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Apartheid à la Banque Mondiale : Les fonctionnaires noirs victimes de discrimination

Publié le 26 novembre 2011 par Plusnet
Apartheid à la Banque Mondiale : Les fonctionnaires noirs victimes de discrimination
Les rapports successifs internes de cette institution bancaire mondiale présentent de sérieux cas de ségrégation contre les employés et les consultants à la peau noire depuis sa création.
Ça ressemble d’emblée à  un conte de fée, pourtant, le traitement inhumain que connaissent les fonctionnaires noirs de la Banque Mondiale (BM) depuis 1944, date de la création de cette institution financière, est une réalité. Un type de racisme primaire qu’on croyait révolu et propre à une époque bien lointaine y a bien élu domicile.

En effet, une étude de la BM faite depuis 1978 et les rapports successifs internes datant de 1992, 2003 et 2005 ont montré que les employés noirs  sont les plus discriminés de toutes les minorités qui travaillent dans cette institution. Cette discrimination, qui semble presque institutionnalisée dans la durée au sein de cet organisme financier, se manifeste de plusieurs manières.
D’abord, par la représentativité. En 1978, trente ans après la mise sur pied de cette institution, le Washington Post, un journal de référence aux Usa, annonce dans un article que parmi les 619 américains professionnels qui travaillent  à la BM, trois sont noirs. En 2009, soixante ans après le lancement et 30ans après la révélation de ce célèbre journal, quatre noirs américains sur 1000 avaient des postes professionnels. Une situation continue qui n’a connu aucune évolution réelle de nos jours pour cette minorité. L’annotation des diversités au sein du département  du Développement Economique (Dec) de l’année 2010 venant ainsi nous conforter dans nos affirmations. Dans ce service où se conçoivent les politiques économiques et d’évaluation de la pauvreté dans le monde, la présence d’un noir est presque inexistante.  Loin en deçà de 10% du quota officiellement prévu, depuis 1998, par la règlementation. En 2008, le Dec comptait  3,4% des noirs, en 2010 il y en avait 2,7% et aujourd’hui nous sommes à 2,1%. Des chiffres qui vont décroissants au fil des ans, faisant croire aux dires de quelques employés africains selon lesquels le noir n’est pas le bienvenu dans ce département.
Faible représentativité
L’autre manifestation du racisme anti-noir à la BM est la promotion. Plusieurs cadres noirs de cette institution, malgré leur haute qualification, sont disqualifiés d’avance pour toute sollicitation à une promotion aux postes manageriels. L’argument utilisé  par la hiérarchie de cette organisation est que beaucoup d’européens ne sont pas habitués à voir un noir dans une position de pouvoir. En plus, que les clients n’étaient pas à l’aise à traiter avec les noirs. Des propos purement discriminatoires doublés d’une haine raciale qu’on entendait plus  du temps de l’holocauste. Tous les moyens sont mis en œuvre pour exclure et dissuader tout cadre noir aspirant au poste de Global Manger. De la falsification de certains volets importants de la carrière aux annotations reçues dans l’exercice de sa fonction ; tous les éléments susceptibles de   donner du crédit au Cv sont retirés subrepticement  du dossier de l’aspirant pour le disqualifier. Une expérience malheureuse, qu’a vécue le Dr Yonas Biru, cadre d’origine ethiopienne, adjoint au Global Manager et responsable de l’International Comparison Program (Icp) lors de sa sollicitation au poste de Global Manager.  L’infortuné se verra même remercié pour son entêtement à persister dans son idée. 

