la puissance et la solidité du futur Toulousain que ce soit dans les phases statiques ou courantes. Le secteur de la touche a été globalement propre, elle reste un point fort de cette équipe, qui avait volé un ballon sur quatre à l’alignement Australien lors de la précédente rencontre à Durban. Le jeu en mouvements Australien part avant tout d’une conquête en touche efficace, il sera donc important pour les Sud-Africains d’être autant voir plus performants dimanche prochain, afin de stopper les velléités offensives des Wallabies. La performance Irlandaise contre les vainqueurs du tri-nations devrait inspirer un Victor Matfield dont les dernières sorties ont été moyennes.

Analyse des forces et des faiblesses des Springboks

Gurthro Steenkamp

Quelques années auparavant, Jake White avait dit que l’Afrique du Sud était le seul pays au monde à pouvoir gagner un test match de haut calibre international sans toucher le ballon. Cette vision est un peu caricaturiste, mais à la vue des deux matchs importants de la poule D, les Springboks ont démontré que cette théorie n’était pas fausse. En étant outrageusement dominés dans la possession de balle ou du terrain, les Sud-Africains ont pour le moment toujours su trouver les ressources nécessaires pour battre son adversaire. Cette capacité à gagner sans avoir le ballon est ce qui rend cette équipe très dangereuse car même si elle semble abattue, elle est capable de répondre à tout moment comme face aux Gallois, ce que n’avaient pas su faire la France contre le Tonga ou l’Australie contre l’Irlande. Un système de jeu proche du “Catennacio” et un réalisme à l’Italienne caractérisent cette équipe 2011 des Springboks.

D’autre part, chaque équipe championne du monde a eu en son rang un buteur de grande qualité, régulier et capable de faire le bon geste juste au bon moment. En Morné Steyn, l’Afrique du Sud possède l’un des buteurs les plus réguliers de la planète. Le buteur des Bulls n’a pas été exceptionnel lors des 4 premiers matchs avec 79% de réussite. Mais l’an dernier, Morné Steyn avait réalisé un record mondial en réussissant 41 coups de pied de suite. Plus encore que sa réussite au pied, sa capacité a déplacé le jeu avec son pied et ses qualités à enfiler les drops sont également des armes importantes dans des matchs couperets de Coupe du Monde. Jonny Wilkinson en 2003 et Joël Stransky en 1995 avaient donné la victoire à leurs pays par un drop, alors que Stephen Larkham avait assené un drop improbable contre l’Afrique du Sud en 1999, dans les prolongations d’une demi-finale qui s’apparentait à une finale avant l’heure. La réussite devant les poteaux des arrières Matthew Burke et Percy Montgomery avaient eu une importance cruciale lors du sacre de leur pays. Le jeu au pied chirurgical de Grant Fox et Michael Lynagh avaient façonné les succès Néo-Zélandais et Australiens lors des deux premières Coupes du Monde. Morné Steyn possède ses attributs et il sera de plus épaulé des jeux au pied efficaces Fourie Du Preez et Pat Lambie. Mais à ce jeu là, François Steyn risque de beaucoup manquer aux Sud-Africains.

François Steyn, le lien qui va manquer

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Frans Steyn

On sait qu’un grand match de Coupe du Monde peut parfois se jouer sur un coup de pied et la capacité du joueur du Racing à inscrire des drops et pénalités longues distances était un atout majeur. On se rappelle que lors de la finale 2007, François Steyn avait inscrit une pénalité de plus de 50 mètres pour permettre à son équipe de prendre un avantage supérieur à la barre symbolique des 7 points. Sa blessure pourrait causer un gros vide, Peter De Villiers pense même que son retrait est plus dramatique pour son équipe que celle de Dan Carter pour la Nouvelle-Zélande. L’absence d’un premier centre de qualité avait énormément fait défaut aux Sud-Africains lors du premier match. Butch James n’a pas été d’une grande utilité dans le jeu courant et au pied face aux Gallois. L’ouvreur champion du monde 2007 manque de mordant et de fluidité à ce poste. Quant à Jean De Villiers, il est propre et réalise ce qu’il fait avec application. Mais il propose un style de jeu unidimensionnel qui rend l’attaque des Springboks trop prévisible avec des schémas de jeu stéréotypé.

La présence de François Steyn au centre de l’attaque des Sud-Africains a changé le jeu offensif de son équipe, comme il l’avait fait en 2007 après la blessure de Jean De Villiers contre les Samoa. A ce poste, le joueur du Racing apporte plus qu’un simple jeu au pied. Sa palette de jeu plus large ajoute de l’incertitude à la défense adverse. Ses qualités de passes dans les deux côtés du terrain permettent à son équipe d’étaler le danger sur la défense adverse. Sa puissance et sa qualité d’appuis lui permettent souvent de déstabiliser l’opposition. François Steyn dispose également d’une qualité très peu utilisée par Jean De Villiers, celle d’instaurer de la continuité dans le jeu. La présence du plus jeune champion du monde de l’histoire a redonné de l’équilibre à la ligne de 3/4 Sud-Africaine et son absence risque de clairement peser, bien que les qualités de coureur du premier centre des Stormers ont souvent fait mouche contre l’Australie.

