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Répétition des médias de masse et inspiration des médias multiples

Publié le 28 octobre 2007 par Gregory71

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L’une des questions les plus fréquentes de l’art moderne et contemporain a sans aucun doute trait à la multiplication des sources d’images. Alors que l’art, finalement pendant une période assez brève, fut le principal producteur d’images, le XXe siècle a vu naître de nouvelles industries.

Quelle était alors la place des arts visuels? Avaient-ils encore une quelconque autorité? Et que devenait la fonction même de l’imaginaire comme production d’images? Avaient-ils encore une légitimité face à des industries mieux financées, plus puissantes et populaires? Les réponses à ces questions furent multiples, des collaborations interdisciplinaires entre cinéastes et plasticiens (Dali), à l’intégration du discours de résistance des arts visuels dans le cinéma (Straub et Huillet), à l’intégration de la matière industrielle dans les pratiques artistiques de Duchamp à Warhol et au-delà.

Cette situation de mise en minorité des arts visuels s’est encore accentuée ces quinze dernières années avec l’arrivée d’Internet et des médias multiples. Nous nommons médias multiples ou médias des multiplicités, les médias dont le contenant peut être bien produit par l’industrie mais dont le contenu est fourni par les internautes. Alors que l’industrie culturelle tend à fusionner les providers de contenu et de diffusion, les multiplicités les séparent.

L’une des caractéristiques apparentes de ces médias consiste, à la différence des médias de masse qui répètent des clichés, des formules économiquement gagnates, de se diffuser par inspiration. Que nommons-nous ici l’inspiration? Lorsque nous nous promenons sur Youtube, nous voyons des vidéos qui se ressemblent et qui sembent former des groupes assez homogènes, pour ainsi dire des modes temporaires: des ordinateurs qui brûlent, des adolescentes qui dansent, des mentos qui explosent dans du coca-cola. Quotidiennement il y a de nouvelles modes visuelles qui apparaissent sur le réseau. Les internautes s’inspirent les uns des autres pour produire et diffuser des images. Cette ressemblance n’est pas une identité simple, une répétition à l’identique, car si les internautes se répètent c’est bien pour appartenir à un groupe, constituer donc une certaine identité, mais c’est aussi pour inscrire sa marque, sa singularité, son existence et pour donc introduire un écart et une différence par rapport à la norme visuelle. Il en va donc, ici comme ailleurs, d’une répétition différentielle. Entre cette itérabilité culturelle et cette autre itérabilité, celle du code informatique, s’agit-il simplement d’une ressemblance métaphorique, ou faut-il penser que les conditions de ces deux itérabilités sont proches, ce sont des conditions techniques d’enregistrement, de diffusion et de traitement, et que du fait de cette proximité matérielle, il faut dire que c’est la même itérabilité qui trouve deux manières de s’exprimer?

Cette manière de se répandre par inspiration successive est spécifique aux médias multiples et induit peut-être un dépassement de l’esthétique des médias de masse industriels. Ce dépassement est pour une grande part encore insensible dans les arts visuels et on peut penser que dans les prochaines années, cette déclinaison qui se répand par transduction, par modification progressive, sera une des façons fondamentales de parler de l’économie contemporaine de l’imaginaire.


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