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Le dernier show de Sarkozy

Publié le 05 novembre 2011 par Letombe
Le dernier show de Sarkozy

Cette semaine devait marquer l'aboutissement d'une longue séquence internationale, préparée avec soin par Nicolas Sarkozy et ses conseillers. C'était même son dernier grand show. Le lieu était idéal, Cannes, toutes les « guests » avaient confirmé leur présence. Et au centre de la scène, immense et bleue, notre Monarque jouait à domicile.
Il y a un an, Nicolas Sarkozy achevait l'adoption de la réforme des retraites, et accélérait sa « transformation » médiatique en Président protecteur et rassembleur. Son agenda devait être international, car il voulait laisser François Fillon et son gouvernement gérer son piteux bilan. A Sarkozy les affaires du monde, à Fillon les embarras de la gestion quotidienne.
Un an de préparation
La présidence française des G8 et G20 était le point d'orgue de cette opération de présidentialisation accélérée, avant le Grand Scrutin de mai 2012. Sarkozy nous avait promis de grandes choses. Ce G20 était sa chose, une sorte de gouvernement du monde qu'il aurait lui-même organisé. Le fiasco de la gouvernance européenne ne l'avait pas découragé. Grâce à Lui, les 20 plus grands et leurs ministres parleraient de tout: régulation des marchés financiers et agricoles, lutte contre la fraude fiscale, développement d'Internet, amélioration de la santé et des conditions sociales, etc.
L'année, évidemment,ne s'est pas déroulée comme prévu: Sarkozy a été ridiculisé par Wikileaks, déstabilisé par le scandale du Karachigate, dépassé par le printemps arabe. Après un nième remaniement au printemps dernier pour cause de disqualification de Michèle Alliot-Marie, il avait repris la main avec « sa » guerre en Libye. Le dictateur déchu Kadhafi avait même été tué juste à temps pour la grande célébration du G20 à Cannes, les 3 et 4 novembre. 
C'était sans compter la crise financière. Pendant un an, Sarkozy a beaucoup parlé des affaires du monde, et très peu agit.
Le président français était d'abord et inévitablement contraint de suivre Angela Merkel. L'économie allemande a recouvré une santé relative, le chômage y est plus bas qu'ailleurs en Europe, les comptes moins déséquilibrés, et le commerce extérieur à nouveau florissant. Le bilan français fait pâle figure. La Sarkofrance bat tous les records: un surendettement à 1.700 milliards d'euros, un déficit commercial de 75 milliards d'euros, et un déficit budgétaire structurel aggravé. En 2007, le candidat Sarkozy nous promettait d'alléger de 68 milliards d'euros en 5 ans les prélèvements obligatoires du pays. Ces derniers ont au contraire augmenté, et la dette publique s'est accru de 400 milliards. Bref, Sarkozy n'avait plus aucune marge de manoeuvre. Et cette 12 mois écoulés ressemblaient davantage à un « Koh-Lanta du Triple A » .
Nicolas devait donc régulièrement applaudir Angela, parfois après quelque simulacre de négociation.
La semaine dernière, un accord à l'arraché avait été obtenu à Bruxelles pour « sauver » l'euro, l'Europe, la Grèce et le Monde. Sarkozy nous l'avait bien dit, le soir même à la télévision. Il avait fallu attendre le weekend pour en connaître les véritables détails. Ainsi, notre Monarque avait omis de nous préciser que les Etats de l'eurozone s'interdisaient désormais toutes mesures budgétaires d'importance sans en référer à leurs voisins.
L'imprévu grec
Lundi, coup de tonnerre. En fin de journée, le premier ministre grec annonça qu'il organiserait un référendum sur le « nouveau nouveau » plan de sauvetage financier adopté le 26 octobre dernier. Ce dernier prévoit notamment l'effacement de 50% de la dette grecque. C'était le troisième en 18 mois, qui promettait l'abandon de 106 milliards d'euros de créances bancaires privées, après quelque 240 milliards d'euros déjà consommés. Georges Papandréou se heurtait à de multiples oppositions internes, à gauche comme à droite, une situation économique toujours catastrophique, des plans d'austérité en cascade et des recettes fiscales qui ne rentrent. Papandréou jouait son vatout, le retour au peuple, un vote incroyable qui lèverait toutes les hypocrisies.
