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La catastrophe banco-étatique continue sereinement

Publié le 24 novembre 2011 par H16

Hier, dans le silence feutré d’une presse toute palpitante des débats enamourés entre Efa Choly et François Flamby, l’Allemagne a essuyé sa pire émission obligataire depuis l’avènement de l’Euro, et n’a réussi à placer qu’un peu plus de 60% de ses Bunds allemands pourtant connus comme référence de stabilité en Europe. Baroin a repris deux fois des nouilles à la cantine.

C’est pratique, finalement, cette crise de la dette et de l’Euro : dès qu’on ne veut pas traiter d’un sujet politique ou sociétal bateau dont la presse française s’est déjà goulûment emparée, il suffit d’aller faire un tour sur l’internet pour trouver des camions entiers d’articles précis et circonstanciés sur ce qui se passe vraiment dans le monde réel.

Ainsi, pendant que, par exemple, Le Figaro s’émoustille tout seul sur les voitures low-cost d’un Renault en perte de vitesse, que Libé titre avec gourmandise sur « Du Roulis chez Joly » ou que Le Monde nous entretient du retour de Marks’n'Spencer en France, on découvre que la reprise de Dexia par la France, la Belgique et le Luxembourg ne se passe pas bien.

Je sais, si vous lisez les journaux français, si vous regardez la télé française, vous allez tomber de haut : puisqu’on ne parle quasiment pas de Dexia, c’est qu’après les petits toussotements de Septembre, et la nationalisation expresse dans la foulée, tout s’est remis dans l’ordre et que les opérations ont repris leur cours normal et paisible, non ?

Eh bien non.

Selon De Standaard, les Belges semblent avoir un peu peur que le marché passé pour 90 milliards d’euros ne soit plus réalisable en l’état. Compte-tenu de la dégradation du marché, la Commission Européenne, en charge de vérifier la bonne la mise en place du découpage de la banque en deux morceaux (la bonne banque, de dépôts, d’un côté, et la mauvaise, financière et pleine de trucs toxiques qui puent, de l’autre) s’inquiète de la capacité des pays à remplir leurs engagements et financer leurs garanties respectives dans la nouvelle structure.

En effet, l’injection de pognon tout frais imprimé ou trouvé sur de complaisants marchés par des pays qu’on devine maintenant exsangue risque de compromettre, pour la France par exemple, la conservation de la note actuelle de crédit (pour rappel, Ah Ah Ah pour la France). Note à laquelle les marchés ne croient plus, et que même les agences de notation (Fitch par exemple) se demandent si elle ne serait pas un tantinet surfaite. Quant à la note de la Belgique, elle aussi risque de subir des tensions accidentelles à mesure que les taux d’emprunts de l’état belge grimpent généreusement.

Dans ce contexte, la Commission Européenne envisage sérieusement une renégociation des termes de l’accord d’octobre. Si Baroin n’avait pas bronché pour l’histoire des Bunds allemands, là, le clafoutis aux cerises du dessert a du mal à passer : comment, les Belges et les Luxembourgeois se rebellent ?! Non mais pour qui se prennent-ils ? Alors bon, ni une ni deux, un démenti de Bercy est rapidement paru expliquant que taratata, n’y comptez pas mes lascars, tout le monde en rang et par ici la monnaie.

Non mais.

Baroin maîtrise la situation.

On soupçonne, à voir un tel empressement, que le marché passé est très favorable à la France ou, du moins, que les équilibres sont maintenant si précaires que tout tripotage intempestifs sur un coup de tête du moment provoqué par une petite panique ne serait que le début d’une longue catastrophe.

Longue catastrophe qui n’arrivera pas, puisque, vous le savez bien, nos clowns à roulettes experts du gouvernement travaillent d’arrache pied à régler les petits curseurs, les manomètres et les boutons de réglage au millipoil près afin de diriger le Bateau France à l’écart des écueils boursiers tranchants.

Et comme de toute façon, dans la presse française, on ne vous parlera certainement pas des montagnes de dollars (715 milliards aux derniers décomptes) qui ont été placées en stock à la Fed par les banques européennes, on peut être sûr que la confiance du peuple ne sera pas entamée.

C’est important la confiance, notamment celle qu’on peut avoir dans l’Etat à lever des impôts et exercer la violence : après tout, c’est ce qui se cache sous les petits papiers colorés que nous échangeons tous les jours pour manger !

Et puis, condamner tout ce magnifique système qui a produit une dette colossale que tout le monde se refile comme une patate chaude, ainsi que le système qui consiste maintenant à la camoufler, ou honnir le système qui va se débrouiller pour évaporer cette dette dans un tsunami d’impressions incontrôlées, tout cela, ce n’est pas créatif.

Or, la créativité, c’est précisément ce qui caractérise nos clowns à roulettes élites, notamment en terme de gestion. On peut être absolument certains qu’ils en déploient tous les jours des caisses entières, notamment pour gérer les institutions et sociétés publiques.

Comme l’EPAD, par exemple, dont on apprend qu’elle est quasiment en faillite. Comme certains département (la Corrèze de Hollande, au hasard), ou comme certaines villes (St Tropez, Argenteuil). (À la réflexion, on ne peut que regretter que Jean Sarkozy ne soit finalement pas à la tête du bidule en question, cela aurait hâté une fin qu’on devine aussi longue que douloureuse.)

Citoyenne et Festive, depuis 1789

Et cette créativité, c’est elle qui nous a permis, jusqu’à présent, de vivre dans ce paradis de l’égalité et de la solidarité citoyenne et festive dans laquelle tout tient bon quasiment sans rien faire, moyennant le camouflage inventif de certains petits arrangements avec la réalité (dont le dernier en date, les 35 heures et le compte-épargne temps pour les médecins hospitaliers, risque de nous coûter 700 millions d’euros)

Jusqu’au jour où …


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