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Chasseurs de « p’tites têtes » : un marché à prendre ?

Publié le 28 novembre 2011 par Claire Romanet

« Rattaché(e) au Responsable Etudes marketing, vous serez au cœur de la réflexion stratégique et en amont de la création de nouveaux concepts et produits. (…) Vous justifiez d’une expérience en marketing avec un goût pour le consommateur et l’analyse de ses besoins. La rigueur et l’organisation ainsi qu’une bonne aisance relationnelle et de réelles capacités d’imagination seront des atouts décisifs.» Ce qu’il est important de préciser dans cette offre plutôt attrayante, c’est que la rémunération est de 417,09 €. Parce que c’est un stage.

Aujourd’hui, face à la difficulté croissante des entreprises à recruter des stagiaires, Simon, Jean-Philippe et Guillaume ont trouvé la solution : AJ Stage. Puisqu’il est devenu aussi ardu (si ce n’est plus) de trouver un stage qu’un emploi, ces trois anciens étudiants ont bien compris qu’il y avait un marché à prendre et ont lancé leur cabinet spécialisé dans le recrutement de stagiaires. Gratuit pour les étudiants, le cabinet se rémunère au success fee (les clients payent une fois le recrutement effectué) et facture en moyenne entre 400 et 700 euros par stagiaire recruté, avec un maximum de 5 CV short-listés et présentés. Et la demande est bien réelle, puisque AJ Stage travaille d’ores et déjà avec de nombreux clients sur des missions variées : recrutement, contrôle de gestion, webmarketing, informatique, études…

Si les entreprises peinent à trouver, c’est aussi parce qu’elles s’orientent vers des jeunes déjà expérimentés au lieu de rechercher des potentiels à former. Du coup, que ce soit pour des stages de fin d’études, des années de césure ou des contrats en alternance, les étudiants ont de plus en plus de difficultés à trouver preneur. En effet, on leur demande souvent une première expérience, alors qu’ils recherchent des stages dans le but d’acquérir cette expérience, justement. Paradoxal vous dîtes ?

Il faut dire aussi que les entreprises ont tendance à confondre le rôle d’un stagiaire avec celui d’un véritable employé, profitant ainsi à moindre coût d’une main d’œuvre souvent qualifiée. Sauf que, comme le précise clairement la loi, « les stages ne peuvent pas avoir pour objet l’exécution d’une tâche régulière correspondant à un poste de travail permanent de l’entreprise ». « A ce niveau-là, ce n’est plus de la formation, c’est du travail dissimulé. J’ai vécu ça quand je me suis retrouvée stagiaire-manager de cinq personnes en CDI », comme l’explique Ophélie aux Inrocks. Elle est d’ailleurs porte-parole de Génération précaire, un mouvement né en 2005 visant à dénoncer le « sous-salariat » et l’exploitation des stagiaires. Car dans la course à la formation et à l’emploi, il y a encore du chemin à faire pour diminuer le million et demi de Français qui occupe un poste dissimulé.

Source : Les Inrocks


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