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shoah picnic

Publié le 20 novembre 2011 par Hoplite

Dans la mise en scène, le "Crucifié" (une femme qui à l'occasion porte un casque de moto blanc avec le dessin d'une couronne d'épines en noir) a une liasse de billets dans la plaie de son côté. Jésus est appelé "el puto diablo", le tout servi par un langage et des images obscènes et lascives. L' "oeuvre" se joue sur une scène jonchée de hamburgers - allusion à la multiplication des pains - où l'un des personnages broie de la viande en direct dans un hachoir de boucherie. Un acteur sur le devant de la scène ingurgite des hamburgers (censés représenter l'Eucharistie) avant de les régurgiter et de les  vomir en direct. Un personnage recouvre un autre de peinture rouge, l'enveloppe dans un drap, puis déploie ce dernier qui porte l'impression du corps, pour se moquer du linceul de Turin. Les acteurs paraissent fréquemment - et frontalement - nus; avec de gros plans sur leur sexe projetés sur un écran géant sur scène. Un acteur se fabrique des cornes avec des poils pubiens, avant de chevaucher une femme à genoux. Une femme simule une masturbation avec le pied d'un autre acteur. On "crucifie" une femme avec de faux stigmates et une couronne d'épines sur son casque...ad lib.

La pièce "Golgota Picnic" de l'Argentin Rodrigo Garcia, jugée "blasphématoire" par des associations de catholiques intégristes, est "légitime même si elle choque beaucoup", mais la contestation est "également légitime", a déclaré sur LCI le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant.

Mercredi les partisans toulousains de "la liberté d'expression" avaient pris les devants à l'appel de la Ligue des Droits de l'Homme, et d'organisations de gauche et d'extrême gauche (Parti de gauche, CGT, NPA, PCF, Europe-Ecologie, Attac). Rassemblés derrière une banderole "Non aux intégristes, liberté d'expression!", ils se sont installés toute la soirée à une cinquantaine de mètres du théâtre. "Nous soutenons le théâtre victime d'une campagne d'insultes et d'intimidation de Civitas qui essaie d'empêcher la représentation", a déclaré à un journaliste de l'AFP le président de la section de Toulouse de la LDH, Pascal Nakache. Peu avant le début du spectacle, le directeur du théâtre, Jacques Ohayon, se déclarait "très attristé devant une telle réalité, déplorable et injustifiée".

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On imagine très bien que les réactions seraient les mêmes (c'est-à-dire aussi empreintes d'ouverture d'esprit et de tolérance magnanime) si quelque autre religion de notre temps était bousculée avec la même rudesse.

Avec si peu d’imagination je peux entrevoir le succès que remporterait Tréblinka picnic (mettant en scène des déportés prisonniers marchant sur des petits pains ou célébrant quelque bacchanale festive) ou Gorée Grouik grouik (une pyramide de génts MOUSSA en pastiche de GO du clubmed) et le devoir que se ferait les pitres ci-dessus et autres innombrables ligues bien-pensantes qui nous veulent du bien de combattre les fondamentalistes talmudiques ou CRANoïdes qui ne manqueraient pas de surgir pour tenter de tuer la libre-pensée…la réaction ne passerait pas, on jetterait les rabbins et autres shoahmaniaques en cellule de dégrisement, on briserait les lunettes (non correctives) du pitre Thuram, phare moderne de la négritude, on verrait Wolton s’immoler (symboliquement) sur l’autel de la liberté d’expression, etc.

Ha, Ha, quelle bande de canailles, les masques tombent, il suffit d’attendre.

Qu’on comprenne bien, je n’ai pas rejoint l’AGRIF ou CARITAS, je rigole simplement de la tartuferie stratosphérique de ces enculés, donneurs de leçons et consciences morales universelles à géométrie variable et de leur veulerie sans limites. Hoplite est agnostique mais sait ce qu’il doit à 1500 ans de christianisme, notamment en termes de sortie du religieux. Il sait aussi que notre histoire (celle des européens) ne commence ni en 1789 ni en 337.

J’ai coutume de penser et d’écrire, que la modernité occidentale se caractérise par l’avènement de l’autonomie et de l’auto-institution des sociétés sorties de l’hétéronomie religieuse/traditionnelle (la détermination par l’avenir remplace la détermination par le passé) et que le triptyque contemporain/progressiste de nos « démocraties libérales » (l’individu, ses droits et le marché) ont remplacé les religions (païennes et chrétiennes) en Europe. Il n’en est rien. Ces dernières ont été remplacées par celle des Droits de l’homme (que l’on peut lier au triptyque libéral) et celle de la Shoah. Ce genre de non –événement spectaculaire est simplement symptomatique de la disparition de la religion catholique du paysage normatif (croyances, valeurs et comportements) européen au profit d’autre chose.  

Une architecture de sens chasse l’autre. Orthodoxie et orthopraxie ont changé de références. Rien de neuf.

Sauf que vis-à-vis de la religion chrétienne et depuis le XXième siècle, la puissance publique se devait de rester "neutre" en ce domaine, c’est-à-dire qu’elle n’avait pas à proposer un modèle particulier de "vie bonne" (Aristote), un modèle particulier de bien, mais plutôt à respecter ou à garantir le pluralisme des convictions et des valeurs dont la société civile est le lieu. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui ou l’Etat, la puissance publique, ne manque pas une occasion de reprendre à son compte, en terme de valeurs normatives, ces deux religions profanes de substitution, à coups de "devoirs de mémoire", de "célébration citoyenne", d'"actualisation des programmes scoalires" et autres commémorations à jet continu de la traite triangulaire ou de l’extermination des juifs d’Europe lors de la seconde guerre mondiale. Ni de poursuivre les hérétiques qui font remarquer, par exemple, que ces fameux « droits de l’homme » sont assez franchement occidentalo-centrés (comme l’illustre cette déclaration des droits de l’homme islamique) et sans doute si peu universels, que d’autres traites esclavagistes plus anciennes et plus dures que la traite triangulaire existèrent et que l’hypermnésie de la Shoah (Alain Besançon) devient fatigante, même pour les lecteurs de Primo Levi ou Hanna Arendt.

En passant.


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