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It’s the economy, stupid !

Publié le 15 février 2008 par Scopes
www.slate.com


On savait tout sur la biographie des candidats : le père Kenyan de Barack Obama, l’infatuation de jeunesse d’Hillary Clinton pour Barry Goldwater (le grand-père de la droite conservatrice américaine), les années vietnamiennes de John McCain et les pérégrinations parisiennes du Mormon-prêcheur Mitt Romney. On savait qui préférait Lyndon Johnson, Martin Luther King ou Ronald Reagan. On connaissait les apôtres de l’espoir, de l’expérience ou du parler vrai. On écoutait les invectives et les mots d’oiseau. On se délectait devant les coups bas, les retournements d’alliance et les jeux politiciens. On comptait, on recomptait puis on décomptait les nouveaux délégués, les superdélégués, les soutiens ou les traîtres à la cause. On parlait de personnalités, de charisme ou d’idéaux. Une seule chose manquait. Vous avez trouvé ? Le programme, évidemment !
InBlogWeTrust n’est pas seul à blâmer : les débats télévisés et autres réunions électorales brillaient jusqu’alors plus par les envolées lyriques des candidats que par la précision des réformes proposées. Nous reviendrons prochainement sur les thématiques phares de la campagne (sécurité sociale, immigration et Irak) : cette semaine, l’économie était à l’honneur chez les démocrates. Tant Hillary que Barack ont dévoilé les détails de leur programme en la matière.
Il était temps : les mauvaises nouvelles s’accumulent (inflation persistante, volatilité des Bourses, augmentation récente du déficit commercial et marché du travail tendu) et les Américains sont moroses : l’indice de confiance des ménages n’a jamais été aussi bas depuis la récession de 1992 et les séquelles de la crise des subprimes (endettement des ménages, multiplication des expulsions pour cause de défaut de paiement) n’en finissent plus de se faire sentir.
« It’s the economy, stupid ! », avait lancé en 1992 le candidat Bill Clinton contre son rival d’alors, George H.W. Bush, récent vainqueur de la Guerre Froide mais impuissant face à la récession qui touchait les Etats-Unis, et qui ne comprenait pas pourquoi sa cote de popularité surfait avec le plancher. En présentant un programme de relance économique, les démocrates actuels cherchent -- comme Bill Clinton en son temps -- à se démarquer triplement: de l’actuelle présidence, d’une administration qui ne restera pas dans l’histoire pour sa gestion saine, apaisée et consensuelle de l’économie, et du nouvel héritier républicain, John McCain (dont on attend toujours le programme).
HRC à GM (C. Kaster, AP)


Des considérations tactiques expliquent également la focalisation actuelle des candidats sur les problématiques économiques : la perspective de la primaire de l’Ohio le 4 mars (les classes populaires syndicalisées représentent là-bas une bonne partie de l’électorat démocrate) et la recherche de l’endorsment de John Edwards, ancien candidat « populiste » qui avait fait de l’économie et de la pauvreté ses chevaux de bataille.
Les programmes développés par les deux candidats sont tout à fait similaires. De manière générale, Hillary Clinton et Barack Obama acceptent la mondialisation et reconnaissent les délocalisations comme inévitables. Et au grand dam des républicains qui crient au retour du « big government » honni, tous deux veulent étendre les compétences des organismes fédéraux.
Ils proposent de revenir sur les exemptions fiscales accordés par George W. Bush et de réduire l’impôt sur le revenu pour les classes moyennes ; ils condamnent les cadeaux fiscaux octroyés aux entreprises qui délocalisent, jurent de protéger le consommateur face à la voracité des agences de crédit (à l’origine de la crise des subprimes) et cherchent à abaisser -- par des exemptions fiscales principalement -- le coût faramineux des universités (45 000 dollars pour une année à Yale University par exemple).
Les différences sont subtiles, mais elles existent : Barack Obama aimerait établir une National Infrastructure Reinvestment Bank qui financerait la construction et l’amélioration des ponts et des routes (dans un état déplorable pour l’instant) ; Hillary Clinton, quant à elle, s’est faite l’avocate d’un Manufacturing Extension Partnership (programme d’aides aux petits entrepreneurs) ainsi que d’une Financial Product Safety Commission (qui régulerait les prêts octroyés par les organismes bancaires et hypothécaires).

Flint (Michigan), ville sinistrée


Enfin, tous deux disent financer leurs dépenses grâce au retrait des troupes en Irak (ce qui est un argument démagogique, le budget alloué à la guerre étant provisoire -- et d’ordre exceptionnel -- alors que les mesures économiques sont conçues comme permanentes) et surtout par l’abrogation des cadeaux fiscaux aux plus riches ainsi qu’aux entreprises qui délocalisent, mis en place par l’actuelle présidence.
Au final, malgré les attaques récurrentes d’une Hillary Clinton (et d’un John McCain récemment) envers le supposé manque de substance de son adversaire, les deux programmes se ressemblent. Aucune division idéologique ne sépare les deux candidats (au contraire du parti républicain), et si les publicités négatives ne s’accumulent pas, la réconciliation ne devrait pas poser de problèmes.
Scopes
PS : Hillary Clinton vient justement de lancer sur les ondes sa première publicité négative, dans laquelle elle critique sévèrement son rival. A l’approche de la primaire du Wisconsin (19 février), elle cherche à freiner le momentum de son rival, mais il n’est pas dit que ce procédé ne se retourne pas contre elle.
Heureusement, elle a d'autres atouts, comme cette Hillary Girl, qui combat efficacement la désormais célèbre Obama Girl...

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