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Obésité infantile : la BD "Maggy goes a diet" fait débat Outre-Atlantique

Publié le 31 octobre 2011 par Obobs

Avant même sa parution en ce mois d’octobre, le livre de Paul Kramer, Maggy goes a diet (Maggy se met au régime), vient de soulever outre-Atlantique un véritable tollé, tant auprès des thérapeutes et pédiatres que de beaucoup de parents.

 

Qu’un simple livre pour enfants ait pu faire l’objet d’autant de protestations, et d’une polémique aussi retentissante sans que toutefois personne l’ait encore lu, indique bien l’actualité du problème, et que nous sommes à un tournant décisif dans le domaine aujourd’hui ultra-sensible de l’obésité infantile.

 

Quel en est donc l’enjeu ? Écoutons l’auteur et ses détracteurs.

Coup de pub inespéré pour Paul Kramer ?

Pour ramener l’événement à son échelle, l’auteur plutôt obscur du livre, tout surpris de se retrouver sous les projecteurs des médias, interviewé sur Good Morning America s’est attaché à plaider sa bonne foi, déclarant que : « (Ses) intentions étaient juste d'écrire une histoire pour séduire et aider les enfants à se sentir mieux dans leur peau, découvrir une nouvelle façon de manger, apprendre à faire de l'exercice, essayer d'imiter Maggy et apprendre de l'expérience de celle-ci. »

Procès d’intention, alors ? Eh bien, pas si simple ! Après tout, nous sommes en Amérique… S’il est exact que Kramer soit un auteur pour enfants, encore faut-il préciser : à fortes prétentions pédagogiques, voire para-thérapeutiques et qui, au fil des publications, a fait son fonds de commerce de se positionner en gentil Peter Pan, porte-parole et défenseur de leur cause. Son parcours d’auteur auto-édité en témoigne : on relève à son actif, en 2010, Bullies Attention!, sur l'intimidation, et il dit vouloir aider les enfants à faire face au pipi au lit et au divorce, dans N’aie pas peur de mouiller ton lit et Le divorce c’est nul! – les deux devant paraître aussi cet automne.

Le hic, malheureusement est que – par naïveté ? par calcul ? – il multiplie les clichés dans son approche et sa démarche, et s’engouffre dans la caricature. Le cas Maggy étant ici patent ! Résumons ce livre illustré :

Au début, objet de taquineries et de railleries à l’école, Maggy comprend qu’elle est trop grosse et se perçoit comme une victime. Elle a pris le parti de se consoler par la nourriture. Mais voilà ! Telle Cendrillon ayant rencontré sa bonne fée, elle trouve la force de briser ce cercle vicieux, relevant le défi… et resurgit au bout du compte métamorphosée, aussi mince qu’elle était grosse, aussi populaire qu’autrefois dénigrée, devenue une vraie vedette dans l’équipe de foot de l’école. Les images, évidemment, la montrant désormais sûre d’elle-même, ayant conquis sa propre estime ! 

Cette vision hyper-contrastée ne vous dit rien ? Si, si : les photos truquées « Avant », « Après »… « Grâce à X ce merveilleux produit … Faites comme moi ! Succès garanti, en 15 jours seulement … »

Argument de l’auteur : «Maggy s’est rendu compte que les enfants sont méchants, peuvent être méchants, et elle a décidé de faire quelque chose, se responsabiliser, essayer de changer sa propre vie, essayer de trouver la santé par l'exercice. Elle n’aspire qu’à une meilleure apparence, se sentir mieux, et ne plus être un objet de moquerie.»

Ce faisant, certes, Kramer veut bien reconnaître que le mot régime n’est pas innocent, mais pense qu’il faut avoir le courage d’appeler un chat un chat : « Supposons que j’aie intitulé ce livre Maggy Heats Healthy (Maggy mange sainement), personne dans une librairie ne verrait le rapport avec quelqu’un ayant été en surpoids, et ayant eu des problèmes de santé. Le mot régime  est un mot sensible, ajoute-t-il, et très connoté, il peut être entendu de multiples façons ».

 

Pan sur les doigts !  

Tout d’abord, "Maggy goes a diet" cible un public de très jeunes lecteurs. Selon le site Web de Barnes and Noble, il s’adresse aux enfants de 6 à 12 ans, et selon Amazon, de 4 à 8 ans. Or, bien que le livre soit destiné à être lu avec les parents, il faut noter que beaucoup d’entre eux ont exprimé leur réprobation et leur colère sur Internet, allant jusqu’à parler de boycott. Quant aux spécialistes en obésité infantile, ils n’y vont pas par quatre chemins, et s’insurgent unanimement contre « un message dangereux » envoyé aux enfants.

