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Lock-out à l'aluminerie Rio Tinto Alcan d'Alma

Publié le 01 janvier 2012 par Plusnet
Lock-out à l'aluminerie Rio Tinto Alcan d'Alma
La porte-parole de la compagnie, Claudine Gagnon, a officialisé l'annonce aux alentours de 1h20 du matin en entrevue avec Le Quotidien. Elle s'est contentée de souligner que le déclenchement d'un lock-out est une immense déception pour la multinationale qui regrette d'en être rendue à ce point.
Le président du Syndicat des travailleurs de l'aluminium d'Alma, Marc Maltais, n'était pas surpris de la décision de la compagnie. «On n'avait pas encore l'officialisation que le lock-out était déclenché, a-t-il affirmé en point de presse peu après l'annonce. Au moment où on se parlait, c'était encore un lock-out déguisé. Maitenant, on a la confirmation aujourd'hui que c'est l'employeur qui nous embarre dehors. Nous autres, malgré ce qui a circulé aujourd'hui, on était prêts à négocier.»
Marc Maltais ne perd pas espoir de s'entendre avec la partie patronale. «Moi je suis du côté des positifs. Il peut y avoir un règlement rapide, l'employeur a juste à entendre raison, a-t-il lancé. Il n'a qu'à voir la détermination et la ferveur qu'on a. Il va falloir que l'employeur revoie ses positions et s'il ne le fait pas, il vivra avec les conséquences.»
Rio Tinto Alcan (RTA) avait fait paraître un communiqué en début soirée sur le site web de l'usine. «L'équipe de négociation de l'Usine Alma et la direction de Rio Tinto Alcan regrettent que le syndicat ait décidé de quitter la table de négociations. Les représentants de l'entreprise demeurent disponibles pour poursuivre les discussions à l'intérieur des balises qui permettront de préserver la compétitivité de l'Usine Alma», pouvait-on y lire.
Longue marche
À l'approche du coup de minuit, environ 200 travailleurs ont fait le traditionnel décompte de la fin d'année pour souligner l'échéance de leur convention collective.
À ce moment-là, la multinationale de l'aluminium laissait toujours planer le doute quant à son intention de déclencher un lock-out, selon les informations que les représentants syndicaux ont transmises à leurs troupes. «On n'a pas encore reçu d'avis officiel annonçant un lock-out. Rien ne nous empêche cependant d'aller vérifier si on a encore une job», a-t-il lancé quelques secondes plus tard, sous les applaudissements des travailleurs présents.
Refusant de déclencher une grève, les syndiqués qui devaient normalement entrer au travail de minuit à 8h dans la nuit de samedi à dimanche se sont alors dirigés vers l'entrée des travailleurs de l'Usine Alma pour entrer en poste. Ils ont été suivis par leurs collègues présents sur place.
Ils ont quitté leur ligne de piquetage, érigée sur le chemin principal donnant accès à l'usine, à l'angle de la rue des Pins et de l'avenue Boudreault, et ont suivi d'un bon pas leur leader syndical qui avait pris la tête du groupe.
Ils ont traversé les quelques deux kilomètres qui les séparaient de l'entrée des travailleurs en répétant en choeur «On veut travailler!» ainsi que l'habituel «So-so-so...Solidarité!», sous la surveillance de plusieurs gardiens de RTA qui circulaient en camionnette.
À quelques dizaines de mètres de l'entrée, Marc Maltais s'est arrêté pour lancer un ultime appel pour éviter le lock-out. «Même s'il n'y a pas d'entente, on a toujours un contrat de travail, a-t-il rappelé, en regardant la quinzaine de gardiens de sécurité qui fixaient les travailleurs sans broncher de l'autre côté de la grille. Le syndicat n'a toujours pas décrété une grève. On est prêt à négocier encore. On a des jobs, et on veut rentrer prendre notre job!» Les travailleurs ont rapidement franchi la distance qui les séparait de l'entrée clôturée.
Frustration
Voyant que les grilles étaient verrouillées et que les gardiens ne bronchaient pas devant leur demande d'ouvrir les portes pour les laisser rentrer au travail, les syndiqués ont échangé des injures avec les gardiens avant de secouer violemment la clôture. Hormis ces quelques moments de frustration, les troupes sont demeurées calmes et ont évité les débordements, comme leur avaient demandé leurs représentants syndicaux à plusieurs reprises dans la soirée
Après avoir reçu un coup de fil du directeur canadien des ressources humaines de RTA, Gilles Dolbec, Marc Maltais a annoncé devant la barrière à ses travailleurs qu'un lock-out venait d'être décrété. À ce moment, deux travailleurs revêtant le chandail orange des syndiqués ont été aperçus de l'autre côté de la grille. Ils ont rapidement été interceptés par les gardiens, qui ont fini par les ramener à l'extérieur sous les cris des syndiqués.