Une équipe vieillissante…

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John Smit

L’expérience est une qualité inestimable, nul doute que l’Afrique du Sud peut compter sur un groupe d’expérience capable de bien surmonter les moments difficiles dans une rencontre. Pour l’exemple, le XV de départ aligné par Peter De Villiers comptait 815 sélections contre les Gallois, 723 face à l’équipe des Samoa alors que les Wallabies n’en possédaient que 482 lors du match contre l’Irlande. Pour le match de dimanche, Peter De Villiers a opté pour un groupe d’expérience avec un total de 836 caps. Cependant l’expérience à elle seule ne peut pas faire gagner un match et les différents choix effectués par le staff Sud-Africain tendent à démontrer une optique trop conservatrice. On peut voir cela à travers les différents choix des hommes au sein du XV de départ mais également dans les différentes options de jeu choisies. John Smit est le symbole de cette équipe d’Afrique du Sud coincée dans des schémas stéréotypés. Malgré une baisse de niveau conséquente depuis deux saisons, la place de John Smit dans le XV de départ n’a jamais été remise en question. Le capitaine de l’équipe a été essayé dans les trois postes de première ligne, avant de revenir à la place de talonneur au détriment de Bismarck Du Plessis, qui évolue dans une catégorie bien supérieure à celle de John Smit.

Les choix des hommes n’ont été guère remis en question. Malgré de nombreuses performances en demi-teinte depuis l’an dernier, Victor Matfield n’a jamais été éjecté du XV de départ sauf sur blessures. Il reste un bon contreur en touche mais son incapacité à produire des performances complètes de classe mondiale depuis l’an dernier reste très préoccupante, de même que sa faiblesse au combat. Le cas de Bryan Habana est encore plus criant, le codétenteur du nombre d’essais marqués en Coupe du Monde traine sa peine depuis plusieurs saisons, à tel point qu’il n’a même pas été à la hauteur lors du dernier Super 15. Toujours titulaire malgré un enchainement de grosses contre performances, l’équipe doit se priver de la présence du jeune et talentueux François Hougaard pour laisser la place à un champion sur le déclin. Cette confiance aveugle envers certains hommes a privé de nombreux joueurs d’avoir une possibilité de démontrer leur qualité au niveau international.

… et conservatrice

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Bakkies Botha out du Mondial

Le style de jeu très restrictif des Springboks est également inquiétant. Schalk Burger disait récemment que l’arbitrage dans le jeu au sol favorise à 70% l’équipe qui attaque et à 30% celle qui défend. Ce constat est réaliste mais n’a pas été appliqué par l’équipe nationale, qui est toujours restée sur sa gloire et les schémas de jeu d’un triomphant été 2009. Le jeu des Springboks n’a pas su s’adapter aux différents changements de règles, qui donnent un avantage important à l’équipe qui possède le ballon. Il est donc devenu plus difficile de gagner sans avoir la possession du ballon et ce qui faisait jadis la force des Springboks est peut-être désormais une faiblesse. Nous avons cependant pu voir quelques bons moments de rugby proposés par les Springboks dans cette coupe du monde. Mais à chaque fois que le score était à la faveur des Sud-Africains, ces derniers ont eu la fâcheuse tendance à rendre autant de ballons au pied que de munitions à l’adversaire et ainsi à les remettre dans le match. Cela est extrêmement regrettable, quand on sait que la majorité des provinces Sud-Africaines ont su s’adapter à ces nouvelles règles en adoptant un rugby offensif. C’est probablement le plus grand échec du staff des Springboks que de ne pas avoir su évoluer. Avec le rugby offensif des Cheetahs et des Sharks, la solidité des Stormers et la culture de la gagne des Bulls, tous les ingrédients étaient réunis pour reproduire une équipe capable sérieusement de conserver son titre de champion du monde. Au lieu de cela, les Springboks ont balbutié leur rugby depuis la dernière Coupe du Monde, en terminant à trois reprises dernier du tri-nations, alors que dans le même temps l’Afrique du Sud est la meilleure nation en Super Rugby avec deux succès contre un pour chacun de ses voisins.

Avec un rugby stéréotypé, un capitaine et vice-capitaine qui semblent avoir perdus leur meilleur rugby depuis quelques années, le maitre à jouer Fourie du Preez et le finisseur qui peinent à retrouver leurs lustres d’autrefois, il parait difficile de concevoir que l’Afrique du Sud soit la première équipe à gagner à deux reprises la Coupe du Monde. Sans oublier que le forfait de Bakkies Botha pourrait s’avérer lourd de conséquence tant son importance dans les phases de combat est cruciale. Mais on dit souvent que les grands joueurs ne meurent jamais et qu’ils sont capables de retrouver l’étincelle sur un match ou de simples petits détails. Espérons pour les supporters des Springboks que ces joueurs désormais « ordinaires » puissent retrouver leur standing habituel.

XV Springboks pour affronter l’Australie – 15 Pat Lambie, 14 JP Pietersen, 13 Jaque Fourie, 12 Jean de Villiers, 11 Bryan Habana, 10 Morne Steyn, 9 Fourie du Preez, 8 Pierre Spies, 7 Schalk Burger, 6 Heinrich Brussow, 5 Victor Matfield, 4 Danie Rossouw, 3 Jannie du Plessis, 2 John Smit (c), 1 Gurthro Steenkamp.
Subs: 16 Bismarck du Plessis, 17 CJ van der Linde, 18 Willem Alberts, 19 Francois Louw 20 Francois Hougaard, 21 Butch James, 22 Gio Aplon


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