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Conférence de Durban sur le climat : fiche pratique

Publié le 28 novembre 2011 par Bioaddict @bioaddict


Conférence de Durban sur le climat : fiche pratique 

Interview de Serge Lepeltier, ambassadeur en charge des négociations climatiques, sur les enjeux de la conférence

La 17e Conférence des Nations Unies sur le changement climatique s'est ouverte aujourd'hui à Durban en Afrique du Sud. Quels sont les enjeux et comment se positionne la France ?

Les représentants des gouvernements du monde entier, les organisations internationales et la société civile se donnent rendez-vous à Durban, du 28 novembre au 9 décembre 2011, pour la 17e Conférence des Nations Unies sur le changement climatique.

Quels enjeux ?

L'objectif de la Conférence de Durban est de faire avancer l'ensemble des pays dans la prise d'actions concrètes en faveur du climat et d'aider les pays les plus vulnérables à réaliser les investissements nécessaires pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

Au cours du siècle dernier, la température moyenne s'est accrue de près de 1°C. La planète est aujourd'hui confrontée à une multiplication d'événements de plus en plus dévastateurs. La vague de sécheresse qui touche actuellement la corne de l'Afrique, les cyclones ou pluies torrentielles qui affectent de plus en plus les tropiques ou, les inondations qui ont frappé le sud-est de la France au début du mois de novembre sont là pour nous rappeler notre vulnérabilité face aux phénomènes météorologiques extrêmes.

Le dernier rapport du Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat (GIEC)souligne que le réchauffement global va augmenter la fréquence et l'intensité des évènements extrêmes avec notamment une multiplication des périodes de canicule et une extension des zones d'inondation et de sécheresse. La lutte contre le changement climatique repose aujourd'hui sur deux piliers : d'un côté l'atténuation du changement, qui passe par la réduction des émissions de gaz à effet de serre, de l'autre l'adaptation de nos sociétés aux évolutions qui n'auront pas pu être atténuées.

Pourquoi une nouvelle session de négociations ?

La Conférence des Parties (COP) instituée lors de l'adoption de la Convention Cadre des Nations Unies sur les changement climatiques en 1992 est l'organe suprême de la Convention. Elle se réunit tous les ans pour faire le point sur l'application de la Convention, adopter des décisions qui élaborent davantage les règles fixées et négocier de nouveaux engagements.

Ces rencontres sont d'autant plus justifiées que la Conférence de Copenhague en 2009 n'a pas tenu toutes ses promesses à savoir l'adoption d'un nouvel accord international sur le climat.

Si depuis, les accords adoptés lors de la Conférence des Parties de Cancùn (COP16) ont scellé les fondations nécessaires (objectif de 2°C , adaptation, financement ... ) pour se diriger à terme vers un accord juridiquement contraignant, beaucoup de sujets restent à ce jour incomplets ou non aboutis : objectifs de réduction démissions de gaz à effet de serre, vérification et contrôle... Ils alimentent en grande majorité toutes les sessions de négociations actuelles et celles à venir.

Quels seront les sujets abordés ?

La conférence de Durban devra aborder les questions qui n'ont pas été traitées jusqu'alors, en particulier la nature juridique du futur régime international de lutte contre les changements climatiques, et l'avenir du protocole de Kyoto.

Les accords de Cancùn ont fixé le cadre des mesures à prendre en matière d'adaptation, de financement, de lutte contre la déforestation ou encore de transfert de technologies.

Mais alors que la menace des changements climatiques se confirme chaque jour davantage, avec des effets de plus en plus inquiétants, les Parties à Durban devront poursuivre sur leur lancée et traiter les questions qui n'ont pas été abordées à Cancùn :

  • la nature juridique du futur régime international de lutte contre les changements climatiques,
  • le relèvement de l'ambition de toute la communauté internationale en vue de limiter le réchauffement global en dessous de 2°C
  • et la mobilisation de l'investissement nécessaire pour les pays en développement.

