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L’actualité qui gave

Publié le 20 décembre 2011 par Legraoully @legraoully
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L’actualité qui gave

 » J’ai des principes. Si vous ne les aimez pas je peux en avoir d’autres »

Groucho Marx

Dérogeons à notre habitude formelle de consacrer trois paragraphes à un seul sujet. En bon chroniqueur immondain et décroissant, mon coeur se serre en pensant à l’insupportable gâchis que réprésente la relégation d’autres actualités à de prochains épisodes qui ne viendront sans doute jamais. Ou alors à raison de deux par recueil quand on publiera mon oeuvre à titre posthume, pour que mes héritiers puissent s’acheter une paillotte à Saint Barthélémy. Puisque les menus roboratifs sont de saison, j’ai préparé un condensé d’information qui vous dispensera de lire « Metro » demain dans les transports en commun, ce qui devrait épargner des arbres, des espaces publicitaires inutiles et le travail des vrais journalistes qui ne se contentent pas de téter le robinet de l’AFP.

Tout d’abord, puisqu’on est dans le posthume, prenons un petit apéritif à la mémoire de Kim Jong-Il. En plus, ça ne fait pas grossir: certes, le régime du défunt dictateur nord-coréen était horrible, mais en terme de maintien de la ligne, il était autrement plus efficace que le régime Dukan. On aimerait bien trinquer à la liberté recouvrée de la population, mais la mode des casquettes géantes est encore loin d’être dépassée, et la plus grande des casernes en plein air n’est pas encore en passe de fêter Noël avec force plats hypercaloriques et bêtisiers télévisuels. Si on a coutume de dire qu’en France on sème des fonctionnaires et il pousse des impôts, dans la plupart des pays du monde on plante des dictateurs et il pousse des militaires.

Passons à  l’entrée, mais restons dans les coupe-faim. L’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé (l’AFSSAPS), qui s’était montrée plutôt bienveillante avec les laboratoires Servier dans l’affaire du Médiator, s’est encore pris les pattes dans le tube à essai. Le Figaro.fr accuse l’un des responsables de l’agence d’avoir perçu 1,2 millions d’euros entre 2001 et 2009, comme quoi le Médiator n’a pas coupé l’appétit de tout le monde. A peine l’AFSSAPS enterrée par un projet de loi visant à modifier les modalités de contrôle et de mise sur le marché du médicament, qu’un nouveau scandale sanitaire éclate, comme les prothèses mammaires qui en sont l’objet. Environ 30000 femmes sont invitées à se faire retirer des prothèses qui auraient déjà provoqué huit cas de cancer. Même si la Sécurité sociale ne remboursera que les opérations reconstructrices, on imagine qu’avant que le producteur ne soit traduit en justice, les victimes et la caisse nationale d’assurance maladie seront passées au mixer du triple A indispensable à la survie de l’espèce sauf en période électorale. En tout cas, entre ces infameuses prothèses et les tétines au Bisphénol A, on espère que les enfants feront vite leurs dents cette année.

Comme de juste en ces soirs de fêtes, après l’entrée vient la dinde. Que les malheureux volatiles qui servent de victimes expiatoires à l’anniversaire de Jésus et à la fête à Sylvestre me pardonnent cet amalgame insultant, mais Nadine Morano et Valérie Rosso-Debord ne sont plus les seules blondes à nous gaver à longueur d’année. Valérie Pécresse qui tient absolument à avoir sa pomme au tableau d’honneur du sarkozysme intégriste, mériterait bien d’être cuisinée aux marrons. Non contente se prendre pour Claude Guéant en promettant aux ressortissants du futur Grand Paris de débarasser la ville des banlieusards, elle a tenté de piquer dans la caisse du logement social pour acheter des gilets pare-balles aux poulets (par solidarité volaillère, sans doute). Laurent Wauquiez et son regard aussi expressif que celui du dindon qui médite n’est pas en reste, en essayant d’enterrer la loi SRU (dont l’article 55 impose 20% de logements sociaux aux communes) en proposant de donner la priorité aux salariés dans l’accès au logement social. Pas de bol, la sauce ne prend pas et la tactique sarkozyenne visant à opposer classes populaires et classes moyennes n’a pas encore l’air de fonctionner. Sans doute parce qu’il y a de moins en moins de classes moyennes et de plus en plus de classes populaires (j’utilise le mot « populaire » au lieu de dire « pauvres », ça doit être la magie de Noël).

On le voit d’ailleurs en ce moment dans la gestion hasardeuse des grèves du personnel aéroportuaire par le gouvernement. Nathalie Kosciuzko-Morizet ressort la plus vieille antienne de la droite et accuse les grévistes de prendre les voyageurs en otage pendant les fêtes. Dis-donc, ma petite dame, est-ce qu’on nous prendrait pas aussi un tout petit peu en otage avec ces fêtes de fin d’année où l’on consomme en 15 jours plus qu’Haïti en six ans et où on nous impose les bondieuseries millénaires (en pays laïc) et les sempiternelles niaiseries télévisuelles, sous prétexte de faire plaisir à des enfants gâtés qui n’ont pas encore la joie de devoir travailler pour vivre? Est-ce que les vrais otages de par le monde, ne préfèreraient pas glander douze heures à l’aéroport plutôt que de partager un rat grillé avec les souriants soudards des FARC ou d’Aqmi? La Droite Populaire, toujours en retard sur son siècle, veut faire interdire les grèves pendant les vacances, et Claude Guéant, toujours en avance sur le Front National, veut envoyer les keufs faire la sécurité à Roissy, autrement dit employer des fonctionnaires pour compenser le fait que des compagnies privées sous-payent leurs salariés? Est-ce que c’est comme ça qu’on va garder notre triple A qui empêche la couche d’ozone de se trouer davantage et les pétroliers de transformer la Bretagne en pays membre de l’OPEP?

Finissons par une petite douceur. La Turquie a envoyé une délégation de parlementaires en France pour s’assurer que nos députés ne racontent pas de conneries sur le génocide arménien. En effet, l’Arménien est maladroit et ne fait rien qu’à tomber sur des objets coupants ou explosifs, et en ces jours voués à la réconciliation et à la joie dans le monde, il serait malvenu de chipoter sur les détails. Le projet de loi ne vise pourtant personne et évoque simplement la condamnation du négationnisme envers tous les génocides reconnus par l’ONU. Pourtant, il s’est trouvé des députés, plutôt du côté droit et populiste de l’hémicycle, qui trouvent que la France n’a pas à s’en laisser conter et doit rester indifférente aux pressions stambouliotes. Pour une fois, ils ont le nez creux, les bourrins de l’UMP. Si le négationnisme envers tous les crimes contre l’humanité doivent être condamnés, il va falloir réécrire nos livres d’histoire dans les grandes largeurs. Et on n’a pas fini d’ajouter des chapitres.

Dans un prochain épisode, nous souhaiterons ne pas vous avoir coupé l’appétit avec notre petite cuisine. Et on s’étonnera que DSK n’ait pas souhaité participer aux opérations de pompage dans le Morbihan (c’est la blague de fin de banquet).

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