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Une guerre taille « patrons »

Publié le 04 mars 2008 par Rene Lanouille

Une guerre taille « patrons »

Rien ne va plus au chiquissime syndicat des patrons. Denis Gauthier-Sauvagnac, président de l’Union des Industries et Métiers de la Métallurgie a encore fait parler de lui. Alors que l’on attendait des éclaircissements sur les retraits en liquide en 2000 et 2007 (près de 19 millions …), il a, en décembre 2007, tranquillement négocié son départ et son silence pour 1,5 millions d’Euro.

Il était déjà extrêmement indécent de voir le traitement de faveur dont a bénéficié Denis Gauthier-Sauvagnac : maintenu dans ses fonctions malgré les terribles accusations qui pesaient sur lui , il n’a eu à subir qu’une petite garde à vue suivie d’une logique mise en examen (pour abus de confiance). Jerôme Kerviel, lui, est tombé illico sur la case prison.

Et ce n’est pas fini. Le site backchich nous apprend que DGS aurait acheté à Paris (rue de Courcelles) un immeuble de 10 millions d’euros en Octobre 2007 sans que tous les membres du bureau soient au courant.

L’affaire prend des allures de drame national. A un tel point que Laurence Parisot, a écourté ses vacances. Même Dominique Voynet ne l’avait pas fait lors de la catastrophe de l’Erika. C’est vous dire. Si tout cela n’était pas aussi grave on en rirait presque. Laurence Parisot, ivre de rage jetant ses skis dans le coffre de sa voiture et démarrant en trombe. (Un peu comme Grégory Coupet, le gardien de l’OL, pendant le stage d’avant coupe du monde 2006)

A peine rentrée, la présidente du MEDEF a choisi de croiser le fer et s’en est prise directement à la fédération de la métallurgie, appelant ses membres à démissionner.

Une guerre larvée qui prend corps

Car la guerre entre « moderne » et « classique » est déclarée dans le patronat français. Déjà en décembre 2007, couvait au sein de l’organisation patronale un climat propice au conflit. Vociférations de chefs blessés, mises en cause, demandes de démission jusqu’au bouquet final : le dernier carré de fidèles de DGS se réunit en petit comité (méthode qu’apprécie pourtant Laurence Parisot…) et assure une sortie honorable pour l’homme par qui le scandale est arrivé.

De quoi, effectivement, mettre la présidente du MEDEF dans une ire terrible. Ce n’est pas seulement l’image du Patronat français qui est écornée mais toute sa stratégie, planifiée depuis deux ans, qui s’évapore. Elle voulait redorer l’image des patrons, rendre le MEDEF plus humain (pas dur, après le baron Seillière). Il faut tout recommencer à zéro. Ce qui tombe bien, finalement puisqu’elle a déclaré ce week-end vouloir tout « remettre à plat ». Et elle a besoin d’agir vite et fort, afin d’éviter le « patrons : tous pourris » qui guettent dans l’opinion.

Dans cette démarche, de grands patrons la soutiennent : Anne Lauvergeon PDG d’Avera, Christian Streiff, le dirigeant de PSA, Jean-Paul Béchat, ancien président de Safran, Geoffroy Roux de Béziers de CroissancePlus (association de chefs d’entreprise) mais aussi des députés et des syndicalistes de tout bord. De leur côté, avocats et affidés de DGS sortent à leur tour les surins. Ils appellent notamment la présidente du MEDEF à « garder son sang-froid » et ne comprennent pas « cette véhémence ». D’autres, redoutant une reprise en main musclée, « balancent » et rappellent que le père de celle-ci a bien connu l’UIMM et donc qu’elle est censée connaître les pratiques de l’UIMM. Procédé ignoble et détestable.

Un silence général vraiment troublant…

Il y a des comportements qui ne sont plus supportables. Contrairement à ce que disent certains, il n’y a pas eu « omerta » d’un petit nombre car beaucoup savaient.

Rappelons encore, que dans cette affaire, on ne se demande pas qui était au courant mais plutôt qui ne l’était pas. Pour les salariés à qui l’on demande toujours plus de transparence et de sacrifice, il s’agit là d’une mystification de grande ampleur, touchant autant les milieux économiques, la sphère politique et les médias. Ce vaste concours de dissimulation et d’hypocrisie (qui ne dit mot, consent) aura finalement transcendé les clivages de tous ordres.

Yvon Gattaz, président du Conseil National du Patronat Français (CNPF) de 1981 à 1986, a affirmé que l’argent "donné de la main à la main" par le patronat a toujours été un "mode de financement normal" des syndicats.

Invité, dimanche 2 mars, de l’émission « dimanche + » sur canal +, Julien Dray du PS n’a pas dit autre chose. Il nous dit qu’il était au courant de ces pratiques « par des rumeurs ». Tout en rajoutant à la présentatrice Laurence Ferrari : « vous savez, l’U.I.M.M avait comme ancêtre le comité des Forges, qui combattait avec virulence le Front Populaire, alors vous comprenez… » (Et bien non, Julien, on ne comprend pas).

Un ancien chauffeur de l’UIMM va plus loin et a déclaré : tout le monde savait que des espèces circulaient en grand nombre.

Enfin le plus beau pour la fin, dans son livre publié en octobre 2007, « Je ne sais rien ... mais je dirai tout » Yves Bertrand, ancien directeur central des Renseignements généraux (DCRG) affirme que des « enveloppes » de l’UIMM auraient servi à la campagne de Valéry Giscard d’Estaing en 1974…

Que nous reste t-il encore à découvrir ?

Le PC nous dit ce week-end qu’il y a « quelque chose de pourri au royaume du MEDEF ». Son dogmatisme l’empêche certainement de qualifier les choses plus justement : il y a quelque chose de fétide dans le système français.

Que va t-il se passer maintenant ?

La seule qui puisse changer ce système, c’est Laurence Parisot. En se mettant en opposition avec les acteurs de ces pratiques aussi ancestrales que délictueuses, elle se doit maintenant de proposer une nouvelle vision des rapports syndicaux basé sur la transparence (du financement, notamment) et sur la mise en place d’une véritable représentativité des syndicats. Cela aurait le mérite de clarifier la nature et la finalité des négociations et de rendre celles-ci plus légitimes. Il faut maintenant espérer que le gouvernement la soutienne réellement dans sa tâche.

Mais déjà on dirait que la peur a changé de camp. Laurence Parisot doit aujourd’hui rencontrer Frédéric Saint-Geours, le nouveau président de l’UIMM. Réunie en urgence hier, la direction de l’UIMM a décidé en urgence un "réexamen" des indemnités de Gautier-Sauvagnac.

L’un après l’autre, ils vont voir arriver une femme vengeresse, en combinaison jaune à bandes noires, un sabre à la main…Tremblez ! tremblez !

par Arnaud


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