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Les caractères de la politique (5) : l’Inquisiteur

Publié le 20 décembre 2011 par Variae

Quand il parle, le sang de son auditoire se glace. Le son de sa voix instille le doute. Son regard vaut accusation. Qu’il s’adresse à vous, et c’est déjà la condamnation. Juge, juré, exécuteur tout à la fois, il est la Justice en marche et en colère. C’est l’inquisiteur.

 

Les caractères de la politique (5) : l’Inquisiteur

Toute son histoire tourne autour de la justice, dont il a fait à la fois sa martingale électorale, son identité politique et sa vertu. LA vertu. La justice, chez lui, ne se décline pas : elle peut bien être sociale pour d’autre, cela n’est pas sa priorité ; c’est le judiciaire, le pénal, le carcéral qui le passionnent et l’enflamment. Il parle de ses adversaires comme on lirait un casier judiciaire, en rappelant leurs fautes, leurs condamnations, leur passif. Au sujet d’untel : « je le connais bien, je l’ai mis en examen ! ». Au sujet d’un autre : « je ne vous permets pas de dire que c’est un Républicain, c’est un délinquant, il a été condamné ! ». Chacun regarde ses souliers et se surprend à faire son examen de conscience, pour se demander s’il n’a pas, au fond, quelque chose à se reprocher, un vol de bonbon, une heure de travail au noir non déclarée. Qui peut encore se sentir honnête face à l’incarnation de la Pureté ? Car c’est l’angle mort et le présupposé de la posture de l’Inquisiteur : lui-même n’a rien à se reprocher. C’est tellement évident que sur le coup, personne ne s’interroge. Qui oserait seulement poser la question face au porteur du feu purificateur, qui verra en vous au pire un coupable, au mieux un complice, par le simple fait que vous avez pu le remettre en doute ! Ah vous voilà bien, vous le sbire, le suppôt, des politiciens décadents et corrompus contre lesquels l’Inquisiteur fait campagne au risque de sa carrière et même de sa vie ! Et n’insistez pas trop, ou il trouvera bien quelque chose à redire de votre passé.

A dire vrai, l’Inquisiteur fait plus qu’investir le judiciaire comme thématique électorale : il l’élève au-dessus de la politique, comme objectif ultime de sa démarche. Tout le reste devient secondaire et accessoire. Il ne s’adresse d’ailleurs à pas des gens en chair et en os, mais à des concepts. « La Corruption », par exemple, qu’il faut combattre, et qui menace le pays tout entier. Elle est une et indivisible, qu’on la décèle dans une petite malversation locale ou dans un grand scandale d’Etat. Qui vole un œuf vole un bœuf, qui vole un bœuf tue un keuf. Emplois fictifs municipaux, financement illégal de campagne électorale avec des marchands d’armes, tout est pareil, tout est dans tout, autant de matérialisations de la Corruption avec un grand C qui ronge le Système avec un grand S. Que pèse le clivage droite/gauche à ses yeux ? Infiniment moins que celui entre coupables et innocents. Sa liste des premiers s’allonge sans cesse, on y entre pour ne jamais en ressortir. On ne trouvera les seconds nulle part ailleurs que dans son entourage – bien entendu.

L’Inquisiteur a un terreau politique potentiellement infini, car qui peut être contre la justice, ou pour la corruption ? Il voguera de scandale en scandale,  d‘affaire en affaire, de révélation en révélation, traquant le moindre écart pour justifier sa croisade et organiser son omniprésence, élevant la suspicion au rang de certitude systématique. Jusqu’à ce que les gens se lassent – et que l’intérêt général reprenne ses droits.

Romain Pigenel

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