Magazine Info Locale

Réflexions sur le concept de résilience

Publié le 16 octobre 2011 par Jplegrand

Boris Cyrulnik invité de la Ville aux Livres

Boris Cyrulnik, neuropsychiatre et universitaire sera l'invité du salon littéraire de Creil "La Ville aux Livres".

Il est l'auteur de "La résilience", livre paru aux Editions "Le bord de l'eau". Il s'agit d'un entretien sur la transmission de génération en génération. Cette transmission semble nécessaire pour surmonter les douleurs traumatiques des individus. Mais Cyrulnik estime qu'il faut pour cela des conditions particulières à cette transmission qui soient des moins violentes possibles, il faut aussi souvent du temps. Il faut la plupart du temps que la victime du traumatisme puisse s'identifier à un autre que lui-même, à une situation symbolique, que l'art comme le théâtre, le cinéma, la littérature vont offrir comme moyens d'identification libératrice.   Ainsi le concept de résilience est à la mode. Il est pratique puisqu'il peut être interprété comme un remède aux douleurs de l'humanité, aux blessures de chaque individu. Qui ne souscrirait pas  à un tel concept ? Mais pour certains intellectuels comme Serge Tisseron qui a écrit "La résilience" aux PUF il faut rester prudent  quant aux  interprétations et utilisations de ce concept. Après tout, pourraient penser certains , si la résilience permet de surmonter les traumatismes, pourquoi ne pas l'utiliser comme une immunologie psychique afin de réparer les dégâts que le système ultra libéral commet sur les individus sans jamais remettre en cause le système lui-même ?
  L'école deviendrait-elle à terme le champ d'une vaste opération de résilience afin que soient régulées les souffrances que connaît une jeunesse sans perspective, une jeunesse qui de ce fait devient dangereuse pour les classes dominantes ?  (N'assiste-t-on pas à une précarisation et paupérisation massive des jeunes générations et parallèlement à des mouvements radicaux de refus du libéralisme comme celui des Indignés). Dans ce contexte, le concept de résilience deviendrait-il malgré ses auteurs l' auxiliaire d'une campagne idéologique selon laquelle la souffrance est inéluctable, le traumatisme fatal et que de toute façon les hommes si ils en ont la volonté peuvent  se reconstruire grâce à cette résilience ? On sait cependant que la réalité est toute autre, que la reconstruction est le fruit de longs processus, souvent grâce à l'accompagnement empathique de professionnels qui se font d'ailleurs de plus en plus rares pour les milieux populaires du fait de la casse du système de santé et notamment de l'hôpital public.
  Et si on osait penser que les hommes peuvent enfin éviter de subir tous ces douloureux traumatismes qui depuis des siècles proviennent de la guerre, de l'exploitation du travail, de la domination  des hommes sur les femmes et trop souvent hélas de la barbarie d'adultes sur des enfants, d' agressions sexuelles ? Et si on inventait un monde libéré de la violence qui est le fruit de rapports de classe privilégiant l'accumulation de richesses matérielles d'une minorité au détriment du développement de l'immense majorité ? La crise  du capitalisme va chambouler toutes nos représentations : elle démontre que l'accumulation de l'argent fait notre malheur et que ce n'est pas en lui que réside l'avenir de l'humanité. La meilleure thérapie pour éviter les traumatismes c'est la lutte, c'est l'éducation au combat, à la résistance à toute oppression, qu'elle soit familiale, patronale, machiste, sexuelle. Et dans ce combat l'école doit devenir un lieu d'éducation aux plus belles et exigenates  valeurs de l'émancipation humaine, laïque et progressiste.     Jean-Paul Legrand

Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Jplegrand 1025 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazine