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Il pleut sur ma maison...

Publié le 18 mars 2011 par Omarbrahami

J'étais à l'aube brusquement tiré de mes rêves; par le concert incessant du tic tac des pendules accrochées au mur suivis du bruit insupportable des gouttelettes martelant les carreaux des fenêtres de la maison. Je croyais d'abord être pris au beau milieu d'une catastrophe naturelle.
Mais non, ce n'était que la pluie qui s'était mise à tomber en trombes.
En ouvrant les yeux dans le noir, les intenses et persistants clapotis brisant le silence de la nuit.
Je fermais les yeux à nouveau et cogitais....
Pourquoi cette pluie ? Pourquoi ?
Qui es-tu pour venir troubler le repos de mon âme ?
La pluie est une miséricorde, mais moi je n'aime pas la pluie. Dans ma chambre, des petites gouttes, parfois en cascades cherchent leur chemin le long des murs décolorés, abimés par les effets du temps.
J'ouvrai de nouveau tout doucement les yeux dans cette obscurité et j'écoutai ce tintamarre maudit qui se transformait en une horrible ascension de sonorités qui me torturait depuis un moment déjà.
Puis, comme si Dieu avait écouté ma prière, a pluie s'arrêtait. C'était le silence !
Le silence de la nuit cache tant de secrets et impose le respect. À travers ce silence, je recherche mon sommeil même si tout me semble mort. Le bruit s’éloigne et revient à la charge au gré de l’intensité de l’averse.
Je reste, le nez sous la couverture, guettant la prolifération de ces gouttes d’eau, accrochés au plafond en plâtre jauni par les années de pluie nocturne, attendant qu’elles deviennent bulles pour se jeter dans le vide et se mêler à mes larmes.
Oui, ce sont des pleurs pour mes yeux quand je ne sais plus pleurer.

Dehors, la pluie faisait rage et déversait de toutes ses forces, sous un orage vengeur, un déluge sur cette vieille maison où j’habite il y a déjà bien longtemps.
Je regardais encore le plafond qui se disloquait sous le poids de l’âge et de l’obsolescence. Des fragments de la première couche de peinture boursouflée se détachaient et s’envolaient en l’air pour finir sur ma couverture.
Puis, je voyais sortir du néant, là, devant mes yeux une petite goutte d’eau qui me narguait, se donnant le temps nécessaire pour grossir et choisir tranquillement un terrain d’atterrissage pour enfin se projeter au gré du hasard et tomber sur mon front.
Ce manège dura depuis déjà plusieurs hivers dans cette maison qui menaçait, qui se dégradait...
Cette vieille maison qui a vu passer l’histoire de cette ville où je suis né m’avait accueillie ma famille et moi dans la joie de retrouver ma ville natale.
"Mon Dieu ! Donne moi la force d’être,
Donne moi le repos de l'esprit,
Que sur mon chemin, je trouve un regard pour m’accompagner et une main tendue pour prendre la mienne …".
Espoir...
Dans cette maison qui a vu passer plusieurs générations et des saisons. Elle est passée de main en main, d’époque en époque. Ses murs gardent tant de secrets du passé refoulé. Sa peinture blanche est écaillée.
J’ai la certitude que ceux qui l'ont habité, cette vieille maison délabrée, restée debout malgré les aléas du temps, ont du l’aimer et l'apprécier.
Et la nuit, la vieille maison retentissait de ses lamentations.
...
Je n’ai pas fini par l'acheter, j’avais l’idée d’en faire au départ une résidence, la maison de mes vieux jours. Située près d'une mosquée, une ancienne église reconvertie après l’indépendance du pays.
C’est en plein boulevard que se trouve cette vieille maison ou plutôt ce qui en reste. La maison, en fait, était plus grande mais la convoitise aidant, elle fut morcelée et l’entrée secondaire dut être supprimée avant mon arrivée. Elle a une seule entrée.
Elle fut aussi dépossédée de son jardin qui, naguère, jouissait d’un potager et ornait cette maison qui a du connaître de beaux jours, des heures de gloire et où ne restaient pour témoin que quelques signes du passé.
Le long de la toiture en tuiles rouges court une gouttière drainant l’eau des pluies et par suite des ans, elle s’est arrêtée de fonctionner.
J’ai craqué pour cette maison qui, malgré tout, a encore beaucoup de charme et aurait sûrement une belle histoire à raconter ….
Les volets dont la peinture était en partie écaillée grincent et certains refusent même de s'ouvrir. Cela fait des années que ça me tracasse.
Chaque soir, je rentre chez moi le coeur lourd avec une certaine angoisse au fond.
Toutes les autres maisons de la rue sont plus ou moins acceptables ; elles se tiennent bien droites sur leurs fondations et l’on comprenait, bien à leur air, qu’elles n’entendaient rien avoir de commun avec ces vieilles maisons défigurées par les effets du temps. Les carreaux de vitre sont grands et toujours bien propres. Ma vieille maison parait encore plus tranquille et silencieuse mais toujours pleine de monde.
Ma femme dormant à mes cotés dans une position alerte n’ose plus se plaindre ; de la fenêtre, nous regardons tous les deux sans dire un mot sur cette pluie provocante et arrogante, inondant le ciel nocturne de ses flots. La vieille maison tressaille et se réveille en même temps que les premiers grains de soleil du matin qui surgissent derrière les nuages d’une pluie sans fin.
Là-dessus, la nuit s’éteint.
Tout est calme maintenant. Je suis là à tapoter sur mon clavier avec une pensée pour ceux qui, comme moi, n’ont pas dormi et pour ceux qui cherchent le sommeil.
Je n’ai pas fini par l'acheter cette vieille maison à cause de ma nonchalance et mon défaitisme face à la cruauté de l’espèce humaine et l’absence d’esprit dont je fais preuve, la présence d’esprit étant du domaine des méchants et des sots.
Dans ce bas monde, pour régler son affaire, il faudra nuire aux autres pour être un homme influent. Cela s’appelle, dans le jargon d’aujourd’hui, le savoir vivre.

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