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Deux ou trois choses qu'on pourra (éventuellement) retenir de la coupe du monde

Publié le 29 octobre 2011 par Ansolo

Une semaine après le sacre de l'équipe de Nouvelle-Zélande, alors que les lampions de la fête sont bel et bien remisés au garage et que les supporters locaux reprennent peu à peu leurs esprits au terme d'une fête incroyable en l'honneur de leurs champions, Renvoi aux 22 sacrifie à la mode et vous présente son bilan après inventaire de la 7ème édition de la Coupe du monde de rugby , étant précisé que celui-ci manque de la plus élémentaire objectivité.

L'incroyable épopée du XV de France ou comment passer de du statut de looser à celui de champion injustement spolié

Après 48 matchs et près de deux mois de compétition, la coupe du monde s'achève sur le sacre attendu des All Blacks, titrés sur leurs terres, 24 ans après l'équipe de David Kirk, et ce toujours face aux Français en finale. Un score étriqué, 8-7, qui aurait pu basculer en faveur du XV de France. Mais « c'était écrit », comme l'on titré quelques médias ou ont pu le dire certains observateurs. Les regrets éternels évoqués par Midi Olympique dans son édition du lundi 24 octobre sont le fruit d'un parcours auquel (presque) personne ne croyait en début de compétition.

Après une préparation sans accroc mais sans éclat et deux matchs de préparation face à l'Irlande qui n'auront pas convaincu, l'équipe de France a enchaîné les matchs ratés en phase de poule. Balayés par les Blacks (37-17), les Français ont touché le fond contre le Tonga. Un fond de jeu sinon inexistant du moins imperceptible, un turn-over impropre à instaurer des automatismes dans l'équipe, un management incompréhensible de Marc Lièvremont, voilà quelques une des critiques qui ont plu sur le XV tricolore auquel on promettait un naufrage face à des Anglais pas beaucoup plus fringants.

Le quart de finale contre le XV de la Rose a représenté le premier stade de la renaissance (de la rédemption ?) de l'équipe de France. Trente premières minutes maîtrisées, qui ont préfiguré la performance française en finale, et 16 points ont permis à la France d'entrer enfin de plain-pied dans la compétition.

Faut-il parler de rechute en demi-finale ? Pas vraiment, puisque le XV de France est parvenu à se qualifier, et que cette qualification fut permise par les qualités défensives de l'équipe, ainsi que l'esprit de solidarité remarquable qui régna pendant cette rencontre où les hommes de Marc Lièvremont, pourtant en supériorité numérique durant 60 minutes, ont subi la pression Galloise. En toute honnêteté, on ne croyait pas vraiment aux chances Françaises en finale, tant ce groupe nous semblait trop éloignés des standards d'un champion du monde.

Comme souvent, les bleus ont fait mentir les plus pessimistes. Ils ont malheureusement fait également mentir les optimistes qui croyaient à l'impossible. Mais l'impossible ne s'est pas produit. La faute à l'arbitre ? Pas seulement. La faute aussi à ceux qui n'ont pas su donner à ce XV de France davantage de certitudes, de repères. La faute surtout à des All Blacks qui sont parvenus, malgré une prestation très en deçà de leur niveau habituel, à proposer une qualité de jeu suffisante pour maintenir l'équipe de France à un point derrière. Un point, c'est rien, un point, c'est tout...

Accueillis à leur retour comme des champions du monde, Thierry Dusautoir et ses coéquipiers ont pu mesurer combien leur épopée avait touché les cœurs. Force est de reconnaître que malgré tous les reproches – légitimes – dont ils ont été l'objet, les joueurs de Marc Lièvremont auront prouvé leurs qualités d'hommes et de champions.

Money, money, money (1)

On savait l'IRB âpre au gain. Cela s'est confirmé avec l'avalanche de sanctions pécuniaires infligées par l'instance à des joueurs ou des équipes pour des motifs fleurant bon l'inanité, comme l'utilisation d'un protège-dents dont la marque n'a pas droit de cité à la coupe du monde. La dernière sanction en date a frappé l'équipe de France pour atteinte au Haka. C'est ce qu'on appelle le meilleur pour la fin. L'IRB a donné un puissant signal au monde entier : elle promeut le rugby, mais elle aime d'abord l'argent.

Money, money, money (2)

Des matches de coupe du monde joués dans des stades remplis seulement aux deux-tiers ? C'est malheureusement ce qu'il nous a été donné d'observer à l'occasion de cette édition. Le pays du rugby n'a pas réussi à remplir intégralement ses stades. La raison n'est pas seulement géographique (la Nouvelle-Zélande n'est pas précisément à côté). Elle est aussi – surtout – économique : le prix des places, trop élevé, a dissuadé bon nombre de supporters et d'amateurs d'acheter leur billet. On sait que la fédération néo-Zélandaise est financièrement aux abois. Mais sa politique tarifaire calamiteuse aura surtout eu pour conséquence, outre un manque à gagner non négligeable, de conforter l'image d'un rugby qui n'attire pas autant qu'on le dit, d'un sport plus confidentiel qu'universel.

