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A corps perdus...

Publié le 25 février 2008 par Rogerroger
Il est d’usage de qualifier un « expat » (un « roladji », un étranger) resté trop longtemps sur le terrain afghan de « cramé ».
« Damien est cramé » ou « Pierre-François a besoin d’un break » : l’Afghanistan use.
Il ne s’agit pas seulement de l’ingurgitation abondante d’alcool ou autre psychotrope. Tout le pays s’y met pour agresser sans relâche nos corps (nos esprits aussi – mais ce sujet est abondamment traité par ailleurs).
S’il est inconvenant d’évoquer nos inconforts de riches alors que les Afghans souffrent longtemps et meurent tôt, on ne peut passer sous silence ce qui nous menace ici, sans rémission possible : la décrépitude accélérée.
Kaboul est une ville sèche, très sèche, sale, très sale, poussiéreuse, balayée, selon les saisons, par des vents glaciaux, ou brûlants, ensevelie sous les miasmes, excrétions, excréments, chiures, pourritures… Sans parler de la présence effarouchée et tenace de toutes sortes de bêtes : chiens errants, chats sauvages, rats voraces, cafards têtus…
Nous avalons, inhalons, absorbons… sans trêve, cette bourrasque d’émanations putrides, de fumées toxiques, de crasse collante… Et que dire des fortes odeurs corporelles, dans cette ville où l’eau est rare ? Et des relents entêtants de vieille bidoche de mouton ? Ça pue.
Les conséquences sont là : crottes de nez à profusion ; mains noires ; pieds lardés de crevasses ; gerçures ; cheveux ternes… Mais il y a pire : des maladies de peau non répertoriés dans nos sociétés hygiéniques nous guettent à chaque instant, au détour de chaque latrine, de chaque dépôt d’immondices. Nos systèmes digestifs explosent. « Damien a choppé un énorme abcès au foie » ou « Pierre-François héberge des amibes très rares ». Entre les chaînes du froid inexistantes, les congélateurs incertains, les mains sales… une seule précaution : ne plus manger. Même à La Joie de Vivre, l’hygiène des cuisines était des plus aléatoires, mais bon… Qui s’en plaignait ? Il suffisait d’anticiper à coups d’Immodium pour passer outre ces menus tracas du quotidien.
Tout n’est pas noir, pour autant.
Surmontant momentanément ma phobie des mycoses, j’ai partagé, à quelques rares reprises, le simple rituel hebdomadaire du hammam avec des amis afghans.
Moments privilégiés où les corps dénudés et propres, s’aspergent, s’ébrouent, respirent enfin, loin des convenances sociales, débarrassés de toutes ces frusques superposées et des pieuses pudeurs.
Un moment pur comme la neige des sommets qui, l’hiver, donne à Kaboul sa parure immaculée.

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