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Cultiver la saine confrontation

Publié le 02 janvier 2012 par Do22 @DominiqueJeann

Un jeune se structure à l'intérieur d'une relation faite de gratifications et de frustration, face à laquelle il peut se soumettre, s'opposer ... ou se confronter.

Il va grandir à l'école en cherchant en permanence à s'identifier, ou encore à lutter contre les enseignants ou les institutions. Afin de se structurer, il devra rencontrer des repères, des balises. Pour les enseignants, il ne s'agit pas de se transformer en parent, ce n'est pu leur rôle. Disons plutôt qu'à défaut de père (fonction structurante de la relation). ce sont des "re-pères" dont les jeunes ont besoin pour développer une attitude de liberté. Et ça, c'est du domaine des enseignants.

La rencontre des différences 

La confrontation permet la rencontre des différences. Elle invite au changement et au dépassement de ces différences. Elle laisse germer des réajustements possibles. Chaque fois que 1'on peut proposer des relations de saine confrontation, on se donne plus d'espace pour grandir. Il n'est point besoin de disqualifier l'autre ou de le juger, de dénier le point de vue, de s'opposer lui ... Il faut plutôt vérifier notre capacité d'apposer notre point de vue sur celui de l'autre. Une seule lettre entre opposition et apposition, et pourtant cette différence crée les possibles d'un échange et d'une évolution mutuelle.

Au-delà de la rencontre, chaque enseignant ou chaque élève arrive en classe avec son histoire, ses attentes, ses zones d'intolérance. La relation se construit dans la saine confrontation entre les apports (ce que l'on peut apporter) et les zones d'intolérance de l'autre. Cette relation se vit également selon trois registres qu'il faut apprendre à identifier afin de ne pas les confondre: le registre de la relation qui représente la dimension relationnelle " Demander / Donner / Recevoir / Refuser", le registre des sentiments qui représente la dimension affective, émotionnelle et le registre du désir qui est fait pour être dit, entendu mais pu nécessairement comblé.

Charte relationnelle : une opportunité de liberté

L'élaboration d'une charte de vie relationnelle à l'école est un moyen qui permet aux élèves et aux enseignants de définir séparément leurs apports, leurs limites et leurs zones d'intolérance. Elle peut être rédigée en début d'année scolaire, puis revisitée et réactualisée régulièrement au cours des différentes phases qui marquent les étapes de la vie ensemble.

Les élèves comme les enseignants ont des apports qui méritent d'être exprimés et mis en valeur en actes concrets. Ils ont aussi des attentes qu'il est possible de différencier en besoins et en désirs. En travaillant à mettre sur pied cette charte, si les élèves expriment leurs attentes, les enseignants en profitent pour différencier les besoins des désirs. Ils précisent qu'ils répondront aux attentes considérées comme des besoins. En ce qui concerne les désirs, les enseignants se positionnent en précisant les désirs auxquels ils collaboreront, ceux qui ne seront pas pris en compte et les désirs auxquels is s'opposeront car perçus comme néfastes ou dangereux.

La charte, une fois terminée, peut être affichée en salle de cours ou remise à chaque élève. Cela leur permet de se confronter à la réalité de la vie de l'éco et à intégrer une loi qui n'est pas la leur. «L'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté». disait Jean-Jacques Rousseau.

Structurer la parole

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Quand on peut dire (passer de l'impression à  l'expression) et être entendu (passer de l'expression à la communication), quand on peut écouter ... alors on peut communiquer. c'est-à-dire mettre en commun. Pour permettre la rencontre et structurer la parole à l'école, quatre niveaux doivent être pris en considération: le fait, le ressenti, le retentissement, le concept ou l'idée. 

Le fait: présenter la situation

Le fait est précis, observable et mesurable. C'est le niveau qui permet de raconter ce qui s'est passé, comment cela s'est passé, à quel endroit, etc. Le fait permet de présenter la situation. Par exemple, il peut s'agir d'une parole dévalorisante, d'un geste violent qui a été porté.

Le ressenti: mettre des mots sur l'émotion

Le ressenti représente les émotions que l'on vit en lien avec le fait. Il est très difficile de nommer 1'émotion, car il y a souvent eu répression de cette émotion très tôt dans notre histoire. Les émotions sont un langage avec lequel nous tentons de montrer ou de cacher ce qui retentit en nous. Ces émotions traduisent le réveil de blessures anciennes, de zones sensibles ou de vulnérabilités, de situations inachevées. L'expression de 1'émotion (colère, peur, tristesse, joie, ...) permet d'en prendre possession plutôt que d'y réagir. Souvent, nous plaçons un comportement- écran ou un sentiment-écran qui masque le sentiment réel et qui nous isole ainsi de nous et de l'autre. Il nous appartient de le détecter pour ne plus l'entretenir et passer du réactionnel au relationnel en privilégiant l'expression.

Le retentissement: obstacle à l'écoute

Tout acte, toute parole retentit, résonne dans notre vie. Le retentissement est le premier obstacle à 1'écoute de l'autre et l'écoute de soi. Cette réactivation plus ou moins consciente de situations anciennes produit un brouillage de la communication. Il empêche d'écouter et d'entendre l'autre, parce que ce qu'il nous dit réactualise un événement qui nous appartient.

Pour que la communication puisse être productive, il faut alors reconnaitre la source du retentissement, comprendre que cet événement fait partie de notre vie personnelle et se responsabiliser dans la prise en charge de la partie blessée en nous. 

Le concept ou l'idée: réfléchir sur ce qui est

Ce niveau représente le point de vue, c'est le moment où l'on peut généra1iser. C'est un registre indispensable car il permet de réfléchir sur ce qui est vécu, de poser des balises, des repères, de structurer les émotions et le partage.

Développer l'aptitude à reconnaitre et à utiliser adéquatement ces quatre niveaux permet d'établir des bases de communication solides et surtout fructueuses pour la plus grande satisfaction de toutes les parties engagées.

Rester à l'écoute de soi

Il faut passer du réactionnel au relationnel, ne pas réagir contre l'autre, mais rester à l'écoute de soi, en relation avec ce qui est réveillé, restimulé en nous. Nous sommes invités à clarifier notre perception des relations pour avoir des échanges plus vivants.

Je vous invite à lire Découvrir la communication relationnelle dès l'enfance de Kathleen Geerland et Jacques Salomé. C'est un petit bijou à lire comme un livre d'art et surtout comme un message d'intelligence et d'intuition qui permet de faire découvrir les bases de la communication relationnelle aux petits de 5 ans .
 
Accompagner les émotions
"Si un ami a du chagrin
Sur son épaule pose ta main
Accompagne sa respiration
Laisse s'écouler l'émotion"
Kathleen Geerland et Jacques Salomé

Janine Fortin
Formatrice en communication relationnelle, Québec
www.acrq-janinefortin.com




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