Premièrement, rappelle ainsi Joanne Ikeda, du Centre sur le poids et la santé de l'Université de Californie de Berkeley: « Exhiber les imperfections d'un garçon ou d'un organisme de jeune fille n’amène pas un enfant à adopter de bonnes habitudes alimentaires».

Et deuxièmement : « Dans la vraie vie, les régimes amaigrissants se traduisant par des vêtements qui taillent plus petit ne garantissent pas un parcours harmonieux. L'insatisfaction corporelle reste un facteur majeur de troubles alimentaires chez les enfants jusqu'à l'âge adulte. »

Le Dr Ikeda condamne donc clairement le livre sur ABCNews.com, sans avoir eu besoin de le lire: « Je ne voudrais pas que des enfants le lisent, parce qu'ils pourraient essayer de suivre cet exemple sans réussir. Quel résultat pour l’estime de soi ? »

Et son verdict est sans appel, puisqu’elle qualifie l’intrusion de Kramer dans ce domaine de santé publique qu’est le surpoids pédiatrique de « bien intentionnée, mais très peu judicieuse. Dommage, di-elle, qu’il n’ait pas demandé conseil à des spécialistes…Osant même citer l’adage : « Les imbéciles se précipitent où les anges craignent de poser les pieds ! »

Ce que Paul Kramer semble ignorer

Ce que le livre nous présente comme un scoop, montre en réalité qu’il est en retard d’une guerre ! Manque de chance, à présent, les nutritionnistes et pédiatres ont fini de tourner cette page, renoncé aux régimes façon Kramer pour enfants imaginaires, leur préférant une alimentation plus équilibrée et de l’exercice régulier.

En tout cas, tous s’accordent aujourd’hui sur ce point : il est tout simplement absurde de croire que des enfants de 6 à 10 ans puissent lire un tel livre et suivre l’exemple du personnage.

Aux États-Unis, en effet, c’est à souligner, les protocoles de plans cotés, tel Weight Watchers, prennent bien soin de n’accepter aucun enfant de moins de 10 ans, ils n’admettent à leurs rendez-vous hebdomadaires que les 10-16 ans, et ceci « sur avis médical comportant un objectif de poids pour l'enfant ». Le plus récent programme en ligne de Weight Watchers fixant même la limite d’au moins 13 ans !

Explication du Dr Ikeda : « Toute coupure de calories avant la puberté implique un danger de retard de croissance et de taille. En règle générale, la stratégie est donc d'essayer d'aider les enfants à grandir dans leur poids. »

Il y a des exemples de cas en obésité pédiatrique, dit-elle, « où les enfants ayant limité leur apport en calories par peur de prendre de l'embonpoint ont en fait ralenti leur courbe de croissance. De plus, certains chercheurs ont rapporté que le recours aux régimes chez les adolescentes entraîne davantage un risque de surpoids que chez les filles qui n'ont pas restreint leur alimentation pendant leur adolescence. »

Enfin, si besoin était d’en rajouter, le Dr Ikeda précise qu’elle a pu elle-même observer, au cours d’une étude sur des femmes présentant la plus grande surcharge pondérale, que les plus lourdes parmi elles « avaient effectivement commencé à suivre un régime avant l’âge de 13 ans. »

Et de répéter que les fluctuations de poids extrêmes consécutives à des régimes « yo-yo » mettent en péril la santé, et « contribuent à un risque accru d’obésité, d’insuffisance coronarienne et d’hypertension. »

On le voit, les efforts de l’auteur pour se justifier sur Good morning America ne résistent pas à l’examen. Il a beau faire le pari, dit-il, que : «les enfants sont assez intelligents pour faire le bon choix si vous leur en donnez l’opportunité », et supplier les gens de ne pas « juger son livre sur sa couverture, » Maggy goes a diet est bel et bien dépassé.

Mais ce qu’il faut retenir de cette polémique en Noir et Blanc, est, c’est important, la teneur très tranchée du débat, et surtout qu’elle n’aurait pas eu lieu il y a quelques années. Preuve que les mentalités évoluent, et que nous sommes sur la bonne voie !

Source : ABC News Medical Unit / http://abcnews.go.com


Nous avons précédemment parlé de Max fait le poids une BD pédagogique publiée en France : cliquez ici pour en savoir plus


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