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Prodromes de l'avènement du puritanisme linguistique

Publié le 26 février 2008 par Roman Bernard
Cet article a été réalisé en partenariat avec Gief, dessinateur.
Que l'on me pardonne : j'ai découvert avec davantage d'amusement que d'indignation la fameuse vidéo du Parisien, dont il ne serait guère nécessaire de rappeler le détail si nous ne vivions pas dans une société sans mémoire. Dans quelques semaines, qu'écris-je, la semaine prochaine, elle sera déjà oubliée, ayant laissé la place à un nouveau buzz médiatique, dont l'insignifiance n'aura d'égale que la frénésie avec laquelle certains s'en empareront pour fustiger l'Élysée. On y voit donc le chef de l'État, le président de la République, essuyer un affront qu'un beauf dans le plus pur style bidochonien croit bon de lui infliger. Quand on est un homme public, que l'on prend un bain de foule et que l'on fait la tournée des paluches, on ne goûte pas forcément de s'entendre dire : « Ah non, touche-moi pas, tu m'salis ! ».
Alors, bien sûr, un homme d'État digne de ce nom se doit de ne pas réagir, sagesse qu'avait adoptée son prédécesseur Jacques Chirac quand il fut souillé par des crachats, lors de la campagne présidentielle de 2002. Mais, lors de cette même campagne, François Bayrou, qui ne passe pas pour un homme grossier ni violent, avait su réagir comme il se devait en giflant un gamin qui tentait de lui faire les poches.
Le langage employé par Nicolas Sarkozy ne sied guère à la majesté, à la dignité, au caractère sacré de la fonction présidentielle, j'en conviens bien volontiers. Reste que, de tous les blogueurs ayant dénoncé la réaction du président - que je comprends tout à fait, et que je me fais fort d'excuser - aucun ne condamne la méprisable attitude de cet énergumène qu'on ne qualifiera pas autrement que de « beauf ».
Un président, cela se respecte. Si Nicolas Sarkozy n'est pas le chef de l'État dont nous aurions rêvé, cela va sans dire, la fonction qu'il incarne, et qui est hautement respectable, n'a pas à être salie par les injures haineuses d'un quelconque beauf.
Au-delà, on peut rapprocher cet « événement » anecdotique de la mini-polémique qui avait agité les médias, traditionnels et « citoyens », lorsque Patrick Devedjian avait qualifié Anne-Marie Comparini de « salope », en juin dernier. Je reproduis ici ce que j'avais écrit à l'époque : « Bien que le comportement de M. Devedjian soit peu justifiable sur la forme, je trouve étonnant que l'on fasse tant de cas d'une conversation privée. Il est également surprenant que l'on feigne de s'offusquer des insultes qui peuvent être proférées entre responsables politiques, alors que chacun sait qu'elles sont monnaie courante. » Pas grand-chose à ajouter en l'occurence, sinon que comme dans tout duel, Nicolas Sarkozy avait ici, en tant qu'offensé, le choix des armes. Il eût dû, certes, user de celles, imparables, de l'indifférence et du dédain, au lieu de se mettre à la (faible) hauteur du beauf en question.
Mais ce choix lui appartenait, et je ne tiendrai pas rigueur au chef de l'État d'avoir usé d'un langage peu châtié. D'abord parce qu'il serait hypocrite de prétendre qu'un homme d'État n'a pas à tenir ce genre de langage. J'enjoins les puritains du discours politique à lire des compte-rendu de séances de nos chambres parlementaires, lorsque celles-ci avaient la mainmise sur la conduite de la politique de la France. Dans les débats de la Convention ou de la Troisième République, les « noms d'oiseau » étaient certainement plus fréquents qu'ils ne le sont aujourd'hui - d'ailleurs, atavisme politique oblige, le Palais Bourbon est le seul lieu où ils soient encore admis.
pas pour un homme grossier ni violent, avait su réagir comme il se devait en giflant un gamin qui tentait de lui faire les poches.
