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Sarkozy sera-t-il entendu pour ses ventes à Kadhafi ?

Publié le 20 décembre 2011 par Juan

Sarkozy sera-t-il entendu pour ses ventes à Kadhafi ? Quand il était ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy avait oeuvré pour vendre du matériel de surveillance à l'immonde régime du colonel Kadhafi. La raison commerciale, en Sarkoland, a ses raisons que la morale réprouve. Nous étions loin des prétendues nécessaires échanges commerciaux entre Etats, fussent-ils des dictatures. Cette fois-ci, il s'agissait d'aider, commercialement, le sale régime du boucher libyen à espionner dissidents et journalistes.
En décembre 2007, Nicolas Sarkozy avait été contraint d'accueillir en grandes pompes le colonel Kadhafi. A l'époque et ensuite, on nous avait expliqué qu'il s'agissait de la contre-partie désagréable mais nécessaire à la négociation réussie de libération des infirmières bulgares. Ces dernières avaient été sorties de leurs geôles libyennes par Cécilia future ex-Sarkozy elle-même, flanquée de Claude Guéant, un certain 26 juillet de la même année.
C'était, souvenez-vous, le premier succès diplomatique de la République irréprochable du Monarque depuis son élection. On avait été à peine surpris quand, le 6 mai 2007 au soir de sa victoire, salle Gaveau, Nicolas Sarkozy avait promis que « la France sera au côté des infirmières bulgares enfermées depuis huit ans ».
Quatre ans plus tard, Nicolas Sarkozy fit la guerre en Libye, pour déloger le colonel Kadhafi. Ce boucher envisageait de massacrer l'opposition (re)naissante à Benghazi et ailleurs. Mais Nicolas Sarkozy avait un autre objectif, se refaire une virginité politique et éthique après l'immense fiasco français lors du printemps arabe en Egypte puis en Tunisie. Il y a quelques jours, le nouveau président tunisien d'une Tunisie démocratique, Moncef Marzouki, n'avait pas de mots assez rudes contre l'ancienne puissance coloniale qui, quelques heures avant la chute de l'autocrate Ben Ali, voulait encore lui livrer du matériel répressif.
La Libye, pour Sarkozy, était donc un chantier stratégique. A coups de tirs chirurgicaux, il eut tôt fait de déstabiliser puis anéantir l'ancien dictateur, sans trop regarder au crédit démocratique d'une opposition rapidement monopolisée par un Conseil auto-proclamé.  Kadhafi fut défait, capturé puis tué. Le pays était soulagé.
Quelques semaines avant cette libération, le site Mediapart révélait une autre face de la diplomatie sarkozyenne. Une face d'autant plus troublante qu'elle était occulte, et qu'elle précédait l'élection de 2007. Nous nous sommes faits l'écho de ces révélations.
Nicolas Sarkozy, quand il était ministre de l'intérieur, avait oeuvré à la conclusion d'un joli contrat d'équipement de matériel de surveillance à la Libye de Kadhafi avec l'espoir, quelques mois avant le scrutin de 2007, de libérer les infirmières bulgares. Quand il était directeur de cabinet d'un autre ministre de l'Intérieur dénommé Nicolas Sarkozy, Claude Guéant négocia même directement la vente d'équipements de sécurité auprès du colonel Kadhafi entre 2005 et 2007. Ces équipements comprenaient un logiciel d'espionnage baptisé Eagle. Autrement dit, en toutes lettres et toute impunité, le colonel Kadhafi a pu espionner grâce à une technologie ... française.
Ziad Takieddine jouait encore les intermédiaires. Il a été, depuis, mis en examen, pour « complicité et recel d'abus de biens sociaux » par les juges Renaud van Ruymbeke et Roger Le Loire dans l'affaire de Karachi.
Le contrat était sobrement baptisé «Homeland Security Program», pour un montant de 26,5 millions d'euros. Mediapart l'avait même publié. Ces ventes ne nécessitaient aucune autorisation particulière, a plus tard expliqué que le programme “Eagle” vendu par Amesys « n'a fait l'objet d'aucune autorisation d'exportation du gouvernement pour la simple et bonne raison qu'il n'est pas considéré comme du matériel de guerre, donc non soumis à une telle autorisation ». Le système comprenait un système de protection des télécommunications dénommé Cryptowall, créé pour éviter un autre système, américain celui-là, d’interception des télécommunications (« Echelon »). En 2009, Philippe Vannier, le patron d'Amesys décoré par Sarkozy, expliquait combien il était trop compliqué d'exporter: « En France, avant de faire une offre, il faut obtenir des autorisations d’une commission interministérielle, ce qui dure souvent deux à trois mois. Les concurrents étrangers nous prennent de vitesse en faisant d’abord l’offre, puis en demandant l’autorisation ».
Le site Mediapart poussait ses révélations plus loin: le candidat à la présidentielle y aurait cherché des financements politiques occultes:

