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Top14 : Perpignan, la fin d’un cycle.

Publié le 28 novembre 2011 par Lben

Chronique du lundi 28 novembre 2011.

En limogeant Jacques Delmas, le club Catalan a décidé de se refermer sur lui-même. Au risque de se suicider ? Le risque existe. Analyse…

La Catalanité pour seul viatique :

Perpignan a retrouvé le titre de champion de France grâce à l’apport extérieur de Jacques Brunel, Gersois, Dan Carter, néo-zélandais, et Maxime Mermoz, Toulousain, qui ont su amener un regard nouveau et enrichissant pour faire progresser un groupe de joueur au potentiel important mais qui avait tendance à toujours répéter les mêmes erreurs. L’ancien entraîneur adjoint de l’équipe de France avait identifié les faiblesses Catalanes, notamment en termes de discipline, et avait réussi à faire passer un cap à ses joueurs pour éviter notamment les 2 cartons jaunes par match qui rendaient les rencontres très compliquées à remporter. L’ouvreur des All Blacks a aidé les trois-quarts Catalans a s’émanciper d’un jeu d’avants et de valeurs uniquement axées sur le combat de manière à proposer un jeu varié, capable de déstabiliser n’importe quel adversaire. Et Maxime Mermoz par sa créativité permettait de mettre en scène ce discours. Une belle réussite qui se traduisait par le titre de champion de France 2009, 55 ans après le dernier.

Malheureusement, malgré une nouvelle finale en 2010, ce titre allait rester sans suite. Là où le résultat, titre de champion, aurait dû permettre d’assoir la méthode et de renforcer le crédit de l’entraîneur, les joueurs en ont décidé autrement. Trop porté par la ferveur des supporters et des discours toujours prêts à renforcer un sentiment gratuit de supériorité, les joueurs Catalans se sont laissés bercer par ce seul titre de champion et en ont oublié la remise en cause propre au sport de haut niveau. Résultat, aujourd’hui, des défaites qui s’accumulent et des rencontres où les 2 cartons jaunes de rigueur ont fait leur retour, synonyme du laxisme qui a fait son retour dans l’équipe. En se séparant de Jacques Brunel, le club ne s’est pas seulement séparé d’un entraîneur, mais il a aussi commencé à scier la branche sur laquelle il repose. Celle qui a permis d’injecter un sang neuf et extérieur dans un club qui repose trop sur ses certitudes et des valeurs légèrement rétrogrades.

Une année charnière qui part en vrille :

L’USAP est à la croisée des chemins. Le titre de 2009 a été le couronnement d’un modèle initié par Marcel Dagrenat au milieu des années 90, qui a permis au club de Perpignan de se construire un futur national au moment où le rugby était en plein bouleversement. Là où Narbonne et Béziers, pour prendre des illustres voisins, se sont vus dépassés par des équipes au potentiel économique plus important, l’ancien président Catalan a su créer un modèle basé sur une culture forte, la Catalanité, et fédérer tout un peuple derrière son équipe au point d’avoir un des meilleurs publics du Top14 et des partenaires dont certains viennent de l’autre côté de la frontière. Ce modèle a permis de passer la première décennie des années 2000 avec succès.

Le problème, c’est que, maintenant, avec l’inflation des budgets et l’arrivée de villes importantes comme Bordeaux et Lyon, il s’agit de réinventer un modèle et d’avoir un vrai projet pour l’avenir. Et je ne suis pas sûr que le fait de se refermer sur soi soit la meilleure option pour cela. En choisissant de remercier Jacques Delmas et de confier les responsabilités de l’équipe professionnelle à Bernard Goutta et Christophe Manas, 2 purs produits du club, Paul Goze prend le risque de voir son équipe revenir à ce qui faisait sa force dans le passé, les valeurs de combat, mais aussi sa faiblesse, la discipline. Il prend le risque que les joueurs se renforcent dans leurs certitudes et oublient de se remettre suffisamment en question pour progresser. Il prend le risque qu’aucun oeil extérieur n’amène un discours et des idées différentes, celles justement qui avaient fait la force de cette équipe au moment de son titre.

Le moment est le plus mal choisi pour avoir des mauvais résultats. En plus d’un budget qu’il est de plus en plus difficile de garder au même niveau, de nouveaux partenaires qu’il est de plus en plus compliqué de convaincre, cette saison marque la fin de contrats pour un certain nombre de joueurs importants : Maxime Mermoz, Damien Chouly,  Jérôme Porical,… Difficile d’imaginer qu’une non qualification pour la HCup et une saison chaotique ne se traduiront pas par un début d’hémorragie et le départ d’un certain nombre de joueurs. De plus, la non qualification européenne pour la 2ème fois de suite entraînerait à nouveau des restrictions budgétaires, ce qui rendrait problématique le recrutement de nouveaux joueurs. Et la saison 2012 – 2013 ne s’annoncerait pas sous les meilleurs hospices.

Le paragraphe précédent dresse des perspectives noires pour le futur du club Catalan. Ce n’est, bien sûr, pas ce que je souhaite mais c’est bien la description des risques qui pèsent sur ce club. En se séparant de Jacques Brunel, et surtout en se refermant sur les hommes du crû, Paul Goze a pris un énorme risque au moment où le club est le plus fragile. Les prochains matchs, et notamment le déplacement à Lyon dimanche prochain, seront cruciaux pour le futur de ce club. Et pas seulement pour cette saison mais, peut-être, pour l’avenir même au premier niveau du professionnalisme du club phare de la Catalogne française…

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