La coupe du monde de l'arbitrage

On se doutait que les arbitres et leurs prestations seraient au cœur de la compétition (Cf. sur ce blog). Cela s'est malheureusement vérifié. La piètre performance de Craig Joubert en finale peut être considérée comme le symbole d'une compétition très largement influencée par le comportement des hommes au sifflet. Avant lui, Monsieur Bryce Lawrence (Nouvelle-Zélande) aura été accusé d'avoir sorti l'Afrique du Sud en quart-de-finale (contre l'Australie) et Monsieur Rolland (Irlande) d'avoir favorisé l'équipe de France en sortant un carton rouge au nez de Sam Warburton, le capitaine du XV de Galles, en demi-finale.

A des degrés divers, ces arbitres ont réussi la performance assez rare d'avoir fait davantage parler d'eux que de la rencontre qu'ils dirigeaient. Au-delà des décisions contestables qu'ils ont pu prendre, c'est la façon même d'arbitrer qui restera au centre des polémiques : le laxisme des arbitre du sud sur les rucks, leur comportement suspect sur les mêlées et les plaquages hauts ont pu interpeler les supporters des équipes de l'hémisphère nord.

Il n'est pas question d'aseptiser le rugby et de lui ôter sa dimension de combat. Après tout la règlementation sur les plaquages et les rucks n'a pas fondamentalement changé depuis le dernier quart de siècle. Il s'agit simplement de rendre l'arbitrage cohérent et cesser de sacrifier la règle à un soit-disant esprit qui n'est que le paravent d'un projet visant à rendre le rugby plus compatibles avec les exigences du sport spectacle. Adoptées sous la pression des medias de l'hémisphère sud et de la SANZAR, ces évolutions de l'arbitrage n'ont pourtant pas réussi à faire venir davantage de monde dans les stades ni doper les audiences télés.

La Une dans le caniveau

La campagne de presse menée contre l'équipe de France tout au long de la compétition a permis de constater que les medias néo-zélandais n'avaient rien à envier à leurs cousins d'outre-Manche. Même s'il convient de rester mesuré et de reconnaître que toute la presse locale n'a pas manifesté le même empressement que le New Zealand Herald à traîner nos joueurs dans la boue, on ne peut que regretter ce manque de retenue et l'agressivité qu'elle a laissé transpirer à l'égard d'une équipe qu'elle aura, peut-être, paradoxalement aidé à se (re)mobiliser. Il aurait été assez ironique de voir Thierry Dusautoir brandir la coupe Webb-Ellis devant le parterre de journalistes Kiwis. Dommage qu'il ait manqué deux petits points...

A la différence de la presse Française, pas toujours tendre, pour le moins, avec nos bleus, la presse néo-zélandaise a régulièrement quitté le domaine du sport stricto sensu pour aller patauger dans le marigot d'une forme plus ou moins subtile de xénophobie. C'est regrettable et loin de l'image (sans doute un poil naïve) qu'on se faisait de la Nouvelle-Zélande, même si celle-ci ne saurait se réduire pas à ses médias.

Quelques matchs qui resteront

Les 48 rencontres de cette coupe du monde ne mériteront pas toutes de rester à la postérité, c'est un fait. Pourtant, on a souvent vibré devant la révolte des « petites » nations qui ont souvent opposé la plus belle des résistances face aux nations majeures auxquelles elles ont pu être opposées. Quelques scores fleuves reflètent évidemment la différence de niveau parfois très flagrante qui existe entre les nations phares du rugby et les autres. Pour autant, demeure l'impression que « le niveau monte » même insensiblement (Cf. Afrique du Sud – Samoa ou France – Tonga).

Evidemment, les matches qui resteront dans les esprits sont ceux qui ont opposé les meilleures équipes. On pense notamment à Galles-Afrique du Sud, Australie-Irlande ou Irlande-Galles (peut-être le meilleur match de la compétition avec la finale). L'argentine, bien qu'éliminée en quarts, a disputé des rencontres d'une belle intensité à défaut d'être des modèles de rugby champagne. Ainsi les confrontations entre les Pumas et l'Angleterre puis l'Ecosse avant leur quart face aux All Blacks, ont offert la preuve que l'Argentine restait une nation importante sur l'échiquier mondial.

