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Jeanne Benameur, Notre nom est une île (extrait), éditions Bruno Doucey

Publié le 29 octobre 2011 par Xavierlaine081

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Comment penser qu’un mot peut changer une vie ? 

Il faut imaginer. 

* 

Il n’y a pire fou que celui qui n’imagine pas. 

Celui qui conduit à la mort des cortèges d’êtres humains parce qu’il en a reçu l’ordre. Celui qui peut ouvrir et fermer la porte d’une chambre à gaz. 

Celui qui appuie sur le bouton qui envoie le missile. 

Celui qui appuie le canon sur la tempe de l’autre. 

Tous ceux-là n’imaginent pas. 

Ils sont coupés de cette part humaine si profonde si fertile : l’imaginaire. 

Il est beaucoup plus facile d’imposer lois et décrets iniques à des êtres à qui on a retiré la faculté d’imaginer. 

C’est un temps que les humains connaissent. 

C’est ainsi que toutes les formes de pouvoir totalitaire se sont maintenues. Partout. Et de tout temps. 

* 

Alors plus que jamais, le poème a sa place. 

Parce que nos vies, mouvantes dans le temps, éphémères et fragiles, valent leur poème. Chacune. 

Et ce n’est pas, comme la littérature aux yeux de qui cela arrange, la « cerise sur le gâteau ». Non, c’est le pain. Le seul le vrai qui nourrisse au plus profond notre être. 


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