Le langage employé par Nicolas Sarkozy ne sied guère à la majesté, à la dignité, au caractère sacré de la fonction présidentielle, j'en conviens bien volontiers. Reste que, de tous les blogueurs ayant dénoncé la réaction du président - que je comprends tout à fait, et que je me fais fort d'excuser - aucun ne condamne la méprisable attitude de cet énergumène qu'on ne qualifiera pas autrement que de « beauf ».
Un président, cela se respecte. Si Nicolas Sarkozy n'est pas le chef de l'État dont nous aurions rêvé, cela va sans dire, la fonction qu'il incarne, et qui est hautement respectable, n'a pas à être salie par les injures haineuses d'un quelconque beauf.
Au-delà, on peut rapprocher cet « événement » anecdotique de la mini-polémique qui avait agité les médias, traditionnels et « citoyens », lorsque Patrick Devedjian avait qualifié Anne-Marie Comparini de « salope », en juin dernier. Je reproduis ici ce que j'avais écrit à l'époque : « Bien que le comportement de M. Devedjian soit peu justifiable sur la forme, je trouve étonnant que l'on fasse tant de cas d'une conversation privée. Il est également surprenant que l'on feigne de s'offusquer des insultes qui peuvent être proférées entre responsables politiques, alors que chacun sait qu'elles sont monnaie courante. » Pas grand-chose à ajouter en l'occurence, sinon que comme dans tout duel, Nicolas Sarkozy avait ici, en tant qu'offensé, le choix des armes. Il eût dû, certes, user de celles, imparables, de l'indifférence et du dédain, au lieu de se mettre à la (faible) hauteur du beauf en question.
Mais ce choix lui appartenait, et je ne tiendrai pas rigueur au chef de l'État d'avoir usé d'un langage peu châtié. D'abord parce qu'il serait hypocrite de prétendre qu'un homme d'État n'a pas à tenir ce genre de langage. J'enjoins les puritains du discours politique à lire des compte-rendu de séances de nos chambres parlementaires, lorsque celles-ci avaient la mainmise sur la conduite de la politique de la France. Dans les débats de la Convention ou de la Troisième République, les « noms d'oiseau » étaient certainement plus fréquents qu'ils ne le sont aujourd'hui - d'ailleurs, atavisme politique oblige, le Palais Bourbon est le seul lieu où ils soient encore admis.
Que l'on songe aussi aux négociations du Traité de Campo-Formio, en 1797. Renversant une théière par mégarde et la brisant, Bonaparte aurait dit aux plénipotentiaires autrichiens que leur empire allait subir le même sort. C'était une autre époque.
Nous vivons désormais à l'âge du politiquement correct, où toute insulte, même lorsqu'elle est plaisante, comme l'était celle de Nicolas Sarkozy au Salon de l'Agriculture - j'en souris encore -, est systématiquement bannie. Que ce politiquement correct stérilise les débats publics en mettant le personnel politique sur ses gardes, et donc enclin à pratiquer la langue de bois, ses apôtres ne s'en émeuvent pas. Que l'on en vienne à poursuivre en justice un homme aussi brillant et éloquent que Georges Frèche pour des propos considérés à tort comme « racistes », ils ne s'en inquiètent pas davantage. Ils ont de toute façon gagné la partie. Le politiquement correct, venu des pays anglo-saxons et scandinaves, est en train, « construction » européenne et américanisation subséquente aidant, d'atteindre une France jadis impertinente. Il est intéressant de noter que ceux qui s'inquiètent du danger qui pèserait sur la liberté de la presse en raison du supposé contrôle des médias par Nicolas Sarkozy - avec des journalistes ultra-majoritairement de gauche, et encore une fois, je sais de quoi je parle, moi -, ne voient pas que c'est ce politiquement correct qui représente la pire menace pour la liberté d'expression.
Roman Bernard

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