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L’humour anglais

Publié le 01 janvier 2012 par Alex75

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Dans l’actualité de la zone euro, à l’échelle européenne, le premier ministre britannique, conservateur rappelons-le, David Cameron, a défendu, becs et ongles devant les députés des communes, son véto contre un nouveau traité européen. D’ailleurs, il est le seul dirigeant concerné à s’être opposé, vendredi 8 décembre, à ce nouveau traité européen destiné à sauver l’euro. « Je n’ai pas d’excuses à donner », a martelé David Cameron, en ajoutant qu’il était allé à Bruxelles, avec un seul objectif : « protéger l’intérêt national britannique ». C’est une parenthèse qui se clôt, une parenthèse de près de quarante ans. Bien-sûr officiellement, le Royaume-Uni n’est pas sorti de l’UE, où il est entré en 1973. David Cameron peut légitimement le proclamer. Mais qu’il le veuille ou non, il a ainsi donné le signe que désormais, leur chemin se séparer. C’est ainsi, à juste titre vraisemblablement, que l’ont compris Sarkozy et Merkel, et c’est ainsi que que l’ont compris également, les parlementaires anglais.

La City est le prétexte officiel de la rupture. Les Etats européens veulent enfin réguler un peu, une finance dont les débordements exubérants, les auront mis à la torture. Mais les Anglais ne peuvent pas se permettre de voir partir pour Singapour ou ailleurs, une activité économique qui représente 13 % de la richesse nationale et 300 000 emplois. Mais la City, c’est davantage que des chiffres. La City est un symbole, un esprit, une histoire, vieille histoire. C’est la City qui finança les guerres contre Louis XIV et Napoléon.  C’est la City qui est aujourd’hui la vraie mère patrie de tous les paradis fiscaux de la planète. Depuis le « Big Bang » de 1986, les activités financières de la City ont gagné à nouveau du terrain, en particulier face à sa grande concurrente, la Big Apple. Sur les échanges de dérivés de gré à gré, la part de marché de la City est ainsi passée de 27 % en 1995 à 43 % en 2004. Un cinquième des actifs des hedge funds sont gérés par la City -dont 80 % des actifs des fonds européens-, alors qu’ils n’étaient que 20 % en 2002. Aujourd’hui, la City est la première place financière du monde, en ce qui concerne les devises et son avance ne cesse de progresser, en dépit des problèmes liés à la Norther Rock, à la faveur de la crise de 2008, ayant pu faire naître des inquiétudes chez certains. « C’est la City qui incarne ce goût du grand large, cette idéologie libérale et mondialisée, qu’elle a fini par insuffler aux institutions européennes de Bruxelles ». Au cours d’une fameuse dispute l’ayant opposé, en 1942, au général de Gaulle, Winston Churchill avait ainsi prononcé ses paroles prophétiques : « Entre vous et le grand large, nous choisirons toujours le grand large », c’est-à-dire l’Atlantique, c’est-à-dire les Etats-Unis.

Dans son célèbre « c’était de Gaulle », Alain Peyrefitte rapporte cette confidence lumineuse du général : « En raison de sa géographie, l’Angleterre n’a jamais admis, ni de voir le continent s’unir, ni de se confondre avec lui ». « Diviser pour règner », « Divide e impera ».On peut même dire que depuis huit siècle, toute l’histoire de l’Europe est là. Certes, la Grande-Bretagne reste quand même, un membre à part entière de l’Union européenne. Mais les Anglais peuvent désormais partir, parce qu’ils ont une fois de plus gagné. Lorsque le général de Gaulle leur refusait obstinément l’entrée du marché commun (« l’Angleterre : « cheval de Troie des Etats-Unis en Europe »), c’était, avant tout, au nom de la défense de la politique agricole commune, et de ce tarif extérieur commun qui faisait passer alors l’Europe des six pour une forteresse protectionniste, presque un nouveau blocus continental. Depuis la PAC a été désactivée et la forteresse Europe est le continent le plus ouvert, le plus offert aux produits étrangers. Au passage, les Anglais ont obtenu que l’anglais remplace le français comme la langue des travaux communautaires, et que le droit anglo-saxon concurrence le droit civil. Les Anglais n’ont jamais cru aux chimères des Etats-Unis d’Europe, peut-être parce qu’ils étaient trop liés aux Etats-Unis d’Amérique, n’ont jamais signé ces accords de Schengen, dont Sarkozy ne sait plus comment se débarrasser. N’ayant pas adopté l’euro, ils otn pu dévaluer la livre de 30 % et empruntent sur les marchés, à des taux inférieurs à ceux de l’Allemagne. Ils contestent désormais l’impérium juridique de la Cour européenne des droits de l’homme, qui corsètent notre politique judiciaire et d’immigration.

L’Europe n’est pour eux qu’un grand marché, où cette nation avant tout commerçante, « cette nation de boutiquiers » se sent comme un poisson dans l’eau. Quand Georges Pompidou les laissa entrer dans le marché commun, c’était pour faire contrepoids à une Allemagne de l’ouest, dont il craignait déjà la puissance. Quarante ans plus tard, les Anglais nous laissent à notre tête désiquilibrée, avec les héritiers de Bismarck. « C’est ce que l’on doit appeler l’humour anglais ».

   J. D.


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