A l'Elysée, on s'est très vite dit « consterné ». Sarkozy ne digérait pas l'affront. Le monarque n'avait rien anticipé, même si Papandréou avait prévenu de cette éventualité. Sarkozy n'avait même pas pris la peine de décrocher son téléphone de Puissant pour calmer le parti conservateur, par ailleurs largement co-responsable de la situation. Non, Sarkozy ne pensait qu'à lui. Et il enrageait contre ce Grec qui lui foirait son dernier grand spectacle international.
Mardi, les bourses plongeaient une à une. Les traders n'aiment pas les incertitudes démocratiques. Il faut aussi avouer que la situation était cocasse. A quoi donc pouvait servir ce référendum ? Refuser les 350 milliards d'euros de garanties bancaires ? A gauche ou au centre, certains applaudissaient l'initiative désespérée. Sarkozy raccourcit ses 6 jours de vacances. Il s'était réfugié avec Carla et Giulia au château de la Lanterne. Il rentra à Paris s'exclamer sur le perron de l'Elysée que « La France tient à rappeler que le plan adopté jeudi dernier à l'unanimité par les 17 États de la zone euro est la seule voie possible pour résoudre le problème de la dette grecque. » Le lendemain, le couple Merkel/Sarkozy convoquaient « l'indigné » grec à Cannes. Il le firent poireauter deux heures avant une engueulade à huit-clos puis une conférence de presse Sarko/Merkel, sans Papandréou. On allait même lui écrire la question à poser pour son référendum !
Sarkozy fut grossier. Son impolitesse narcissique fut largement critiquée. Pas un mot de solidarité, de compréhension, de soutien à l'encontre de Papandréou: « il est clair que la question qui se trouve posée, c'est celle de l'avenir européen de la Grèce. La Grèce veut-elle ou non restée dans la zone euro ? » C'était à n'y rien comprendre. Sept jours auparavant, Sarkozy considérait qu'une faillite de la Grèce serait une catastrophe mondiale. Et ce mercredi, le couple « Merkozy » menaçait la Grèce de lui couper les vivres !
Notre Monarque se comportait comme un roitelet qui avait perdu les nerfs.
 
Jeudi, le fameux G20 pouvait démarrer. La crise grecque nous avait fait oublié l'échec de cette présidence française: un an de palabres G20tièmes et de conférences bien vaines pour parvenir à de maigres résultats. Le nombre de réunions rebaptisées G20 avec toutes sortes de technocrates qui débouchaient sur des communiqués lénifiants a été impressionnant. Et finalement, que retiendra-t-on de tout ça ? Rien.
Le ratage de cette opération internationale sarkozyenne a été total.
A Cannes, le stress était palpable encore jeudi. Une conférence de presse de Barroso et Van Rompuy fut annulée à la dernière minute l'après-midi. Le soir, Sarkozy se montrait les traits tirés. Il avait pris 10 ans en quelques heures. Le lendemain matin, le gouvernement grec abandonnait son projet de référendum. La peur du vide avait convaincu l'hypocrite opposition conservatrice du pays de ratifier le plan de sauvetage. Quel soulagement ! Pour que bonheur fut complet, la si « masculine » BCE baissait son taux directeur.
Le G20 pouvait se clôturer sur un communiqué triomphant, une longue litanie de promesses en tous genres qui, comme les précédentes depuis 30 mois, ne déboucheront sur rien ou pas grand chose: une taxe sur les transactions financières internationales sera étudiée par quelques pays, le G20 veut «renforcer les investissements dans le secteur agricole», et le protectionnisme est récusé. Sarkozy a même déclaré qu'il ne voulait plus de paradis fiscaux... Quelles avancées !
