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Martelly, Conille: une seule couleur politique Hebdom...

Publié le 12 octobre 2011 par 509
Martelly, Conille: une seule couleur politique

Martelly, Conille: une seule couleur politique




Hebdom...

Hebdomaire haitien dirigé par Marcus Garcia

Jusqu'à présent on utilise pour caractériser les principaux collaborateurs du président Michel Martelly le qualificatif de néo-duvaliériste, entendez la troisième génération du régime arrivé au pouvoir en 1957 avec François ‘Papa Doc' Duvalier et qui sera renversé enfin trente ans plus tard quand le fils Jean Claude ‘Baby Doc' Duvalier en février 1986 partit en catastrophe pour l'exil en France.
A la surprise générale, celui-ci revient au pays vingt cinq ans après, en janvier 2011.
Le 14 mai de la même année, une star de la chanson populaire, Michel Joseph Martelly, reçoit l'investiture à la présidence après des élections sous supervision étroite et même exclusive de la communauté internationale (ONU, OEA, USA, France).
Autour de lui, une seule couleur politique. A commencer par ses trois choix pour le poste de Premier ministre. Tous les trois, fils de ministre sous le régime de Duvalier fils. Le père de Daniel Rouzier, l'avocat Gérard Rouzier, a été ministre des sports. Celui de Bernard Gousse, fils de Pierre E. Gousse, ministre de l'information. Enfin le Dr Garry Conille, qui a finalement arraché la ratification parlementaire, est le fils du Dr Serge Conille qui fut également ministre de la jeunesse et des sports sous Baby Doc.
Une même teinte politico-idéologique...
Tandis que le principal collaborateur du président de la République est un jeune avocat, Me Thierry Mayard Paul, jusqu'ici le membre le plus influent de la nouvelle équipe au pouvoir et qu'on donne lui aussi pour être un proche des milieux néo-duvaliéristes.
En un mot, c'est la même teinte politico-idéologique qui règne sur le pouvoir actuel. Et aussi bien au palais présidentiel qu'à la Primature ou siège du Premier ministre (le temps que celui-ci obtienne l'assentiment du Parlement à son programme de gouvernement).
Faut-il en conclure qu'ils sont tous coupables ou comme disait le président Sténio Vincent: fils d'incendiaires, incendiaires eux-mêmes? Y a-t-il un atavisme? Un péché originel?
Evidemment non. Cependant lorsqu'un seul secteur domine toutes les avenues du pouvoir, et à l'exception de tous les autres, il ne peut plus y avoir d'erreur.
L'homme le plus puissant actuellement...
Et domination jalouse et exclusive. Ainsi alors que le premier ministre ratifié raconte dans la presse qu'il mène des négociations dans tous les milieux, avec tous les secteurs, partis politiques, parlementaires, société civile etc, on apprend que les membres du parti majoritaire au Sénat, les mêmes qui lui ont garanti la ratification jeudi dernier (6 octobre), ont laissé la table des négociations parce que le pouvoir ne leur offrirait que des miettes! Selon Le Nouvelliste, deux ministères considérés comme sans grande envergure et non comme des ministères d'Etat: la Culture et le Commerce.
Mais selon d'autres, c'est le Premier ministre lui-même qui n'a pas assez de marge de manoeuvre par rapport aux ‘hommes du Président'! Et en tête, le jeune Me Thierry Mayard Paul, chef de cabinet du président Michel Martelly. L'homme le plus puissant actuellement après celui-ci.
Et puisqu'il en est ainsi, faut-il bien faire un peu plus connaissance avec ceux-là qui aujourd'hui nous gouvernent.
Thierry Mayard Paul est le fils d'un important avocat des trente dernières années, Constantin Mayard Paul. Contrairement à ce que nous venons de voir, celui-ci n'a pas été ministre sous le régime Duvalier mais, de par son statut d'avocat riche et puissant, il avait ses entrées partout et a pu prospérer tranquillement.
Me Constantin Mayard Paul n'est pas un produit du régime Duvalier mais plutôt d'une des dynasties haïtiennes les plus puissantes du siècle dernier, les Brandt.
Tout jeune avocat, il a été choisi de main de maître par le créateur de la dynastie, l'anglo-jamaïcain Oswald J. Brandt. Dès l'accession de Papa Doc en 1957, celui-ci avait réalisé que ses avocats qui étaient jusqu'ici des mulâtres (le cabinet Liautaud) auraient des difficultés à le défendre efficacement face à un régime se réclamant (du moins à ses débuts) de l'idéologie noiriste.
Dans un cocon bourgeois...
Dès lors l'avocat Constantin Mayard Paul ne cessa de gagner en influence à l'ombre du riche patriarche. A la mort de celui-ci, il resta l'avocat du principal héritier, Clifford Brandt. Ils étaient comme des jumeaux. D'ailleurs leurs fils furent baptisés des mêmes prénoms.
Cependant Constantin Mayard Paul affecta toujours des airs d'homme du peuple, comme on dit chez nous, c'est à dire proche de tous les milieux.
Tandis que ses fils semblent avoir grandi dans un cocon bourgeois, sélect, bien protégé et n'être jamais descendu des hauteurs de Pétionville, faubourg résidentiel (pour ne pas dire présidentiel!).
Il faut attendre le coup d'état militaire de septembre 1991, qui renversa le régime populaire de Jean Bertrand Aristide (et populiste, comme ironiquement aujourd'hui celui aussi de Michel ‘Sweet Micky' Martelly), pour voir les Mayard Paul faire publiquement leur entrée sur la scène politique.
