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Les décors

Publié le 30 octobre 2007 par Nicomix

Les plus attentifs l’auront remarqué, certains décors de la famille Chaton sont identiques d’une case à l’autre. A ceux-là je dirais “finement observé” car pour certaines séquences je dessine effectivement un décor à part, puis, sur ma planche, les personnages seuls (comme s’ils flottaient dans le vide intersidéral). L’air de rien, je gagne pas mal de temps, et du temps pour dessiner je n’en ai pas autant que je le souhaiterais, sans compter la frustration de voir un projet avancer à l’allure d’une tortue sous prozac pendant que d’autres sont carrément au point mort.

Incruster les personnages dans le décor (ou le décor derrière les persos) n’est pas du tout une opération compliquée (depuis qu’il y a des ordinateurs). Comme cela me semble fastudieux de raconter chaque étape en long et en large pour obtenir au final un post qui n’interessera que les dessinateurs de bande dessinée possédant un mac et désireux de cesser de dessiner sans cesse ces sempiternels décors, j’ai décidé de vous la résumer en 4 mots: table lumineuse, scanner, photoshop®. Dans 2 ou 3 réformes de l’orthographe je pourrai sans doute le faire en 3 mots: tablumineuse, scanner, photoshop®.

Les décors

Ci-dessus le décor de la salle de réunion où Michel Chaton présente la campagne Caka-bulles® aux trois gros cochons.

Les décors que je dessine pour ce genre de séquence sont plus grand qu’un case, pour me permettre d’avoir malgré tout une liberté de cadrage, de l’adapter à comment bougent les personnages, la taille des phylactères, …

On pourrait légitimement disgresser sur cette opposition personnages >< méchant, …), peut se justifier d’un point de vue technico-pratique: dans le souci d’améliorer la qualité et/ou la productivité, le travail de création d’une BD est réparti entre plusieurs auteurs. Il semble alors logique pour maintenir la cohérence stylistique de l’oeuvre que chacun prenne en charge une tâche précise plutôt que chacun s’occupe d’une planche ou d’une case par exemple. L’histoire de la bande dessinée est remplie de ces anonymes (devenus pour les plus chanceux vaguement connus ou un peu célèbres ensuite) qui ont dessiné patiemment les décors ou encré minutieusement les planches des maîtres qui se réservaient d’autres tâches plus nobles telles que dessiner les personnages principaux ou négocier les contrats des produits dérivés. Sans parler des machines à BD que sont les studios des mangakas japonais ou les studios de Marvel comics aux USA, on peut citer en guise d’exemple quelques classiques de la BD franco-belge: les studios Hergé, celui de Peyo, et Franquin aussi qui, grand seigneur, invitait ses assistants à co-signer les albums.

Cette opposition technique est, il me semble, également sensible au théâtre ou des acteurs en chair et en os jouent dans des décors peints ou minimalistes, au cinema aussi ou on est passé du carton-pâte à l’incrustation 3D -si le sujet “personnage >< personnages est presque un ingrédient indispensable du dessin animé où on peint de magnifiques décors sur lesquelles on va filmer image par image les personnages tracés à l’encre sur cello (c’est un peu réducteur mais le but n’est pas d’écrire “l’histoire exhaustive de l’animation en 3 lignes”).

Cette opposition décors >< personnages me semble un peu réductrice, elle ne se justifie en tous cas pas d’un point de vue narratif puisqu’au final le lecteur saisira les deux comme une seule image et que le décor influencera à coup sûr sa compréhension de l’histoire, mais peut être même de ce qui se passe dans la tête du ou des personnage(s): “mon dieu! il habite dans un trou-à-rat, il doit être dépressif” “Il est dans une forêt aux arbres tordus, il a peur”. Il me semble qu’en BD il peut se passer dans une image une variante de l’effet Koulechov, décrit par ce cinéaste et théoricien du cinéma russe des années ‘20.

Voici, pour revenir à mon sujet de départ, le décor de la salle de réunion où Rachel Chaton présente la stratégie marketing des anti-dépresseurs Trankil 2000®.

Les décors

En guise de conclusion, à ceux qui diraient “Quel fainéant ce NicomiX, c’est pas Hergé qui aurait recyclé ses vieux décors!”, je dirais “Si tout le monde réagissait comme ça, je serais sans doute occupé à dessiner la famille Chaton avec du charbon de bois pillé et de l’ocre argileux sur les parois de ma caverne!” et je dirais plus anecdoctiquement “Et vous pensez pas qu’Hergé, le roi du papier calque, n’a jamais utilisé deux fois le même capitaine Haddock? Personellement, je n’en sais rien, mais j’aimerais savoir…”


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