Le calendrier en question

Nombreux sont les commentaires, au sortir de la piteuse défaite du XV de France face au Tonga, à avoir mis en exergue la victoire canadienne contre ces mêmes Tongiens, succès qui a permis aux tricolores de se qualifier malgré deux défaites en phase qualificative. Or le Canada n'aurait peut-être pas réussi à l'emporter sur le fil (25-20) si les Tongiens n'avaient pas eu seulement quatre jours de repos après leur première sortie face aux All Blacks. La faute à un calendrier fait sur mesure pour les « grandes » nations. Un meilleur équilibre dans la répartition des rencontres n'aurait sans doute pas bouleversé la hiérarchie (encore que le cas Tongien constitue un argument en sens contraire). Mais elle aura amoindri les capacités de résistance des équipes les moins armées, dont a pu constater qu'elles pouvaient parfois quasi-rivaliser jusqu'à l'heure de jeu, avant de s'écrouler physiquement. On l'a déjà écrit, mais il serait souhaitable que l'IRB mette en accord ses actes avec sa position affichée d'ouverture aux petites nations du rugby.

La malédiction des 10

Qui a dit que le numéro 13 portait malheur ? En tout cas pas les ouvreurs des équipes engagées dans cette coupe du monde, victimes d'une véritable hécatombe. On pense évidemment à Dan Carter et Quade Cooper, les deux meilleurs joueurs mondiaux à ce poste, mais également Aron Cruden et Coln Slade, les deux remplaçants Néo-Zélandais, Rhys Priestland, le jeune et talentueux numéro 10 Gallois, ou même Morgan Parra, qui a dû laisser les siens après une vingtaine de minutes seulement en finale. Il est frappant de constater que, pour les deux premiers cités, les blessures sont survenues sans aucun contact avec un adversaire. Cela interroge sur la fragilité accrue des joueurs face aux charges de travail imposées par le rugby moderne. On souhaite en tout cas que tous ces internationaux puissent rapidement revenir sur le pré éclairer le jeu de leur talent.

Le Nord se rebiffe, le sud se ramasse

Parmi les faits marquants de cette coupe du monde, on relèvera évidemment le très bon comportement des nations de l'hémisphère nord. Alors qu'on s'attendait à une finale entre sudiste, la victoire Irlandaise face à l'Australie a rebattu les cartes. Mais il faut également noter le parcours du Pays de Galles qui a failli créer la surprise en échouant d'un rien en demi-finale et qui a tenu la dragée haute à l'Australie dans la petite finale. Certes, les performances des représentants du nord doivent être nuancées par celles de l'Australie et de l'Afrique du Sud, particulièrement décevantes. On s'attendait à ce que les Springboks connaissent des difficultés après un début de saison très moyen. Ce fut le cas (Cf. leurs deux matches contre Galles ou les Samoas). Mais on pensait que les Wallabies seraient un cran au-dessus de ce qu'ils nous montrèrent pendant ces deux mois de compétition. Pas épargnés par les blessures, les hommes de Robbie Deans n'ont pas montré leur meilleur visage, à l'image de l'ouvreur Quade Cooper, passé complètement au travers de la compétition, et qui l'a terminé sur une vilaine blessure au genou, cruelle ironie du destin.

La Nouvelle-Zélande, parce qu'elle l'ovale bien...

Le sacre était annoncé, il a bien eu lieu. Les All Blacks ont remporté la 7ème coupe du monde comme on le prévoyait. La finale à l'Eden Park contre le même adversaire qu'en 1987 a bien failli tourner à la catastrophe. Renouant avec leurs démons, les néo-zélandais ont visiblement joué avec la crainte d'une défaite contre des Français que personne n'attendait à un tel niveau. Mais les hommes de Graham Henry, bien que dominés, ont fini par l'emporter. Même si le principe d'une coupe du monde est de sacrer le champion sur un match, force est de reconnaître que sur l'ensemble de la compétition, les Néo-Zélandais méritent largement le trophée William-Webb-Ellis. Au-delà de la compétition elle-même, ce titre vient récompenser la meilleure équipe mondiale depuis 4 ans. Le groupe emmené par l'emblématique Richie McCaw a lentement mais sûrement gommé ses carences (en mêlée notamment), fait progresser ses membres (ainsi Ma'a Nonu) pour finalement parvenir à gagner la Coupe du monde en se passant de celui qu'on pensait irremplaçable, Daniel Carter.

Cette coupe du monde, si elle n'a pas été celle du jeu, aura néanmoins offert son lot d'émotions. Comme en 2007, l'enjeu a souvent pris le pas sur les intentions offensives. Mais on a quand même eu droit à quelques beaux matchs et un final presque parfait. Suffisamment de points positifs, donc, pour conserver un (assez) bon souvenir de cette compétition.


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