Le signe particulier de ce coup d'état n'est pas seulement qu'il fit un grand nombre de victimes civiles mais aussi qu'il divisa la société haïtienne en deux camps: d'un côté les défenseurs du gouvernement démocratiquement élu, de l'autre ceux du statu quo.
Constantin Mayard Paul, déjà âgé, prit position parmi ces derniers. Lorsque les Marines américains ramenèrent Aristide au palais national trois années plus tard, en 1994, il déposait en signe de protestations une gerbe au pied de la statue des aïeux au Champ de Mars. A ses côtés se tenait l'avocate Mireille Durocher Bertin. Celle-ci sera assassinée peu après.
Martelly fit ses premières armes...
Mais c'est aussi dans les mêmes circonstances que Michel Martelly fit ses premières armes en politique en accompagnant en musique les manifestations pro-coup d'Etat et anti-Aristide.
Et ce sont ses fans de ce temps-là (dont bon nombre d'anciens militaires et paramilitaires) qui dominent également aujourd'hui son entourage au palais national. Pour employer une expression utilisée dans le show business, c'est en quelque sorte une bande de joyeux drilles qui nous gouverne aujourd'hui. Et autant qu'on puisse gouverner aussi avec ses convictions, les leurs en tout cas ne sont un secret pour personne!
Tandis que les conseillers du premier ministre ratifié Garry Conille, s'ils appartiennent à la même mouvance néo-duvaliériste, ils font partie d'un autre cénacle - qui se pique davantage d'une certaine sensibilité idéologique.
La bande des trois ...
Le père Dr Serge Conille, qui est très proche de son fils, appartient à la première génération des étudiants qui, revenant sur leurs options révolutionnaires et anti-impérialistes (Fidel Castro venait quelques mois auparavant de prendre le pouvoir à Cuba), choisiront le parti du futur dictateur à vie d'Haïti lorsqu'une grève des étudiants en 1960 menaçait le gouvernement de François Duvalier.
C'était la bande des trois; trois étudiants en médecine: Roger Lafontant, Rony Gilot et Bob Germain. Mais comme dans Les Trois mousquetaires, c'est une trinité en 4 personnes. Cette dernière c'est Serge Conille.
Le premier connut une fin tragique mais à la hauteur de ses ambitions politiques. Après avoir occupé les postes les plus puissants sous la dictature, de ministre de l'intérieur et de la défense nationale (celui-là même que se réserve aujourd'hui, dit-on, le jeune Thierry Mayard Paul) à celui de chef de la sécurité politique, le Dr Roger Lafontant débarqua à l'improviste en Haïti en 1990 (quatre ans après la chute de la dictature) pour se déclarer candidat à la présidence.
Il fut assassiné mystérieusement à la prison de Port-au-Prince en même temps que se déclenchait le coup d'état militaire du 30 septembre 1991.
CONAJEC...
Les trois autres, Dr Rony Gilot, Dr Bob Germain et Dr Serge Conille, eurent une histoire moins tempétueuse.
Leur carrière politique se déroulera sous le gouvernement de fiston Duvalier dans les années 1970. A part quelque poste ministériel sans grand relief, ils s'engagèrent plutôt dans une sorte de défense idéologique du régime dictatorial. Ils furent les animateurs intellectuels d'un organisme dénommé CONAJEC ou Conseil national d'action jean-claudiste qui avait principalement pour mission de faire opposition à la presse dite indépendante, cela jusqu'à l'écrasement de cette dernière en novembre 1980 par l'arrestation et l'exil des journalistes.
On dit que Dr Conille a appelé son compagnon de longue date, Dr Gilot, au chevet de son fils, le futur premier ministre haïtien.
Un autre éminent animateur du CONAJEC s'appelait Me Théodore Achille, super ministre. Il serait lui aussi déjà sur place. Il faut compter aussi Jean Marie Chanoine, super ministre et ministre de l'information, qui ne devrait pas être bien loin lui non plus. Etc.
S'ils n'ont pas les mains couvertes de sang jusqu'aux oreilles à l'image des grands carnassiers du régime (les tortionnaires Luc Désir, colonel Albert Pierre, et justement Dr Roger Lafontant), cependant c'est eux qui avaient la gestion technique, si l'on peut dire, du crack down qui mit fin à l'expérience dite de la ‘libéralisation' en novembre 1980. Et qu'ils exécutèrent avec le même cynisme que leurs prédécesseurs les grands carnassiers.
Pas une seule réalisation qui en vaille la peine...
Voici donc sans exagération, croyons-nous, la nouvelle équipe qui s'installe aux commandes aujourd'hui. Après la ratification mardi dernier (4 octobre) de son premier ministre par le Sénat, le président Michel Martelly a déclaré, de concert avec ce dernier, que le prochain gouvernement sera ‘représentatif, ouvert et inclusif.' On n'en a encore vu aucun signe.
En même temps le président continue de déclarer presque avec fierté qu'il ne sait pas grand chose en politique. Il eût mieux valu! Car les principaux conseillers auprès de son administration ont par contre une longue carrière politique. Mais peuvent-ils se prévaloir d'une seule réalisation qui en vaille la peine? Une seule.
Et qui pourrait justifier leur retour aujourd'hui à la tête du pays.
Haïti en Marche, 7 Octobre 2011 retrouver l'artcle sur le site de HAITI EN MAERCHE: http://www.haitienmarche.com/article.php#suite1

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