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Construction européenne : la méthode monnaie

Publié le 19 octobre 2011 par Edgar @edgarpoe

Jusqu'ici, la construction européenne avançait "à petits pas", selon la méthode Monnet : la structure européenne grignote les pouvoirs nationaux les uns après les autres, dans le plus grand silence mais de façon efficace.

Cette méthode a l'inconvénient, pour les souverainistes européens, d'être trop longue.

La crise engendrée par l'euro leur offre une occasion magnifique de passer à la vitesse supérieure, en ne conservant qu'un élément de la méthode Monnet : son caractère subreptice.

Car avec l'Europe par la méthode monnaie, nous pourrions rentrer de façon définitive dans un état fédéral européen. De façon entièrement non démocratique et avec aux commandes, non pas les vilains marchés financiers, mais les Etats-Unis et la Chine.

Voici comment.

L'euro tue les économies qui l'adoptent (cf. euro, la double peine ou Ne l'oublions pas, l'euro est un atout).

Pour résorber les déficits croissants que l'euro inflige aux pays qui l'ont adopté, il va falloir des montants sans cesse croissants.

On voit que le Mécanisme Européen de Stabilité va permettre de mobiliser près de 500 milliards d'euros et l'on discute maintenant de porter ce montant à 2500 milliards d'euros.

On peut relever un point au passage : colmater des brèches ne résoudra jamais le problème principal, qui est qu'en dehors de l'Allemagne tous les pays de la zone euro ne peuvent rétablir leur compétitivité et conserver l'euro. Martin Wolf explique cela dans le Financial Times de façon très claire : "si les pays créditeurs de la zone euro devaient transférer massivement des ressources aux pays déficitaires, la zone euro serait peut-être préservée. Mais même si (ce qui est peu vraisemblable), l'Europe du sud [note d'Edgar : France comprise, assez rapidement]se transformerait en un vaste mezzogiorno. Ce serait un résultat désastreux de l'intégration monétaire européenne".  (if creditworthy members were to transfer resources to the uncreditworthy on a large enough scale, the eurozone might be kept together. But, even if such a policy could be sustained (which is unlikely), it would turn southern Europe into a greater Mezzogiorno. That would be a calamitous outcome of European monetary integration.)

Wolf n'évoque pas les conséquences politiques d'une telle évolution :

- le Mécanisme européen de Stabilité, avec les statuts déments d'irresponsabilité qui le caractérise,  aura à servir au bas mot 100 milliards d'euro d'intérêt chaque année (4% de 2500 milliards). Ca placerait ce budget pas loin de celui de l'état français. Qui aura la légitimité pour gérer cette structure ?

- les acquéreurs de la dette européenne ainsi accrue seront vraisemblablement en bonne partie américains et chinois. Américains parce que les Etats-Unis ont conservé la capacité à faire tourner la planche à billets sans se soucier de leurs déficits (et que la zone euro n'a jamais rien fait contre). Chinois parce que l'euro sert de variable d'ajustement de la croissance mondiale et que les bénéfices des groupes américains sont réalisés à partir de leurs implantations chinoises. La Chine accumule ainsi des réserves de capitaux colossales qu'elle ne placera pas sans conditions.

- l'Europe se placera donc sous la tutelle du couple chinamérique contre lequel elle n'a rien fait depuis la naissance de l'euro.

Demain ce sont donc des créanciers américains et chinois qui dicteront aux pays membres de la zone euro leur politique économique. Déjà aujourd'hui les agences de notation pèsent d'un poids disproportionné sur l'élaboration des budgets nationaux alors que le FESF premier niveau n'est pas encore en place. Imaginons ce que ce sera demain avec une dette cinq fois supérieure !

En cas de grogne populaire contre les mesures d'austérité imbéciles provoquées par la tentative irrationnelle de construction d'un état souverain européen, on peut parfaitement imaginer des interventions militaires pour calmer les émeutiers.

Qui pourrait estimer aujourd'hui improbable que d'ici quelques mois la question de l'envoi de troupes européennes, voire de l'OTAN, à Athènes soit posée ? Au nom des "engagements européens" pris par des dirigeants vendus aux marchés financiers. J'avais d'ailleurs eu envie initialement de titrer ce billet "2012, l'OTAN à Athènes". Un scénario pas complètement irréaliste.

Nous passons donc aujourd'hui à une phase accélérée de la construction européenne. La méthode Monnet est enterrée, la méthode monnaie sera bien plus violente, et rapide - mais tout aussi difficile à comprendre, et furtive. D'ailleurs, l'un des plus éminents propagandistes du souverainisme européen, Jean Quatremer, s'en réjouit : "Le fédéralisme induit par la monnaie unique se concrétise donc dans la douleur". Au passage, oublions toute notion de démocratie. Qui a averti les électeurs que la monnaie unique conduisait au fédéralisme ?

Sortir de l'euro, c'est avant tout rétablir la démocratie.


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