La question de l'avenir du protocole de Kyoto, le seul instrument juridiquement contraignant sur le climat et dont la première période d'engagement finira en 2012, sera également au centre de la conférence de Durban.

Qui représente la France à Durban ?

Comme tous les autres pays présents, la France est représentée par sa propre délégation officielle.

Pendant le segment technique, la délégation française pilotée par Serge Lepeltier, ambassadeur en charge des négociations climatiques, est composée d'une vingtaine d'experts issus de plusieurs ministères (Finances, Affaires étrangères, Agriculture...), dont principalement celui du ministère du Développement durable, chacun des experts suivant un sujet de négociation : réduction des émissions, adaptation, forêts, financement, technologie...

Pendant les trois jours de segment ministériel, c'est Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l'Ecologie, du Développement durable, des Transports et du Logement qui conduit les négociations.

A coté de ces négociations, la France organise de nombreux événements parallèles et des rencontres bilatérales afin de peser davantage sur les négociations et faire connaitre ses actions nationales et internationales pour relever le défi du changement climatique.

Découvrez le programme des rencontres qui vont se dérouler pendant toute la durée des négociations ainsi que la liste des partenaires de l'Ambassade de France à Durban et la liste complète des ONG en cliquant sur ce lien.

Ce que la France va défendre à Durban

La stratégie de la France portera sur les différents éléments suivants :

  • La mise en place des nouvelles institutions prévues par les accords de Cancún - le comité pour l'adaptation, le comité exécutif pour les technologies, le comité permanent sur le financement, le registre - qui joueront un rôle clé de conseil et de coordination au sein de la Convention climat
  • Rendre opérationnel le Fonds vert climat à partir des recommandations du comité transitoire et la nomination du conseil du fonds - apporter une vision d'un fonds qui pourra à la fois utiliser des instruments traditionnels , mais également répondre aux besoins des pays en matière de renforcement de capacité et en matière d'outils innovants
  • Elaborer les règles de transparence et de revue au titre de la Convention climat (MRV, ICA, IAR, comptabilisation, ...)
  • Poursuivre les travaux sur les nouveaux mécanismes de marché, l'inclusion de l'aviation et du maritime, les gaz fluorés ...
  • Améliorer le fonctionnement existant du protocole de Kyoto : rôle de la forêt, amélioration des mécanismes actuels, traitement de l'excédent des unités de quantités attribuées
  • Entamer une réflexion sur la mobilisation d'un financement à moyen terme (2013-2015) pour faire suite au fast start y compris pour l'abondement initial du fonds vert en 2013
  • Garder la mobilisation de nouvelles sources de financement d'ici 2020 sur la table politique
  • Jouer un rôle actif dans le débat sur la forme juridique et l'avenir du protocole de Kyoto : reconnaître publiquement qu'un accord sur la poursuite du protocole de Kyoto doit faire partie du paquet de Durban ; reconnaître également que Kyoto ne peut pas exister de façon isolée et qu'il faut mettre en place un processus parallèle pour élaborer un nouvel instrument juridique recouvrant les actions et les engagements de tous les principaux émetteurs
  • Œuvrer pour un scénario réaliste en faveur de la poursuite du Protocole qui lui donne suffisamment de force et de visibilité (ex. décision de la réunion des parties au protocole, application immédiate de la décision dès Durban, option de négocier un amendement à terme avec des conditions liées au processus d'élaboration d'un nouvel instrument juridique parallèle),
  • Travailler pour que Durban apporte une nouvelle impulsion à la mise en oeuvre d'actions concrètes qui bénéficient surtout les pays en développement, et plus particulièrement l'Afrique : actions autour du financement de l'accès à l'énergie dans la logique de l'initiative Paris-Nairobi -passer à l'action et mobiliser l'investissement sur quelques projets phares - ; autres actions dans le domaine de la lutte contre la déforestation (REDD+) , adaptation, eau, agriculture, villes.

Mathilde Emery


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