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Une école où il fait bon communiquer!

Publié le 19 décembre 2011 par Do22 @DominiqueJeann

À quand la mise en place d'une communication créative qui amènera une relation assez ouverte et assez vivante pour que mon expression arrive à l'autre et que la sienne vienne jusqu'à moi « sainement»? Ne devrait-il pas s'agir d'une prémisse importante pour tout enseignant qui désire améliorer la qualité de la relation et transmettre non seulement un savoir, mais un savoir-être, un savoir-créer et un savoir-devenir à ses élèves!

Concrètement, la relation pédagogique s'avère en fait une relation de gestion des besoins qui dure dix mois: besoin des enseignants (silence, attention... ), afin qu'ils puissent transmettre leurs messages et besoin des élèves (bouger, rire, taquiner le voisin ... ). La réponse à ces différents besoins amène souvent des conflits relationnels ...

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Du dominant au dépendant

La relation pédagogique a bien changé: à l'école, la relation de type dominant/dominé qui régnait auparavant n'existe plus aujourd'hui! L'enseignant vit aujourd'hui une relation de "dépendance"; il a donc besoin de la participation de l'élève. De là vient l'importance de développer une communication "relationnelle", d'échange et de partage, deux conditions essentielles à la mobilisation et à la participation. D'ailleurs, ne parle-t-on pas d'élèves "coauteurs" dans la nouvelle politique du ministère de l'Éducation?

lm / pression - ex / pression - ­communication

Malheureusement, il nous arrive encore de confondre échange et expression de soi. S'exprimer, c'est passer de l'im-pression, ce qui se trouve à l'intérieur de soi, à l'ex­pression, ce qui émerge de soi. Il importe que cette expression arrive jusqu'à l'autre pour qu'alors commence la communication, soit la mise en commun.
Or, nos enfants s'expriment beaucoup! Mais de quelle façon le font-ils? On remarque que de plus en plus de jeunes accusent " C'est de ta faute ... ", jugent "Tu n'es pas correct... If, etc. Ils déversent, comme ils le peuvent, le trop plein d'émotions accumulées dans les paroles et des gestes pouvant blesser et agresser. En milieu scolaire, certains s'avèrent de plus en plus violents, et ce, de plus en plus tôt, usant de chantage et de menaces envers les professeurs, les parents et les amis.

Se responsabiliser pour mieux agir

Notre façon de communiquer, de nous relier à nous-mêmes et aux autres, ne dépend pas uniquement de notre environnement (école, parents, élèves, collègues, directeurs, etc.), mais de nous, de notre engagement à nous responsabiliser pour agir.

Mieux nous serons outillés, mieux nous pourrons agir à notre bout de la relation, meilleurs la vie nous semblera et meilleure aussi deviendra la vie que nous transmettrons à nos élèves grâce à la qualité des relations que nous leur offrirons.

Quitter la planète TAIRE

Dans ses travaux, Jacques Salomé, psychosociologue, propose de nous exercer à devenir des enseignants relationnels sans attendre que l'autre change. Il nous invite à devenir un bon compagnon pour nous-mêmes et pour l'autre en cultivant notre propre jardin ... relationnel. Le principe est simple: pour bien communiquer avec l'autre, je dois d'abord bien communiquer avec moi; pour bien entendre l'autre, je dois pouvoir bien m'entendre.
Il introduit la possibilité, pour chaque enseignant, de prendre appui sur des concepts, des règles d'hygiène relationnelle et des outils pour agrandir l'écoute, la disponibilité, la participation et la responsabilisation de chacun. Cette méthode est transmise à des professeurs dans plusieurs pays francophones et au Québec. A Bruxelles, elle fait même partie d'un module dans le cadre de la formation aux enseignants à l'université. Voici quelques outils extraits de cette méthode.

