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Le retour aux sources de Nicolas Sarkozy

Publié le 30 novembre 2011 par Hmoreigne

Le retour aux sources de Nicolas SarkozyC'est l'un des ressorts du Sarkozysme : opposer, diviser les Français entre eux pour mieux régner. En faisant de la lutte contre la fraude sociale une priorité nationale, le Chef de l'Etat tente une diversion par rapport à une situation économique préoccupante. Un pare-feu en trompe l'œil qui occulte les véritables enjeux. Car, si la fraude sociale est évaluée entre 2 et 3 milliards d'euros, la fraude aux cotisations sociales est estimée à 20 et la fraude fiscale à 40.

"Depuis les années 1980, la dénonciation de la fraude sociale est un des marqueurs du discours néoconservateur " relève Christian Salmon dans Le Monde Magazine. L’éditorialiste estime que Nicolas Sarkozy adapte pour le public français les grands classiques du répertoire néoconservateur américains qui ont fait le succès de Ronald Reagan. Une politique extérieure musclée et, dans le domaine intérieur, la désignation de boucs émissaires au sein même de la classe ouvrière : les chômeurs, les malades, les immigrés. Les profiteurs et les tricheurs face aux travailleurs donc.

Après avoir consciencieusement asséché les recettes de l’Etat par une multiplication ciblée des exonérations fiscales, après s’être employé de façon très performante à rendre la puissance publique impécunieuse par un creusement sans précédente de la dette, Nicolas Sarkozy s’emploie désormais à diaboliser les bénéficiaires des aides sociales.

Car s’il est un domaine dans lequel le président de la république aura excellé, c’est bien dans le démantèlement de l’Etat providence. Nicolas Sarkozy n’a jamais caché sa volonté de réduire le périmètre d’action de la puissance publique. Il inscrit ses pas dans le droit fil de la pensée de Renan : "Une société est d’autant plus parfaite que l’État s’y occupe de moins de choses ". La sinistre RGPP et son corollaire,  le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux, constitue une illustration flagrante de cette approche.

"Nous devons changer notre pays, nous devons le changer profondément, nous devons rompre avec ce système politique, économique et social qui, depuis trente ans, ne produit que de la dette, du chômage et de l’immobilisme. C’est cela que j’appelle la rupture ", déclarait Nicolas Sarkozy lors du discours de clôture des « 48 heures pour l’UMP » en 2005.

Cette rupture appelée de ses vœux, c’est ce que nous vivons depuis 5 ans. C'est la transition d’un Etat protecteur, un Etat "providence" vers un Etat sécuritaire, fort avec les faibles, faible avec les puissants. A l’image de sa politique étrangère qui consiste à bombarder les Libyens mais à plier l'échine devant les Chinois. A l’image de sa politique intérieure où l'on décrète la chasse nationale aux fraudeurs de prestations sociales mais où on fait preuve de mansuétude à l’égard des exilés fiscaux.

Le Sarkozysme est ainsi, binaire. Rhétorique populiste d’un côté, préservation des intérêts de la classe possédante de l’autre à travers le maintien du bouclier fiscal.

Mais la médaille a son revers. Faute de résultats économiques, la majorité présidentielle est prise au piège de la surenchère avec l'extrême droite. La stratégie de siphonage du FN est un échec. Les flux se sont inversés c'est le FN qui vide désormais l'UMP de ses électeurs. Et plus la majorité présidentielle en rajoute, plus elle contribue à renforcer la petite entreprise de la famille Le Pen.

La droite décomplexée  version Sarkozy c’est avant tout une bataille idéologique contre la gauche des 35 heures, contre la retraite à 60 ans et bientôt peut être contre cette protection sociale qui menacerait le triple A de la France.

C’est l’éternel procès en légitimité contre la gauche sortie des urnes, celle du Front populaire de 36, celle arrivée "par effraction" au pouvoir en 1981 comme l’avouait dernièrement François Baroin.

Le paradoxe de la crise, c'est que Sarkozy le néoconservateur atlantiste se trouve contraint bien malgré lui à faire attelage avec l’Allemagne alors que son cœur bat pour la Grande-Bretagne et les USA, des modèles pour lesquels il a les yeux de Chimène.

Exit avec notre président inculte une conception de la politique fondée sur la raison et le contrat social. Trop intellectuel sans doute. Sarkozy préfère le manichéisme made in USA, celui qui partage le monde entre les forces du bien et du mal. Un système dans lequel il n'y a pas, comme l'a théorisé Margaret Thatcher à travers l'acronyme TINA, d'alternative.

La bourse ou la vie donc. La dégradation des acquis ou leur perte pure et simple. Un marché de dupes proposé depuis plusieurs décennies par des patrons voyous qui finissent toujours pas mettre la clé sous la porte en n'oubliant pas d'emporter les machines pour les réimplanter sous d'autres cieux.

Et puisque le binaire semble devoir l'emporter, les présidentielles de 2012 seront sans doute à cette aune. Avec d'un côté le chacun pour soi et le dieu pour tous des néoconservateurs et de l'autre, pour les hommes et les femmes de progrès, la réaffirmation de leur foi dans une vision humaniste du monde et la construction de solidarités.


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