« Grâce à l'appui du ministère français de l'intérieur, Ziad Takieddine a notamment obtenu, en avril 2007, en pleine campagne présidentielle, des commissions occultes sur un marché de livraison de matériel de guerre électronique vendu par la société i2e (filiale du groupe Bull) à la Libye. Sur ce premier contrat, destiné à crypter les communications du régime et à contrer la surveillance des services secrets occidentaux, un montant de 4,5 millions d'euros a été versé à M. Takieddine. D'autres versements suivront. »

Plus étrange, le directeur général d'Amesys, ex-i2e devenue filiale de Bull, lui-même a été décoré de la Légion d'Honneur par Nicolas Sarkozy le 14 juillet 2011.
En septembre dernier, l'association Sherpa a porté plainte contre Amesys pour «atteinte à l'intimité de la vie privée d'autrui». Elle s'appuyait sur les révélations de journalistes du Wall Street Journal et de la BBC qui avaient profité de l'abandon des sites présidentiels libyens pour découvrir d'étranges documents qui révélaient la vente « d'un important dispositif de surveillance à distance destiné à traquer les forces rebelles »
Il y a peu, un procureur de la République a enfin décidé d'ouvrir une enquête préliminaire contre Amesys, après le dépôt de cette plainte. Dominique Moyal, à Aix-en-Provence, a décidé d'ordonner une enquête sur « la vente de matériel de cryptage des communications du régime, des systèmes d'écoute téléphonique, la livraison d'un 4×4 “furtif” au colonel Kadhafi et des équipements ultra-sophistiqués pour permettre l'espionnage de l'internet libyen, grâce à un logiciel nommé “Eagle” » rapportait Mediapart.
Car l'association Sherpa est têtue: elle a vérifié. Comme le rappelle Mediapart, l'article 226 du code pénal stipule que « la fabrication, l'importation, la détention, l'exposition, l'offre, la location ou la vente » de systèmes « permettant de porter atteinte à l'intimité de la vie privée et au secret des correspondances »  sont «soumis à une autorisation délivrée par le Premier ministre». En Libye, le système Amesys a-t-il servi à réprimer ? Bien sûr. C'est prouvé, notamment par l'enquête d'un torchon gauchiste baptisé... Le Wall Street Journal.
Fichtre !
Amesys est une entreprise formidable, nous révélait Mediapart. Accrochez-vous.

« Le groupe est favorablement connu pour avoir déjà vendu ses systèmes d'espionnage, en France, à différents services des ministères de la défense et de l'intérieur. Et la directrice de la communication chez Bull, Tiphaine Hecketsweiler, est aussi la fille de Gérard Longuet, le ministre de la défense – ils sont arrivés à leurs postes respectifs au début 2011. Henri Conze, l'ancien délégué généralde l'armement (DGA) sous Balladur, est lui-même entré au capital en 2010. »

Tiphaine Hecketsweiler a rejoint Bull comme directrice de la communication l'an dernier. Elle travaillait auparavant chez Image 7, l'agence d'Anne Meaux, en charge de la communication d'Arcelor Mittal, BPCE, Bio Mérieux et Thales.
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