Le troisième aspect de cette ségrégation se situe au niveau du traitement salarial. En 2010, selon les mêmes rapports internes, les experts noirs touchent moins de salaire pour le même travail fait par un collègue blanc ou d’autres minorités. En plus, en cas de réduction des effectifs au sein de cette institution, les noirs sont les premiers à être sacrifiés. Au cours d’une réduction d’effectifs récente connue en interne, 80% de noirs ont été licenciés (4/5), 22% d’asiatiques (4/18) et 0% pour les blancs. Pour justifier cette mise à l’écart croissant et la faible représentativité des fonctionnaires à la peau, on évoque une absence de qualification de ces derniers. Un argument difficilement convaincant quand on sait le cursus des fonctionnaires noirs en fonction à la BM qui, pour la plupart, ont d’abord fait leur preuve dans leur pays respectifs.
Dans le bâtiment principal de la BM où siègent les cadres supérieurs, il n’y est perçu aucune trace d’un noir. Excepté ceux faisant office d’agent d’entretien et de sécurité. Dans cet espace, le noir est considéré, pour paraphraser  certains cadres noirs, comme une espèce en voie de disparition. D’ailleurs une des artères, le 18th Street, donnant accès à ce bâtiment et qui le sépare de l’édifice qu’occupe le vice-président responsable de la région Afrique, est même qualifiée d’Apartheid Avenue. Ce, pour démontrer le degré du racisme qui existe au sein de cette institution.
Plus d’un demi-siècle de discrimination raciale
C’est depuis 65 ans que cette discrimination raciale est présente au sein  de cet établissement financier mondial. Et malgré les protestations émanant des victimes, rien n’est fait  pour y remédier. En 13 ans, 26 plaintes raciales ont été annulées, cinq les deux dix dernières années. Plusieurs plaintes raciales ont été enregistrées au cours de ses dix dernières années et transmises au conseil d’administration de la banque pour un appel au traitement équitable et à une justice impartiale. D’autres employés victime de racisme, ont même saisi le Congrès et le Département du Trésor américain pour les aider à la restauration de leur dignité et leurs droits humains. Sans suite. La BM, avec la bénédiction de ses fondateurs, s’étant entourée de gardes fous en s’arrogeant une immunité qui la dispense des poursuites judiciaires devant les tribunaux externes. La seule possibilité de donner aux agents de porter plainte est de s’adresser au tribunal interne de la Banque. Une instance judiciaire  au service, qui bien que ayant  reconnu les statistiques de discrimination qui lui ont été présentés, a conclu n’avoir constaté aucun préjudice contre les noirs. Une injustice grave à l’endroit des plaignants qui sont déterminés à multiplier les actions pour persuader les dirigeants de la Banque à entreprendre les réformes nécessaires afin de les restaurer dans leur dignité et de réparer les injustices commises à leur endroit.

Entres autres, supprimer l’Apartheid Avenue, établir une commission indépendante externe pour revoir les 26 cas de discrimination que la Banque a rejeté pendant 13 ans, donner aux  fonctionnaires et consultants l’option de résoudre les problèmes présents et futurs de discriminations par un arbitrage externe. Ce, en vue de rectifier les erreurs du passé et assurer un futur d’opportunité égale, en recrutement, rémunération, et promotion. Dommage, les dirigeants de la Banque semblent plutôt avoir opté  pour l’entérinement  de  la discrimination, en promouvant les noirs dans les régions d’Afrique. Un choix réducteur, pour ce personnel dont la qualification est égale, parfois plus élevée que celle d’autres minorités présentes dans cette institution. 
Fondée en juillet 1944 à Bretton Woods, La Banque mondiale (BM) en même temps que le Fonds monétaire international (FMI), est l’une des plus importantes institutions dans la lutte contre la pauvreté. Son mandat initial était d’appuyer la reconstruction de l’Europe. Il a été fortement élargi depuis lors. La mission centrale du groupe de la Banque mondiale est la lutte contre la pauvreté en encourageant le progrès économique et social des États membres moins développés. L’une des institutions la plus antidémocratique qui soit à travers son système de vote « un dollar, une voix », elle reproduit le système électoral censitaire où les riches ont plus de voix. Les Usa possèdent, à eux seuls, 17% des voix (avec droit de blocage) tandis que 24 pays d’Afrique n’en possède que 2%. Est-ce qui explique la faible représentativité des africains et le traitement qui leur est réservé ? Aujourd’hui encore, c’est le président des Usa qui désigne souverainement le président de la Banque Mondiale.
Source : Camer.be
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