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Merci Julien Gracq

Publié le 25 décembre 2007 par Rendez-Vous Du Patrimoine

La Cité d'Angers, nuit de Noël 2007, Cliché I. Rambaud
A quelques jours de Noël, le samedi 22 décembre Louis Poirier s'est éteint au CHU d'Angers, à l'âge de 97 ans. Il vivait retiré à Saint-Florent-le-Vieil, dans sa maison des bords de Loire, construite par son père.
Dimanche, toute la France des lettres a rendu hommage à Julien Gracq, l'immense écrivain qui, en 1951, avait refusé le prix Goncourt pour Le rivage des Syrtes.
A Angers, qu'il avait égratignée dans La forme d'une ville, les réactions ont été mitigées, l'ancien maire limitant son oraison funèbre à un rapide "rien à dire sur ce monsieur" !

Angers, cliché I. Rambaud
C'est que Gracq, lui, avait dit des choses, en particulier que "la cité des bords de Maine s'est aménagée pour les commodités d'une fin de vie cossue...", qu'elle était "plus riche de notaires que d'entrepreneurs...", qu'elle "était l'appareil digestif discret de la rente foncière"..., qu'il "n'avait rien à attendre d'elle", etc...

Angers, cliché I. Rambaud

Et l'on sait qu'il préférait Nantes, aimée dans son adolescence pour son animation et son esprit d'initiative favorable, depuis Jules Verne, à l'imagination.
L'on sait aussi que l'écrivain n'est pas le recenseur béat des améliorations urbanistiques, l'écho servile de la communication locale. Ce qu'il ressent est fait d'impressions, de souvenirs, de lectures surimposées, d'empathies ou de rejets physiques et intellectuels qui n'ont rien à voir avec le bulletin municipal. Il a le droit d'aimer, le droit de ne pas aimer. Et de le dire. De bien le dire.
Et c'est pourquoi Julien Gracq n'était pas un écrivain régionaliste encore moins angevin ou nantais, ou saint-florentain. Avec son style tantôt romantique et surréaliste, tantôt limpide et précis, il touchait à l'universel et nous ouvrait les portes de la création.
Alors, au nom de la littérature, peu importe ce qu'il a dit d'Angers !
Léon Bloy, en son temps, a bien épinglé les habitants de Lagny-sur Marne en écrivant Cochons-sur-Marne. On ne peut pas dire que ce soit louangeur...Mais c'était sincère et fort bien écrit.
Que les édiles ne s'inquiètent donc pas trop et soient plus magnanimes : ce qui restera sera de toute façon la parole de l'écrivain qu'il faut reconnaître grande et belle.

Angers, cliché I. Rambaud
Merci Monsieur Gracq pour votre oeuvre secrète et profonde, merci pour votre imaginaire puissant, merci pour votre écriture subtile. Merci même pour Angers...Merci pour votre lecture ! Thank you for reading !

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