On retiendra aussi que l'Italie de Berlusconi est désormais sous surveillance: « Le problème qui est en jeu et qui a été clairement identifié, tant par les autorités italiennes que par leur partenaires, est un manque de crédibilité des mesures qui ont été annoncées » a confirmé Christine Lagarde. Le britannique David Cameron, de son côté, a avoué qu'il se préparait à une disparition de l'euro.
Lundi, François Fillon présentera une nouvelle vague d'économies. Sarkozy n'assume pas les mauvaises nouvelles.
Le show, ses coulisses...
Ce G20, G vraiment vain, fut l'occasion d'une mise en scène digne des plus grands festivals. La conférence était au Palais des Festival, une immense bunker à l'esthétique immonde mais qui accueille chaque année le Festival international du Film vers la mi-mai. L'an prochain, les dates ont été décalées pour cause d'élection présidentielle. Pour l'instant, nous étions à Cannes mais il pleuvait.
Le protocole avait évité d'utiliser l'entrée principale, celle des fameuses marches que les stars cinématographiques montent chaque mois de mai sous les flashes des photographes. Il avait préféré l'entrée arrière, face à la mer. Une immense salle de réunion avait été aménagée. Une dizaine de milliers de policiers et gendarmes sécurisaient la région. La Ligue nationale de football avait dû décaler tous les matches des deux premières divisions qui avaient été initialement prévus ces deux jours-là, faute de forces de l'ordre disponibles.
A Cannes, les photographes, caméramen et journalistes étaient nombreux. Il y eut des couacs, comme cette interminable attente de Nicolas Sarkozy devant les flashes, pendant 8 longues minutes. Hu Jintao était en retard mais ne boudait pas. Le Figaro se dépêcha de nous rassurer.
Il y eut aussi ce double dîner, jeudi soir, d'abord franco-chinois, puis entre dirigeants du G20. Sarkozy ne voulait rater aucune occasion de se montrer. Et il avait besoin de la Chine pour renflouer son Fond européen.
Jeudi, cette mini-conférence de presse Sarkozy/Obama réjouit la presse et le public. Le président américain livra cette incroyable vanne à l'encontre de son homologue français: « Je suis sûr que Giulia a hérité du physique de sa mère, plutôt que de celui de son père, ce qui est une très bonne chose ». Le soir, Sarkozy se montra à nouveau, pour une vingtaine d'inutiles minutes. Il était trop pour annoncer quoique ce soit.
Et vendredi, les deux présidents se présentèrent à la télévision française, assis dans deux fauteuils visiblement inconfortables, une quinzaine de minutes durant. Nicolas voulait montrer combien il est ami de Barack. « Nous avons un lien excellent. (...) Nicolas a toujours été un partenaire ouvert. » commenta sobrement le président américain. « Barack a raison. Nous devons faire notre travail ». Pour un peu, les deux se seraient claqués la bise en public.
... et les a-côtés
A Paris, Ziad Takieddine, homme d'affaires et proche de Jean-François Copé, confiait au juge Renaud van Ruymbeke qu'un vaste réseau de rétrocommissions occultes avait perduré après l'élection de Jacques Chirac en 1995, en marge des contrats de ventes de frégates à l'Arabie Saoudite signées par le gouvernement Balladur. Et si ce système a « perduré », c'est bien qu'il était en place, n'est-ce pas ?
Autre scandale, mercredi, un rapport non publié de la Cour des Comptes sur les dépenses de communication des 10 principaux ministères nous éclairait sur quelques sales pratiques de Sarkofrance. Un conseiller du Monarque, Pierre Giacometti, déjà rémunéré par la Présidence, faisait travailler sa société (créée en mai 2007 !) pour le compte de quelques ministères, le plus souvent sans appel d'offre: coaching d'Eric Besson en 2009/2010, conseil stratégique pour François Fillon, études pour Brice Hortefeux l'an dernier, etc. Près d'un million d'euros d'argent public ont ainsi été dépensés. On nage en plein conflit d'intérêt, mais Giacometti n'y voit aucun problème.
Ami sarkozyste, ton mentor a-t-il vraiment sauvé le monde ? Ou sa place ?


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