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L’épisode espagnol ; sa droite et sa non gauche.

Publié le 21 novembre 2011 par Marx

  

   Le mal nommé Parti Populaire espagnol vient de gagner les élections. Il est pourtant un des partis les plus réactionnaires d’Europe., avec ses franquistes à peine recyclés à l’apparence démocratique . La bourgeoisie espagnole n’a pas une tradition démocratique , pas plus que l’église et l’armée mais elle suit le cours de l’histoire. Elle est fasciste lorsque celui ci domine l’Europe et néo libérale depuis la mort du Caudillo. Néo libérale certes mais tendance autoritaire, tout comme les pères spirituels de la nouvelle idéologie du capitalisme , l’Opus Déi. En 1939 l’Espagne perdait ses grands dirigeants ouvriers, ses militants , ses chercheurs, ses intellectuels et ses artistes. « La fine fleur du prolétariat « pour reprendre la formule de George Orwell, s’exilait dans le monde entier, des centaines de milliers morts, au moins autant pourrissaient dans les prisons. L’Espagne à la fois la honte de l’Europe et du soit disant monde libre mais protégée par les USA au nom de la guerre froide, sans qu’un prétendu pays ou peuple « démocrate » ne lève le petit doigt. Vous savez ceux qui n’ont que les droits de l’homme à la bouche, bien sur sauf quand ça rapporte.

   La gauche exsangue a pu se reconstruire grâce notamment à ses organisations en exil et sans cesse reconstituées dans la clandestinité. Le PSOE membre de l’internationale socialiste est jugé trop à gauche par les Partis sociaux démocrates européens et par l’aile droite de la SFIO. Le SPD et le Parti suédois vont être les plus actifs dans l’aide qu’ils apportent aux socialistes espagnols. Le SPD va conditionner cette aide dès le Congrès de Suresnes, avec son « poulain » Felipe Gonzalez , alors que Nicolas Redondo était le mieux placé puisque dirigeant de l’UGT, comme le veut la vieille tradition ouvrière du Parti. Quelques uns résistent en fondant le PSOE historique. Le SPD impose une ligne plus social démocrate, alors que Olof Palme défend la position de l’aile radicale. Dès lors Felipe Gonzalez n’aura de cesse d’imposer un « Bad Godesberg » à son Parti. Il y parviendra après un cuisant échec au Congrès de Barcelone.. Le PSOE se définit depuis comme un Parti social démocrate et réformiste . En fait il entérine ce qu’il était déjà depuis la disparition de Francisco Largo Caballero et la main mise sur le Parti par Indalecio Prieto, bien que les « caballeristes » aient été puissants pendants longtemps et particulièrement au sein de l’UGT. Dès la mort de Franco, le PSOE ira de compromis en compromissions malgré les tensions avec l’UGT et son secrétaire Général Nicolas Redondo, jusqu’à la séparation entre les deux organisations sœurs et la rupture. La direction du PSOE fera tout afin d’écarter le dirigeant syndical et reprendre la main sur la centrale..

   Les espoirs nés de la jeune démocratie espagnole allaient connaître quelques actes des nostalgiques du franquisme, notamment avec l’affaire « Tejero ». La bourgeoisie a bien compris que son salut est à l’ouverture des frontières, avec l’Europe et le reste du monde et que son salut viendrait avec une démocratie formelle. Protégée en cela par les mêmes qui par ailleurs ont maintenu le franquisme ou qui ont permis par leur silence et leur inaction, la dictature franquiste. Le PSOE devenait un gestionnaire zélé et une caution démocratique. Les subventions européennes massives ont laissé croire, tout en servant la classe dominante, que tout était acquis définitivement et que rien ne pouvait perturber le système ainsi établi. Le PP avait recyclé les franquistes et dans une moindre mesure , le PSOE également . Ce dernier lamine le centre et la Démocratie Chrétienne, avec notamment Peces Barba. Les éléments les plus progressistes de la DC se retrouvent au sein du PSOE avec celui qui en fut un des dirigeants historiques. Le Parti de Gonzalez devient invertébré politiquement et sans corps idéologique réel mais il bénéficie de la mémoire des espagnols. Crise d’identité , crise idéologique et crise de direction, c’est donc Zapatero qui apparaît par défaut. Dévalué, ce dernier se retire et au profit et par défaut de Rubalcaba. Le zèle du PSOE au profit de l’oligarchie fait que les électeurs ont préféré l’original à la copie et la droite revient au pouvoir mais avec simplement 47% de votants. La gauche n’a pas voté ou voté pour Izquierda Unida qui gagne neuf sièges, de 2 à 11 et 700 000 voix. Les électeurs de gauche sont pour la plupart restés à la maison. Ce n’est pas un phénomène particulier à l’Espagne, il en est toujours ainsi suite aux désillusions, l’alternance en France, droite gauche en est également l’illustration. Le paradoxe c’est lorsque les classes populaires votent à droite en sachant que la politique appliquée sera pire, c’est le « tout sauf Zapatero ». Nous connaissons bien le « tout sauf Sarko » Et selon la phrase de Marx , « Quand on veut le changement à n’importe quel prix , on obtient généralement l’inverse de ce que l’on recherche ».

     Ces 47% de participation doivent retenir toute notre attention, ou plutôt, les 53% qui n’ont pas voté. Là il y a une spécificité espagnole, au delà du chiffre, c’est le mouvement des indignés qui ne veut ni du PP ni du PSOE et pas du PPsoe. Ce mouvement qui s’étend partout , a débuté en Espagne, pays de vieille tradition anarcho syndicaliste au sein de sa classe ouvrière, où le mouvement anarchiste est toujours vivace et qui est en train de se développer à nouveau. La CNT et la CGT sont deux puissantes centrales syndicales et les plus actives actuellement. Les anarchistes traditionnellement ne participent pas à « la farce électorale » et ne votent pas . Ils ont fait des émules au travers des luttes qu’ils mènent actuellement et il y a bien une abstention politique. Les anarchistes seuls sont actuellement capables en Espagne de mener les luttes dans la rue. Si l’on ajoute la progression et celle en devenir de Izquierda Unida, l’Espagne se dirige vers un avenir particulièrement agité et la guerre des classes y est déclarée. Cette élection cache d’autres réalités qui risquent d’enflammer le reste de l’Europe.

   En 1934, il y eut une situation similaire après la défaite de la gauche républicaine et la victoire de la CEDA de droite, avec les mêmes que Rajoy et Aznar que furent Leroux et Gil Robles. La gauche modérée au pouvoir n’ayant pas assumé ce dont pour quoi elle était au pouvoir fut battue. 1934 et l’insurrection ouvrière des Asturies, matée par déjà , le Géneral Franco aux ordres de la bourgeoisie et des féodaux. Non ce n’est pas fini, cela ne fait que commencer.


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