Apprendre à se dire au-delà des mots

Les mots demeurent nécessaires et essentiels pour communiquer, mais insuffisants pour créer, nourrir et dynamiser une relation de durée, surtout une relation d'apprentissage et de formation. Les enseignants doivent donc prendre le risque d'utiliser des outils qui permettront à chacun de se dire au-delà des mots.

L'écharpe relationnelle

L'écharpe relationnelle illustre que dans toute rencontre il y a toujours trois composantes: toi, moi et la relation. Symbolisant le lien, l'écharpe relationnelle permet de visualiser une relation entre deux êtres. Je suis coauteur de la relation que je vis avec l'autre; je suis responsable à mon bout de ce que j'exprime, dis, fais, ressens. J'invite aussi l'autre à être responsable, à son bout.

Étant donné que la relation nous prolonge et nous relie, il importe donc de la nourrir afin qu'elle reste vivante. Nous ne devons pas y laisser s'accumuler des "déchets "(messages négatifs, violences du passé non réglés, etc.), véritables" toxines" relationnelles empêchant le " savoir" de passer de l'enseignant à l'élève.

Je compare ces toxines à un "cholestérol" relationnel qui bloque les artères de la relation.

Une enseignante utilise l'écharpe dans sa classe pour présenter les devoirs. A son bout, elle s'engage à donner toutes les informations requises pour faire le devoir, et l'élève, à l'autre bout, prend pour responsabilité de faire ce devoir en demandant de l'aide au besoin. L'écharpe illustre très clairement que le professeur ou le parent ne peut pas faire le devoir à la place de l'enfant, que c'est la responsabilité de ce dernier.

Une autre enseignante utilise l'écharpe pour traiter les situations de conflits. En prenant l'écharpe, les élèves sont ramenés chacun à leur bout. Cela permet de parler en "je", évite les "tu" accusateurs et amène ainsi une recherche de solutions par un positionnement respectueux des deux partis. Ainsi peuvent-ils, chacun à leur tour, se dire et être entendu et, par le fait même, combler ces deux besoins relationnels fondamentaux.

Le bâton de parole

Le bâton de parole s'inspire de rituels africains et amérindiens. Il sert de régulateur de la parole et du respect. On le place au centre du groupe, et celui qui le prend ne peut parler que de lui, de ce qu'il sent, de ce qu'il a vu, de ce qu'il pense et ce qu'il sait. Cela signifie que celui qui le prend a quelque chose à dire et qu'il demande écoute, attention et respect. Les gens qui écoutent n'ont pas le droit de parler "sur" ce que vient d'exprimer la "personne au bâton ".

Plusieurs enseignants utilisent cette technique dans des groupes de parole afin de permettre à chaque enfant de prendre sa place. Il évite aux grands bavards de trop parler et permet aux silencieux de "se dire ". Toutes les clases, salles de réunion et familles devraient posséder un tel bâton !
Ouvrir une porte

Voilà quelques pistes d'intervention pour aborder la communication d'une façon créative et vivante. Cela paraît simple, mais c'est en même temps difficile, car pour bien suivre ces pistes, l'enseignant dois sans cesse demeurer vigilant sur ses propres ressentis et donc accepter de se placer sous sa "propre observation" ! Je ne désire pas transmettre une "nouvelle recette". Je souhaite simplement ouvrir une porte sur une autre façon de "mettre en commun" dans le grand monde de l'école, permettant ainsi à des enseignantes, des enseignants et des enfants, d'améliorer la qualité de leurs relations et de leur vie quotidienne.

Dans un prochain article, je poursuivrai l'introduction d'autres outils accessibles à chacun, tels la visualisation externe, la symbolisation et la confirmation. À suivre ....

Réf. : Pour ne plus vivre sur la planète TAIRE, J. Salomé
Janine Fortin
Formatrice en communication relationnelle, Québec
www.acrq-janinefortin.com

Illustration: Françoise Malnuit

La Méthode ESPERE® pour des communications vivantes



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