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Le Podcast Edito: Tunisie Ennahda inquiétude et mobilisation des universitaires

Publié le 13 novembre 2011 par Podcastjournal @Podcast_Journal
PLAN DU SITE Abonnez-vous à nos flux RSS ou atom! Recherche d'évènements à venir (indiquez un mot significatif) Une enseignante de l’Université de la Manouba, dans la banlieue nord-ouest de Tunis, agressée verbalement pour s’être présentée à la Faculté en jupe, plusieurs autres menacées et invitées à "rester chez elles pour laisser leurs postes à des hommes", craintes de représailles d’un professeur de médecine qui refuse des internes en niqab, orientation subreptice vers des pratiques médicales séparées entre hommes et femmes, interdiction programmée des études de spécialisation en gynécologie pour les hommes, sentiment d’insécurité d’étudiantes en amphithéâtre devant des individus décrétant leur "tenue indécente" et décidés à "nettoyer les foyers universitaires", séparation, à l’Université de Gabès dans le sud-est de la Tunisie, de la cantine en deux espaces selon les sexes. Tels étaient les témoignages susceptibles d’être recueillis, mercredi 1er novembre à Tunis, autour d’une centaine de professeurs réunis à l’appel du Forum Universitaire Tunisien (FUT).

Selon Anissa Ben Hassine, chargée du Département de la coopération internationale à l’ENA tunisien, les universitaires sont "divisés" face à ces agissements. "Les uns se plient à ces nouveaux diktats par peur de subir des violences qui mettraient en péril leurs biens, leur vie ou celle de leurs propres enfants". "D’autres, explique cette enseignante, approuvent un modèle de société où les enseignements seraient davantage en conformité avec notre identité arabo-musulmane". Au point d’admettre "la stricte séparation des étudiants et des étudiantes". A l’opposé, "nombreux sont ceux qui dénoncent ces atteintes aux libertés individuelles et académiques que l’université devrait, en fait, promouvoir". Ce sont d’ailleurs ces derniers qui se sont majoritairement exprimés lors de cette Assemblée générale du FUT. Des violences qui se sont exacerbées, selon nombre de professeurs et maîtres de conférences, depuis les dernières élections de l’Assemblée constituante. La victoire du parti islamiste Ennahda a, en effet, été interprétée comme "la porte ouverte à la création d’un nouveau modèle social moralisateur" après des années de corruption sous l’ère Ben Ali. Quant au ministère de tutelle dirigé par Rifat Echabouni, ex-Secrétaire d’État à la recherche scientifique sous l’ancien régime, il demeure étrangement silencieux. Son titulaire serait d’ailleurs sur le départ. Rien d’étonnant pour un poste devenu tellement sensible que des personnalités pourtant reconnues pour leur indépendance intellectuelle et sollicitées pour l’occuper, ont préféré refuser.

Décidés à "condamner tous les actes de violence à l’université" et à se mobiliser en faveur des "principes d’un meilleur vivre ensemble basé sur un respect mutuel des libertés de chacun" et "afin que la Tunisie de 2011 ne devienne pas l’Iran de 1979 ni l’Algérie de 1991", des enseignants refusent désormais de dispenser leurs cours en s’appuyant sur la déclaration du Ministre de l’Éducation, porte-parole du gouvernement provisoire: "le port du niqab est interdit dans les établissements éducatifs". A l’image du Conseil scientifique de la Faculté de Lettres de Sousse, sur la côte orientale, où une Assemblée générale en avait pourtant décidé l'interdiction: des étudiantes portant le niqab ont pu, malgré tout, passer des examens dans des établissements universitaires tunisiens "sans la moindre réaction de la part des chefs d’établissement et de l’autorité de tutelle" s’offusquent les membres de ce Conseil.

C’est dire si, en écho aux préoccupations exprimées par la représentante tunisienne de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme Souhayr Belhassen sur le "grignotage" des droits et des libertés par les islamistes, le Ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé a raison: la "vigilance" s’impose.
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