Les 200 travailleurs ont fait le chemin inverse pour regagner leur ligne de piquetage. Ils étaient plus silencieux au retour, mais ne semblaient pas surpris, ni déçus par le déroulement de la situation.
«Je suis très satisfait du comportement de mes troupes, étant donné qu'il y avait 200 travailleurs et que les gens se sont fait provoquer, a affirmé Marc Maltais à l'arrivée sur la ligne de piquetage. Ces gens-là se sont fait provoquer, il y a moins de 24 heures. Ils se sont fait sortir de l'usine comme des chiens pas de médailles. Pour les gars qui sont entrés de l'autre côté des grilles, j'espère qu'ils n'auront pas de sanction. Encore une fois, Rio Tinto choisira ses combats. Pour nous, c'était important qu'ils sortent de là. On est une grande famille et on ne les aurait jamais laissés derrière.»
Veille du Jour de l'An
La soirée s'annonçait plutôt calme sur les lignes de piquetage samedi, jusqu'à ce qu'une fourgonnette remplie d'une dizaine de gardiens de sécurité annonce son intention de se rendre à l'usine. Les syndiqués ont vigoureusement fait connaître leur mécontentement au conducteur du véhicule et aux passagers.
La fourgonnette est arrivée vers 7h00, s'est stationnée en retrait de l'entrée en espérant pouvoir se diriger vers l'usine plus tard en soirée. Les gardiens ont finalement rebroussé chemin vers 9h30, sous les applaudissements des travailleurs.
Plusieurs syndiqués ont affirmé avoir vu des hélicoptères effectuer des allers-retours vers l'usine dans la journée. Selon eux, la multinationale tentait de faire pénétrer du personnel en soirée par la voie terrestre, puisque les hélicoptères ne peuvent voler de nuit.
Pendant la soirée, les syndiqués se réchauffaient autour de feux de camp tout en écoutant de la musique pour attendre l'année 2012. Plusieurs discutaient avec amertume de l'expulsion des travailleurs qui s'est déroulée dans la nuit de vendredi à samedi.
Rappel des faits
Les négociations entre les parties patronales et syndicales ont été rompues samedi matin, moins de deux heures après la reprise des pourparlers à 9h00. Les deux parties, qui sont restées campées sur leurs positions, n'ont pu arriver à une entente à un peu plus de 12 heures avant l'échéance de la convention collective des quelque 780 travailleurs de l'aluminium d'Alma.
Les questions du plancher d'emploi et la sous-traitance sont au coeur du conflit. La multinationale affirme ne pas vouloir aller plus loin que les offres déjà soumises, pour ne pas freiner le développement de l'Usine Alma et mettre en péril sa compétitivité.
Rappelons que les trois accréditations syndicales de l'Usine Alma ont rejeté les dernières offres patronales à 88%. Après l'annonce des résultats vendredi matin, le médiateur du ministère du Travail avait immédiatement convoqué les deux parties à la table des négociations à 15h.
Les négociations se sont terminées tard vendredi soir à 0h30, quinze minutes seulement avant que 150 agents de sécurité mandatés par Rio Tinto Alcan n'envahissent l'Usine Alma pour ordonner aux travailleurs de quitter les lieux.
Expulsion des travailleurs
L'expulsion des travailleurs s'est faite de façon sauvage, selon ce qu'a rapporté Marc Maltais. «Ils ont sorti le monde en maudits sauvages, a-t-il affirmé en entrevue avec Le Quotidien, à 3h du matin dans la nuit de vendredi à samedi. Ils leur ont donné des sacs de poubelles dans lesquels étaient leurs vêtements et leur ont dit de partir sur-le-champ. C'est un lock-out déguisé.»
La multinationale a justifié sa décision en affirmant vouloir protéger ses installations d'Alma, dont la valeur est estimée à trois milliards de dollars, d'éventuels incendies ou incidents.
«Cette décision vise à éviter que des équipements soient endommagés en raison de la perte de contrôle du procédé. Un arrêt non contrôlé du procédé pourrait avoir des impacts significatifs sur l'environnement et rendre plus complexes et plus coûteuses les procédures de redémarrage», a soutenu Rio Tinto Alcan dans un communiqué publié sur le site web de l'usine au petit matin samedi.
Les employés qui devaient prendre la relève ont été libérés. Ils seront rémunérés, tel que le prévoyait la convention collective maintenant échue. Une centaine de cadres ont été appelés au travail samedi pour compléter l'équipe de l'usine et maintenir les opérations.
L'Usine Alma figure au quatrième rang des plus importantes installations de la multinationale avec une production annuelle de 460 000 tonnes d'aluminium.
Source : Cyberpresse

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