Magazine Médias

Les marchés comme limite ultime à l’économie de la dette?

Publié le 22 novembre 2011 par Copeau @Contrepoints

Les marchés pallient en dernier ressort la défaillance du politique à l’égard des hausses de dépenses publiques et de dettes.

Par Nicolas Rannou

Les marchés comme limite ultime à l’économie de la dette?
Alors que la crise financière continue de s’aggraver, les marchés sont sans surprise pointés du doigt. Plus intéressante est l’aporie intellectuelle qui se fait de plus en plus jour chez les détracteurs du « système », coincés entre rejet de l’économie de la dette et défense de l’incontinence publique.

Question préalable : les marchés sont-ils la source de la crise actuelle ? Non. On opposera à Marianne et autres revues moi-on-m’la-fait-pas que la crise de la dette publique était annoncée depuis longtemps, que la dégradation de la dette française était prévue pour 2025 et celle de la dette américaine pour 2035. Les méga-plans de relance keynésienne, méga-inutiles, ont précipité une chute qui était inéluctable à défaut de réaction contre l’endettement public.

Et de réaction politique, il n’y avait point. Bien au contraire, ce sont les Français et les Allemands qui ouvraient la boite de Pandore du dépassement des 3% de déficit du pacte de stabilité et de croissance.

Mais ce n’est pas le sujet le plus important.

Ce qui m’intéresse dans les développements actuels, c’est qu’ils révèlent une contradiction fondamentale chez les détracteurs du système. Car ce qui se passe actuellement peut se résumer ainsi : les marchés disent stop à l’endettement.

Concrètement, les masses de dettes sont telles qu’elles obèrent à moyen terme la situation des États. La crédibilité de remboursement des États s’affaiblit ce dont témoignent les dégradations de note des agences de notation (version régulation) et le surenchérissement des CDS (depuis mi-2008, version marché), et ce qui se traduit par une hausse des taux d’intérêt. Cette dernière hausse affaiblit davantage les États dans ce qu’il est convenu d’appeler un cercle vicieux – à moins qu’il ne s’agisse d’un cercle vertueux ?

Peut-être le cercle est-il vertueux en fin de compte car il a pour effet d’assécher le pouvoir d’emprunter qu’ont les États. Fin de l’économie de l’emprunt et de la dette. Ainsi les marchés pallient en dernier ressort la défaillance du politique à l’égard du couple toujours plus de dépense publique-toujours plus de dette.

Que ne nous réjouissons-nous… Les marchés sifflent la fin de la récrée de l’argent facile ! Joie ! Et pourtant que se passe-t-il ? Les détracteurs de l’économie de la dette, cette économie de la dépense publique financée par les générations futures, se mettent à crier en chœur au scandale ! Après avoir vilipendé l’impéritie de l’État à s’endetter toujours et le vice des marchés à le droguer à la dette, voilà qu’ils deviennent tout rouge quand ils apprennent que les marchés ne veulent plus prêter à l’État.

Est-ce à dire qu’ils veulent tout à la fois que l’État ne s’endette pas et qu’il s’endette sans limite ? La critique de la dette, une fois nue, se révélerait-elle être une énième pénible rationalisation de la haine du capitalisme et de l’adoration pendante du pouvoir créateur, omnipotent, illimité de l’État ? L’inconséquence des critiques a été remarquablement mise en lumière dans un article récent de Koz.

Il va falloir se mettre d’accord. Qu’est-ce qui gêne les critiques : est-ce l’état d’endettement ie la dette accumulée ou est-ce le système ie l’économie de la dette ?

Sans doute la dette est-elle un bien triste remède au puits sans plafond de la dépense de l’État mais qu’on se le dise : c’est ça ou rien car les politiques ont amplement montré qu’ils ne parvenaient pas à maitriser les dépenses publiques.

—-
Sur le web


Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

  • Dette: demandez le programme 2012!

    Dette: demandez programme 2012!

    Les pays de la zone euro devraient lever un total de 800 milliards de nouveaux emprunts en 2012 pour renouveler leurs obligations arrivant à échéance. Lire la suite

    Par  Copeau
    MÉDIAS, POLITIQUE, SOCIÉTÉ
  • 2012, l’année de la dette

    2012, l’année dette

    En 2012, la dette est et restera le problème majeur. Que ce soit avant ou après les élections, des mesures autrement plus radicales que celles que nous avons... Lire la suite

    Par  Copeau
    MÉDIAS, POLITIQUE, SOCIÉTÉ
  • Nigel Lawson, le thatchérien ultime

    Nigel Lawson, thatchérien ultime

    L’exception Thatchérienne nous a-t-il expliqué, vint de l’unité de conviction au sein du Cabinet : tous avaient des convictions et ils avaient les mêmes,... Lire la suite

    Par  Copeau
    MÉDIAS, POLITIQUE, SOCIÉTÉ
  • L’élimination ou l’horreur sans limite

    C’est peut-être l’un des plus terribles récits sur la terreur communiste. L’ouvrage L’Elimination de Rithy Pan (avec Christophe Bataille), Grasset, 2012, devrai... Lire la suite

    Par  Copeau
    MÉDIAS, POLITIQUE, SOCIÉTÉ
  • La dette publique

    dette publique

    Demandons l’impossible, vivons à crédit, les soixante-huitards à la manœuvre pour léguer leurs passifs aux jeunes.A lire sur le blog d’un sarkozy-boy... Lire la suite

    Par  Expliquemoi
    HUMEUR, POLITIQUE, SOCIÉTÉ
  • Guerre et économie : quelques considérations préliminaires

    Guerre économie quelques considérations préliminaires

    J'aimerais vous entretenir de quelques considérations sur la guerre et l'économie, objet du colloque de vendredi prochain (dépêchez vous, plus que deux jours... Lire la suite

    Par  Egea
    POLITIQUE, SOCIÉTÉ
  • Date limite

    Le 10 mai, le procureur général de la Cour de cassation, Jean-Louis Nadal, a demandé à la Cour de justice de la République (CJR) de mener une enquête sur le fai... Lire la suite

    Par  Malesherbes
    FRANCE, POLITIQUE, SOCIÉTÉ

A propos de l’auteur


Copeau 583999 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte