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Le Japon d'en bas

Publié le 26 février 2008 par Thomas Bertrand

Le fait de ne plus travailler dans une compagnie japonaise me donne l'impression de ne plus qu'effleurer la société japonaise, bref, d'un retour au statut d'expatrié plus classique.
Ce n'est pas qu'une impression, la différence est flagrante. N'étant plus vraiment impliqué, introduit dans un système professionnel japonais avec des clients japonais, fait par des Japonais, les choses sont bien différentes et j'en viens à me dire que ce survol permet avant tout de voire le bon côté des choses ici.

Néanmoins, je redécouvre le Japon d'en bas. Pas celui du sud d'Osaka, intéressant également, mais le japon populaire du sud ou de l'ouest de Kyoto. Comme hier, à Senbon dori, une rue commerçante fantastique, de marutamachi à kuramaguchi (cela fait combien de km entre ces rues ??) où j'ai déjeuné dans un petit boui boui. Là où, encore une fois, on a l'impression d'être le premier, le Commodore Perry qui débarque pour avaler un Ton Katsu. Mais dans ce restaurant, le Japon est bien différent de celui du centre ville. Des petites grands mères, désolé pour la redondance, mangeaient chacune de leur côté. Elles ne se connaissaient pas, mais échangeaient des politesses sur le temps pourri du moment. L'une d'elle avalait son saké, «pour se réchauffer et pourvoir mieux bouger».

La serveuse, elle, regardait plus la série à l'eau de rose à la télé que les clients. Ca, ça n'arrive pas en centre-ville, là où seule les chaînes de restaurants peuvent payer les loyers et dans lesquelles les règlements internes, le fantastique «service à la japonaise», permet d'être servi en 2 minutes chrono. L'humanité est laissé au placard, l'uniforme le remplace.
Mais dans le Japon d'en bas, sur Senbon dori, le service n'est pas si mal, mais la serveuse regarde quand même la télé et son père qui est aux fourneaux ne dit rien. Les clients sont contents, ils ne se connaissent pas mais parlent entre eux.

Le Japon d'en bas, c'est aussi le cuisiniste qui habite au rez-de-chaussée. Avec sa petite camionnette. Tout en conduisant, il ralenti et interpelle des ouvriers qu'il connaît, sur un chantier qui borde la route. «Ne prenez pas froid !»

Le Japon d'en bas, c'était aussi ce salaryman de 50 ans, à côté de moi au resto de sushi, ce soir. Avec 2 collègues de son âge et la nouvelle de 24 ans tout juste rentrée dans la boîte. C'est à celui qui pourra lui payer un sac Louis Vuitton en échange de rdv quotidien. Il fallait donc qu'il fasse le beau, commande toutes les parties de la baleine que le restaurant pouvait proposer.

Pour faire l'intéressant, il est allé jusqu'à demander des sashimi de langue de baleine. Truc qui ressemble à du poisson classique mais qui se mange avec un miso blanc.
«ça, si des étrangers voyaient ça, ils seraient bien tristes en pensant à la baleine !! Mais les Japonais adorent (ils sont les seuls à pouvoir comprendre) ce goût.»
Les Japonais ne mangent pas de langue de baleine, mais ce con (zut, je fais mon Sarkozy), à 50 ans, faisait l'intéressant devant la jolie demoiselle qui avait la tête à préférer des fraises. C'est aussi ça le Japon d'en bas. Heureusement, ce n'est pas tous les jours et souvent, c'est mieux.
Alors je l'ai pris de haut, en voyant simplement que ma montre était plus grosse que la sienne. Un signe qui fait mouche au Japon.



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